Les Templiers   Interrogatoires des Templiers   Les Croisades

Interrogatoire de différents dignitaires du Temple

4. — L'Institution des procureurs.

Le samedi 23 mars, dans le verger derrière le palais de Mgr l'Evêque.

Tous les Commissaires, et cinq cent cinquante Templiers, défenseurs de leur ordre, sont présents. Lecture est d'abord donnée du questionnaire, en latin.

Les Commissaires. Voulez-vous que nous vous traduisions maintenant le questionnaire en français ? Les Templiers. Le latin nous suffit ! Nous n'avons cure de nous faire exposer en français pareilles turpitudes ! Tout est faux là-dedans, et innommable.

Les Commissaires exposent ensuite la procédure qu'ils entendent suivre.

Les Commissaires. Comme, tous, vous vous êtes offerts à la défense de l'ordre et qu'il nous serait difficile de vous faire venir tous par-devant nous (il y aurait trop de confusion et de tumulte pour que l'affaire n'en fût pas troublée), nous sommes prêts à recevoir vos procureurs à votre convenance et selon les règles du droit. Six, huit, dix ou plus, que vous nommeriez, et qui auraient toute liberté de s'entretenir avec vous pour votre défense, comme de prendre des décisions en la matière (38).

La Commission se retire, et les Templiers délibèrent sur cette proposition. Le frère Renaud de Provins, prêtre et précepteur du Temple d'Orléans, et le frère Pierre de Bologne, prêtre, procureur de l'ordre en Cour de Rome, lettrés l'un comme l'autre, proposent de coucher par écrit les observations suivantes :
«  Il nous est dur, à nous et à nos frères, d'être privés de l'usage des sacrements de l'Eglise ; plusieurs d'entre nous, depuis leur incarcération, ont été spoliés de leur habit de religion, et nous tous l'avons été de nos biens temporels. Tous, nous avons été ignominieusement jetés en prison et chargés de chaînes, et le sommes encore.
— Il est très mal pourvu à nos besoins.
— La plupart des frères morts en prison hors de Paris n'ont pas été enterrés en terre chrétienne ou dans les cimetières.
— Au terme de leur vie, on leur a refusé les sacrements de l'Eglise.
— Nous ne voyons pas ce que pourrait faire un procureur, sans le consentement du Maître, sous l'obédience de qui, nous-mêmes et tous les autres frères, nous sommes et devons être.
— Presque tous, nous sommes simples et illettrés ; aussi réclamons-nous le conseil de prud'hommes et de clercs. Il y en a beaucoup qui veulent concourir à la défense de l'ordre ; mais on ne le leur permet pas. Exemple : le frère Renaud de Vossignac (diocèse de Limoges), et le frère Mathieu de Clichy, du diocèse de Paris.
— Nous demandons que le Maître, les frères et les précepteurs des provinces se réunissent tous ensemble pour décider de l'institution de procureurs et voir à plein ce qu'il y aurait à faire.
— Au cas où le Maître et les précepteurs ne voudraient, ou ne pourraient pas se réunir à nous pour conformer leur attitude à la nôtre, nous n'en persévérerions pas moins.

Les Commissaires, en réponse à cette note dont les Templiers leur ont donné connaissance, réaffirment qu'ils sont entièrement à la disposition des personnes de l'ordre, pour les ouïr avec bienveillance chaque fois qu'elles pourraient le désirer.
«  Quant au Maître, au Visiteur et aux autres grands dignitaires de l'ordre, précisent-ils, ils nous ont fait connaître qu'ils n'entendaient pas défendre l'ordre dans l'état où ils se trouvaient.
«  Nous avons d'autre part donné, à tous ceux qui se proposaient pour la défense de l'ordre, la faculté de se présenter par-devant nous ; les frères Renaud de Vossignac et Mathieu de Clichy nous seront amenés quand ils le désireront.  »

Mgr l'Archevêque de Narbonne (sur le ton de l'homélie). Frères, vous avez ouï nos propositions. Décidez dès aujourd'hui, tandis que vous êtes encore rassemblés : le temps presse, la date du concile général approche. C'est votre intérêt de vous hâter : que vos procureurs se présentent devant nous pour défendre l'ordre, et nous procéderons selon le droit. Sachez que nous n'entendons pas vous réunir une autre fois, mais seulement nous conformer dans cette affaire aux instructions que nous avons reçues.

Mgr l'Evêque de Bayeux (même ton). Frères, convenez donc entre vous. Demain, c'est dimanche, il n'y aura pas d'audience, non plus que lundi. Mardi, nous reprendrons ; nous allons vous envoyer nos tabellions, pour recueillir par écrit et entendre ce que vous aurez bien voulu faire et décider.
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La mardi 31 mars, en la Chapelle.

Est introduit d'abord le frère Raymond de Vossignac. Il est en habit civil, et non de Templier. On assurait, chez les Templiers, qu'il était détenu, par les gens du Roi, dans un cachot déshonnête, et qu'il se constituait défenseur de l'ordre.

Le frère Raymond. Mais non ! Je suis bien honnêtement détenu selon mon gré ; on pourvoit à mes besoins.
Les Commissaires. Entendez-vous défendre l'ordre ?
Le frère Raymond. Mais non ! Je n'aurais pas quitté l'habit de l'ordre, si j'avais voulu le défendre.
Item, le frère Mathieu d'Etang (diocèse de Tours).
Le frère Mathieu. Moi, je veux défendre l'ordre.
Les Commissaires. Parlez.
Le frère Mathieu. Je n'ai jamais rien vu dans l'ordre que de bien. C'est tout ce que j'ai à dire pour sa défense.

Le même jour, ainsi qu'il avait été convenu, les Commissaires décident d'envoyer les notaires recueillir les noms des procureurs des Templiers, et tous documents que ceux-ci pourraient leur remettre pour la défense de l'ordre. Ils convoquent pour le lendemain les frères Pierre de Bologne, Renaud de Provins, Guillaume de Chambonnet et Bertrand de Sartiges, qui, le samedi, se sont faits les porte-parole de l'assistance ; on leur adjoindra quelques-uns des Templiers les plus capables de chaque province, de neuf à douze en tout.

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Les mardi 31 mars et mercredi 1er avril

Lieux de détention des Templiers par les notaires

— La maison de Guillaume de la Huce, rue du Marché-Palu (18 Templiers) ;
— le Temple de Paris;
— Saint-Martin des Champs (13 Templiers);
— l'hôtel de feu Mgr l'Evêque d'Amiens, près la porte Saint-Marcel (14 Templiers);
— l'hôtel de Mgr le Comte de Savoie, près la même porte (ï8 Templiers);
— l'hôtel de Mgr l'Evêque de Beauvais, entre Sainte-Geneviève et les Frères Prêcheurs (21 Templiers);
— l'abbaye de Sainte-Geneviève (20 Templiers, plus 7 qui n'avaient pas assisté à la lecture du questionnaire);
— l'hôtel du prieur de Cornay (21 Templiers);
— l'hôtel de la Sirène, dit encore «  Maison d'Etienne le Bourguignon de Seréne  », rue de la Cithare (12 Templiers).
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Le mercredi 1er avril en la chapelle

Les notaires rapportent aux Commissaires les réponses des Templiers, mises par écrit.

1. Réponse des frères détenus au Temple (40). Leur porte-parole est le frère Pierre de Bologne.

«  Nous avons un chef et ne pouvons ni ne devons rien faire sans son congé ; notre intention n'est pas d'instituer des procureurs, mais nous sommes prêts, nous, à défendre l'ordre.

«  Les articles envoyés sous bulle de Mgr le Pape, ce questionnaire déshonnête, ignoble, déraisonnable et affreux, sont mensonge, mensonge énorme, mensonge inique. Fabriqués de toutes pièces par des «  susurreurs  » ennemis de l'ordre, et menteurs !

«  La religion du Temple est pure et sans tache et l'a toujours été, quoi qu'ils disent ! Ceux qui profèrent le contraire parlent comme infidèles et hérétiques ; ils aspirent à semer parmi la foi du Christ l'hérésie et l'immonde ivraie.

Nous voici prêts à défendre l'ordre avec tout notre cœur, en paroles et en actions, le mieux qu'il sera possible. Nous demandons toutefois d'avoir la libre disposition de nos personnes, et de pouvoir assister en personne au concile général ; et pour ceux d'entre nous qui n'y pourraient prendre part, de s'y faire représenter par d'autres ; en bref, d'être rendus à la liberté et totalement délivrés de nos prisons.

«  Tous les frères du Temple qui ont reconnu pareils mensonges, en tout ou en partie, ont menti. Qui cependant les blâmerait ? Ils ont parlé par crainte de la mort. Pas davantage, on ne saurait en accabler leur ordre ou leurs personnes : car une partie d'entre eux n'a parlé que sous la torture; ceux-là même qui n'ont pas été passés à la question, ce fut tout comme : épouvantés par cette appréhension, voyant torturer les autres, ils ont raconté tout ce que voulaient leurs persécuteurs ! On ne peut le leur reprocher : les souffrances d'un seul, c'est la peur pour beaucoup ! Ils voyaient bien qu'ils ne pouvaient éviter les peines et les angoisses de la mort qu'au prix d'un mensonge ; il y en a, qui sait ? qui furent corrompus à prix d'argent, de prières et de caresses, de belles promesses ou de menaces.

«  Tout cela est notoire, et nulle tergiversation ne le peut celer. Nous supplions la miséricorde divine de nous faire rendre justice, car nous avons depuis trop longtemps souffert d'injustes oppressions. Bons et fidèles chrétiens, nous réclamons les sacrements de l'Eglise.  »

2. Réponse du frère Raymond Guillaume de Bonca, chevalier, au nom des Templiers détenus en l'hôtel du comte de Savoie.

«  Il nous est impossible de rien décider pour le moment, séparés que nous sommes des autres Templiers défenseurs de l'ordre. Si l'on nous réunissait ensemble en un même lieu, ceux surtout de langue d'oc, nous pourrions délibérer avec assez d'efficience pour répondre plus à plein à Nosseigneurs les Commissaires ; aussi demandons-nous cette réunion.  »

3. Réponse du frère Elie Aymeri, du diocèse de Limoges, au nom des Templiers détenus en l'abbaye de Sainte-Geneviève, sous la forme d'une ....

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Prière des Templiers en prison

«  Que la grâce de l'Esprit-Saint nous assiste. Que Marie, l'Etoile de la mer, nous conduise au port du salut.
Amen.

«  Seigneur Jésus, Christ Saint, Père Eternel et Dieu Tout-Puissant, sage créateur, dispensateur, administrateur bienveillant et ami très aimé, pieux et humble Rédempteur, Sauveur clément et miséricordieux, je Te prie humblement et Te requiers de m'éclairer, délivrer et conserver, avec tous les frères du Temple et Ton peuple chrétien bouleversé par tant de troubles, maintenant et à venir. Accorde-nous, Seigneur, en Qui sont et de Qui proviennent toutes vertus, bienfaits, dons et grâces de l'Esprit-Saint, accorde-nous de connaître la vérité et la justice, de prendre conscience de la faiblesse et débilité de nos pauvres chairs, de nous plier à la véritable humilité. Donne-nous de mépriser ce triste monde et ses souillures, ainsi que les vaines délectations, la superbe et toutes les misères, de n'aspirer qu'aux biens célestes, et de travailler à maintenir nos vœux et Tes commandements dans l'humilité.

«  Très Saint Seigneur Jésus-Christ, par le mérite de Tes vertus, que Ta grâce nous concède, puissions-nous échapper au diable rugissant, à tous nos ennemis, à leurs embûches et à leurs œuvres. O notre Rédempteur et Défenseur, ceux que par Ta passion et Ton humilité, Tu enchaînes au bois de la croix, les rachetant par Ta miséricorde, conserve-les, conserve-nous. Par Ta sainte croix et par son signe, puissions-nous réduire à l'affliction l'ennemi et ses embûches. Protège Ta sainte Eglise, éclaire ses prélats, ses docteurs et ses recteurs, avec tout Ton peuple chrétien ; qu'ils proclament et accomplissent Ton service et Ta volonté sacrée d'un cœur pur, humble et dévot ; que leur piété soit pure et attentive ! Qu'ils instruisent le peuple et l'éclairent par le bon exemple. Puissions-nous, pour notre part, accomplir humblement les œuvres d'humilité (sic), à Ton exemple et à l'exemple de Tes saints Apôtres et élus. Puissions-nous considérer de quoi nous sommes faits et ce que nous sommes et serons, ce que nous faisons et devons faire pour posséder la vie qui mène aux joies du Paradis. Daigne illuminer et convertir ceux qui n'ont pas été régénérés par l'eau et l'Esprit-Saint, afin qu'ils rejoignent Ta sainte loi et reçoivent les sacrements de la Sainte Eglise ; et qu'alors, ils conservent Ta sainte foi. A Ton peuple chrétien, Seigneur, donne la soif et la puissance de cette Terre Sainte où Tu es né dans le dénuement, où Ta sainte miséricorde nous a rachetés, où Tes exemples et Tes miracles nous ont enseignés... Daigne pourvoir à ce que nous la libérions par Ta grâce et la possédions ! Que nous accomplissions Tes saints services et volonté ! Dieu très miséricordieux, Ta religion, qui est celle du Temple du Christ, a été fondée, en Concile Général et pour l'honneur de la sainte et glorieuse Vierge Marie Ta Mère, par le Bienheureux Bernard, Ton saint confesseur, élu pour cet office par la sainte Eglise romaine ; c'est lui qui, avec d'autres prud'hommes, l'enseigna et lui confia sa mission. Or, la voici prisonnière et captive du Roi de France pour une cause injuste. Par la prière de la sainte et glorieuse Vierge Marie Ta mère et de la Cour céleste, veuille la délivrer et conserver. Seigneur, Toi qui es la vérité, qui sais que nous sommes innocents, fais-nous libérer, afin que nous tenions humblement nos vœux et Tes commandements, dans l'accomplissement de Ton saint service et de Ta volonté. Ces mensonges iniques lancés contre nous par pressions et tribulations (exauce nos prières), tout ce que nous avons enduré, la condamnation pour nos corps, les propos qui nous ont été tenus de la part de Mgr le Pape, l'incarcération perpétuelle que nous vaut la faiblesse de notre chair, puissions-nous n'avoir pas à endurer tout cela, en dépit des calomnies que nos consciences reçoivent avec tant de douleur (41) ! Protège-nous, Seigneur, avec tout Ton peuple chrétien ; instruis-nous à faire Ta volonté. Donne à Philippe notre Roi, qui est petit-fils de Saint Louis, Ton saint confesseur, de mériter comme lui, par sa vie parfaite et ses mérites, la paix en son royaume et la concorde entre les siens, les rois, princes, barons et chevaliers. Que tous ceux qui ont été constitués pour faire et garder la justice y veillent selon Tes commandements, l'accomplissent, souffrent et conservent entre eux et pour tout le peuple chrétien la paix et la lumière. Donne-leur de reconquérir avec nous la Terre Sainte et d'accomplir Ton saint service et Tes saints ouvrages ; accorde à tous nos parents, bienfaiteurs et prédécesseurs, à nos Frères vivants et défunts, la vie et le repos éternels.

«  Toi qui vis et règnes, étant Dieu, par tous les siècles des siècles. Amen.  »

«  De prier moi-même, je ne suis pas digne : mais que Ta miséricorde et Ton abaissement, que la Bienheureuse et glorieuse Vierge Marie, Ta Mère et notre Avocate, que toute la Cour céleste intercèdent pour nous et nous l'obtiennent. Amen.  »

«  Paratus in omnibus obedire, nec fui in contrarium sensum...(42)  »

«  Sainte Marie, Mère de Dieu, Mère très pieuse, pleine de gloire, Sainte Mère de Dieu, Mère toujours vierge et précieuse... O Marie, salut des infirmes, consolatrice de ceux qui espèrent en Vous, triomphatrice du mal et refuge des pécheurs repentants, conseillez-nous, défendez-nous. Défendez votre religion, qui a été fondée par votre saint et cher confesseur le Bienheureux Bernard avec d'autres prud'hommes constitués par la sainte Eglise romaine ; c'est en votre honneur, ô Très Sainte et glorieuse, qu'elle a essaimé. Nous vous en prions humblement, obtenez-nous la libération de votre religion et de ses biens, avec l'intercession des anges, des archanges, des prophètes, des évangélistes, des apôtres, des martyrs, des confesseurs, des vierges elles-mêmes (en dépit des calomnies, vous le savez bien, qui nous sont jetées à la face) ; que nos adversaires reviennent à la vérité et à la charité ! Puissions-nous, nous-mêmes, observer nos vœux et les commandements de Notre-Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui est notre défenseur, créateur, rédempteur, sauveur miséricordieux et très aimé.  »

«  Lui qui vit et règne, étant Dieu, par tous les siècles des siècles. Amen.  »

«  Prions. Dieu Tout-Puissant et Eternel, qui as donné au Bienheureux Louis, roi de France et Ton saint confesseur, la grâce, les mérites, l'humilité, la chasteté, la justice et la charité, selon l'intercession de la Bienheureuse et glorieuse Vierge Marie Ta Mère, que tant il aimait ; Toi qui as donné la paix à son règne, accorde-nous, Seigneur, par son intercession, la paix et le conseil ; délivre et conserve dans la vérité, en dépit des calomnies, notre religion fondée en l'honneur de la Sainte et glorieuse Vierge Marie Ta Mère, afin qu'en cette Terre Sainte où Ta miséricorde et Ton amour nous ont rachetés, nous accomplissions Ton saint service et Ta volonté, et qu'ensemble, avec notre Roi et les siens unis dans les mêmes mérites, nous accédions enfin aux félicités du Paradis.  »

«  Toi qui, étant Dieu, vis et règnes...  »

«  Dieu Tout-Puissant et Eternel, qui tant aimas le Bienheureux Jean l'Evangéliste, Ton apôtre, et le laissas reposer sur Ton cœur à la Cène ; qui lui révélas les célestes secrets, et, de la croix où Tu gisais pour le salut du monde, le recommandas à Ta Sainte Mère et Vierge, en l'honneur de qui notre religion a été fondée, délivre et conserve celle-ci par Ta sainte miséricorde ; et de même que Tu nous sais innocents des crimes qu'on nous impute, de même accorde-nous d'observer nos vœux et Tes commandements dans l'humilité et dans l'amour, afin qu'au terme d'une vie méritoire, nous parvenions aux félicités du Paradis.  »

«  Par Jésus-Christ Notre-Seigneur. Amen.  »

«  Dieu Tout-Puissant et Eternel, qui as illuminé le Bienheureux Georges, Ton preux chevalier et saint martyr, et lui as donné le mérite et la grâce de souffrir martyre et passion, par son amour et par la Glorieuse et Bienheureuse Vierge Marie, Ta très Sainte Mère, en l'honneur de qui fut fondée notre religion, daigne la délivrer et conserver avec nous, afin que nous observions humblement nos vœux et Tes commandements, et possédions la vie par laquelle nous mériterons d'accéder aux félicités du Paradis. Toi qui, étant Dieu, vis et règnes par tous les siècles des siècles.  »

«  Amen.  »

Le frère Elie Aymeri (s'adressant aux greffiers, à qui ila remis sa cédule). Nous vous demandons d'excuser notre mauvais latin, et vous prions d'y apporter les corrections nécessaires.

Le même jour, soit le mercredi Ier avril, les Commissaires, après avoir pris connaissance de ces documents, convoquent d'abord le frère Mathieu de Clichy, qui déclare vouloir défendre l'ordre selon ses possibilités, puis les frères Renaud de Provins et Pierre de Bologne, Guillaume de Chambonnet et Bertrand de Sartiges, ainsi que le frère Robert Vigier. Le frère Renaud leur présente une cédule justificative. Il n'est pas question pour les Templiers, peut-on y lire, d'entrer en litige ou de plaider contre le Souverain Pontife, le Saint-Siège et la personne même de «  Très-Excellent Prince le Roi de France  ». Quant à des procureurs, on n'en peut instituer sans le consentement du Grand-Maître et des commandeurs des Provinces ; que ceux-ci, et tous les Templiers soumis à la garde des gens du Roi, soient donc confiés désormais à celle de l'Eglise. «  Il faut éviter, en effet, que les gens du Roi ne s'immiscent là-dedans, car nous savons que ces frères n'osent pas défendre l'ordre, en raison de la crainte qui les paralyse, des séductions et des fausses promesses dont ils sont l'objet : autant durera la cause, autant les faux aveux ; cesse la cause, ils défendront l'ordre comme nous.  » Les frères défroqués et trop bavards devront être confiés à l'Eglise et placés sous bonne garde, jusqu'à ce qu'on sache s'ils ont porté un vrai ou un faux témoignage : «  car nous savons qu'eux-mêmes, et quelques autres, ont été séduits par des prières ou à prix d'argent. Et en bref, Révérends Pères, trois voies vous sont offertes pour procéder de droit contre l'ordre : la voie d'accusation, la voie de dénonciation, la voie d'office. Si vous adoptez la première, qu'il y ait donc un accusateur, et qu'il s'oblige à la peine du talion, à la poursuite du procès s'il y a lieu, etc.
«  Si vous choisissez la seconde, il n'y a pas à entendre de dénonciateur, car celui-ci aurait dû nous avertir préalablement par une action fraternelle en justice : ce qui n'a pas été fait.
«  Si vous procédez d'office, conclut le frère Renaud, je me réserve de produire, pour moi-même et ceux que je représente, toutes procédures et justifications utiles, sans aucune restriction de nos droits.  »
Après cette audition, les Commissaires s'ajournent au vendredi suivant, pour recevoir des notaires les nouvelles réponses que ceux-ci auraient recueillies entre temps.

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Lieux de détention visités par les notaires entre le mercredi et le vendredi

— L'hôtel de l'abbé de Lagny, près la porte du Temple (n Templiers);

— la maison de Lenrage, rue de Calmo (du Chaume) (il Templiers);

— la maison de Richard des Dépouilles, rue du Temple (47 Templiers) (43);

— l'abbaye de Saint-Magloire de Paris (12 Templiers);

— la demeure de Nicolas Houdrée, rue des Prêcheurs (10 Templiers);

— la demeure de Jean le Grant, près la pointe de Saint-Eustache (30 Templiers, plus 7 qui n'avaient pas assisté à la lecture du questionnaire);

— la maison de la Jambière vers la Croix du Tyrol (13 Templiers);

— la maison de Robert Anudei (ou Anudieu), rue de la Place aux porcs (17 Templiers);

— la maison Blavot, près la porte Saint-Antoine (9 Tem-pliers);

— la maison de Guillaume de Marcilly, près la porte Saint-Antoine (9 Templiers);

— la maison de Jean de Chaminis (des Chemins ?), ou Calmis (des Chaumes ?), rue de la porte Baudoyer (7 Templiers);

— l'hôtel de l'abbé da Tiron (8 Templiers);

— l'hôtel de l'abbé de Preuilly, rue de la Monellerie (27 Templiers);

— la maison de Jean Roussel, près l'église Saint-Jean en Grève (28 Templiers).
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Extraits des réponses des Templiers

1. Ceux de la maison de Leur âge. Dans notre ordre, nous n'avons vu que du bien, et dans notre ordre nous voulons vivre et mourir : car nous l'estimons bon, loyal et saint ; tel on nous l'a confié, tel nous l'avons conservé et entendons le conserver, aussi longtemps que nous en ferons partie ; en bons et fidèles chrétiens, nous demandons les sacrements de l'Eglise. Nous souhaitons d'avoir le conseil de nos frères et de nos Supérieurs.

2. Ceux de la maison Houdrée. Nous ne voulons, ne devons ni ne pouvons instituer de procureurs sans congé de notre Supérieur, le Grand-Maître dont nous dépendons ; s'il nous est loisible de nous entretenir avec lui, nous en déciderons. Mais cette clause est criminelle, que chacun en soit réduit à se défendre par soi-même : car ce sont les frères, en leur ensemble, qui font l'ordre. Notre religion a été approuvée et confirmée par le Siège Apostolique comme bonne et juste. Telle nous l'avons tenue, la tenons et voulons la tenir jusqu'à la mort. S'il survenait quelqu'un qui osât proposer que nous avons usé des pratiques criminelles qu'on nous reproche, nous sommes prêts à nous en disculper ainsi que notre ordre, selon le droit et la raison. N'est pas vrai Templier qui dit l'ordre pervers. Nous réclamons les sacrements de l'Eglise, en bons chrétiens que nous sommes.

3. Ceux de la maison le Grant. Notre ordre est bon, juste, exempt des crimes et des vices dont on l'accable; nous sommes prêts à le défendre, comme bon, juste et pur, selon les exigences de la justice. Nous demandons avec instance les sacrements de l'Eglise.

4. Ceux de la maison Anudieu. Ces articles qu'on nous a lus dans le verger sont fausseté et mensonge, sauf le respect dû à celui qui a fait faire l'enquête. L'ordre est bon, digne et saint selon Dieu ; tel nous voulons le conserver et défendre contre qui que ce soit, par nous-mêmes et par nos personnes.


Le frère Raoul de Taverny (45) (qui fait partie de ce groupe). J'ai vu recevoir bien des frères dans l'ordre. Chaque fois, celui qui les recevait prononçait ces paroles : «  Au nom de la Sainte-Trinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, de la Sainte Vierge et de tous les Saints, je te reçois et te donne l'habit du Temple... Ego te recipio et do tibi habitum T'empli.  »

5. Ceux de la maison Blavot. Nous ne voyons pas qu'il y ait, en l'affaire, de partie adverse, hormis NN. SS. le Pape et le Roi, avec qui nous n'entendons pas entrer en litige ; nous n'avons pas l'intention d'instituer des procureurs : nous ne voulons ni ne pouvons le faire sans l'aveu du Grand-Maître dont nous dépendons. Si nous en instituions, ce serait sans valeur, vu que nous sommes prisonniers.
Avec instance, à genoux et en se tordant les mains, les Templiers requièrent les sacrements de l'Eglise.

6. Ceux de la maison Guillaume de Marcilly. L'ordre est bon, saint, juste et fort ; nous n'avons jamais rien vu en lui qui soit contraire, et nous le maintiendrons devant et contre quiconque, jusqu'à la fin.

7. Le frère Aymon de Pratim, Templier détenu à la maison Roussel. Je ne saurais défendre l'ordre contre Mgr le Pape et Messire le Roi ; je suis un pauvre homme sans culture. Je ne suis pas hérétique, ni n'ai jamais commis aucun des crimes reprochés à l'ordre ; je n'ai jamais constaté ni appris que ces erreurs y eussent cours. Je n'ai cure du conseil de mes confrères pour instituer des procureurs, en cette maison ou ailleurs. Je demande qu'on me laisse quitter l'ordre des Templiers, pour demeurer dans le siècle ou entrer dans une autre religion : car celle où je suis ne m'agrée point.

Le frère Aymon ne précise pas ses raisons. (Note du greffier.)
Je demande à être convoqué par Messeigneurs les Com-missaires, ou du moins par Mgr de Limoges.

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Le vendredi après l'Octave de l'Annonciation, 3 avril

Quatorze Templiers délégués par leurs frères sont intro-duits auprès de la Commission d'Enquête.

Le frère Jean de Montréal, le premier, lit la cédule suivante, qui est rédigée en langue occitane (48):
En nom de Nostre Sire, Amen. Propaussant li Templers, primarement que lor ordre fu senz...
Au nom de Notre-Seigneur, Amen. Proposent les Templiers : premièrement que leur ordre fut saint et approuvé jadis, bien et honnêtement, par la Sainte Eglise de Rome.

Item, proposent que tous les frères qui furent faits depuis cette heure jusqu'ici le furent bien et honnêtement, sans péché, selon la foi catholique de Rome, ainsi qu'il se peut trouver dans les livres de la maison : lesquels livres sont d'une seule manière pour les diverses parties du monde. Ainsi apparaît-il par les frères qui ont été dudit ordre transportés dans un autre, à savoir l'Hôpital et l'ordre de Saint-Laurent, comme en ceux des Ecoliers qui furent en l'ordre du Temple, par les confessions des frères qui sont morts en la prison, et par les apostats.

Proposent les frères dudit ordre qu'ils vivaient bien et honnêtement selon la foi catholique de Rome, à ouïr les Heures, faire les jeûnes que la Sainte Eglise commande, et de plus, ils jeûnaient deux quarantaines par an, se confessaient et communiaient trois fois, c'est à savoir à Noël, à Pâques, à Pentecôte, en présence du peuple, par la personne du frère chapelain de leur ordre, s'il y en avait un ; sinon, par un autre ordre à chapelle séculière. Aussi, quand ils étaient malades, se confesser, communier, recevoir les saintes onctions, et ensevelir en terre bénite quand ils étaient morts, comme loyaux chrétiens de Notre-Seigneur, en présence du peuple ; pour chaque frère qui mourait, ils tenaient repas à un pauvre, pour l'âme du mort, quarante jours de nourriture comme les autres frères mangent. Tous les frères de la maison étaient encore tenus de dire cent patenôtres pour son âme dans les huit jours après sa mort ; et cela est manifeste par toute manière de gens du siècle.

Item, proposent les frères dudit ordre que, pour toutes leurs églises, était le maître-autel de Notre-Dame, à son honneur édifié ; encore, que toutes les Heures devaient dire premièrement les frères, sauf les Complies qui se chantent dernièrement, pour ce que Notre-Dame fut chef de la religion, et le sera, s'il lui plaît.

Item, proposent les frères dudit ordre que, au jour du Vendredi Saint, ils adoraient la Croix humblement et avec dévotion, en présence du peuple, et qu'ils portaient la croix vermeille sur leurs manteaux en l'honneur et en révérence de la croix sur laquelle Notre-Seigneur souffrit mort et passion pour nous.

Item, proposent les frères dudit ordre que leurs chapitres étaient célébrés bien et honnêtement, sans nulle tache de péché, selon la foi de Rome. A chaque chapitre général, prêchait tantôt l'évêque, tantôt un prédicateur ou frère mineur ; cela se trouvera [vérifiera] par eux, par les frères qui sont sortis de l'ordre, et par les apostats.

Item, proposent lesdits frères qu'en leur ordre se tenaient courage, aide et justice selon Dieu...

Item, proposent que Notre Père le Pape leur donna des frères chapelains dudit ordre, pour avoir d'eux la communion...

Item, proposent que leurs chapelains étaient de bons et honnêtes serviteurs selon la foi catholique de Rome.

Item, proposent qu'en leurs maisons se tenait hospitalité d'aumône de nourriture quotidiennement, et spécialement trois fois la semaine, à chacun qui venir voulait.

Item, proposent que, le Jeudi Saint, ils avaient des pauvres en leur maison, pour faire le «  mandatum  », comme il est établi pour l'Eglise de Rome.

Item, proposent que chaque dimanche, en leurs maisons ou autre part qu'ils soient, pour ouïr la messe, ils prenaient du pain bénit de la main de celui qui chantait la messe.

Item, proposent que, chaque grande fête, ils faisaient procession en leurs églises, pour l'honneur de cette fête, devant le peuple.

Item, proposent que bien des chanoines, moines, prêcheurs, frères Mineurs, Carmes, Trinitaires, sont sortis de leur religion et venus en l'ordre du Temple : lesquels n'y fussent jamais venus s'ils sussent en nous mauvaiseté de péché.

Item, proposent que certains frères dudit ordre ont été faits archevêques et évêques par la Sainte Eglise de Rome.

Item, proposent qu'anciennement, les frères dudit ordre ont été dans les chambreries de Notre Seigneur le Pape, et vivaient dans une sainte et honnête religion, de telle manière que, s'ils avaient été ceux que l'on dit, il ne les aurait pas reçus en ces offices.

Item, proposent les frères dudit ordre que Notre Sire le Roi de France et d'autres rois ont eu des trésoriers, aumôniers et autres officiers dudit ordre, sans le moindre soupçon d'erreur.

Item, proposent qu'archevêques, évêques, comtes et barons ont de même eu des frères dudit ordre en leurs offices, sans le moindre soupçon de mauvaise erreur.

Item, proposent que certains prélats de la Sainte Eglise, nobles et non-nobles, lesquels avaient fait dévotion aux biens spirituels de la maison, requirent d'être reçus dans les biens de la maison, et donnaient leurs enmesgnes (47) à cause de la dévotion qu'ils avaient en la maison, laquelle chose ils n'eussent jamais faite s'ils avaient trouvé le contraire.

Item, proposent que des nobles ou d'autres requéraient d'être frères du Temple à leur mort, pour la dévotion de l'ordre qu'ils avaient.

Item, proposent que l'ordre du Temple, au temps passé, outre-mer et deçà les mers, aux lieux qui étaient en frontières de Sarrasins, combattirent bien et loyalement contre les ennemis de la foi de Jésus-Christ, au temps du roi Louis, du roi d'Angleterre, où il arriva que tout le Couvent se perdit ; et après, au temps de frère G. de Beaujeu notre Maître, que moururent en Acre avec lui plus de trois cents frères.

Item, proposent qu'en Espagne et en la frontière d'Aragon, ils se sont portés loyalement contre eux, en l'honneur de la croix, selon leur force et pouvoir ; cela se peut trouver par le roi de Castille et d'Aragon, au pouvoir de qui ils ont été.

Item, proposent que les frères dudit ordre qui furent pris, il y a XXV ans passés, en faits d'armes, et qui sont au pouvoir du Soudan, ni pour peur de mort ni pour dons, n'ont renié ni voulu renier leur Créateur ; par quoi disent les Templiers que, s'ils avaient été tels qu'on le dit, ils l'auraient fait, et auraient été délivrés de l'avant-dite prison.

Item, proposent lesdits frères que la Sainte Croix du Temple, laquelle visiblement et manifestement comble de grâces la personne en qui elle est, laquelle Sainte Croix est au pouvoir des Templiers, s'ils eussent été tels qu'on dit, elle ne demeurerait ni ne se laisserait garder par de tels gens.

Item, proposent que l'épine de la couronne qui fut de Notre-Seigneur en cette même manière ne fleurirait pas au jour du Vendredi-Saint entre les mains des frères chapelains du Temple, s'ils fussent tels qu'on le leur reproche.

Item, quant au corps de Sainte Euphémie qui vint à Castel-Pélerin (48) par la grâce de Dieu, en quel heu il a fait plusieurs miracles de par lui, proposent qu'il n'aurait jamais été reçu parmi les Templiers s'ils avaient été ceux que l'on dit, ni aucune autre des reliques qui sont au pouvoir du Temple.

Item, proposent les frères dudit ordre que ni les aumônes qui se faisaient deçà les mers en leurs maisons, ni celles qui se faisaient outre-mer, par le Maître et l'Aumônier, ne se pourraient amender par aucun roi au monde, ni le bien qu'on sait être fait, si cette fausseté n'eût été imputée à l'ordre, tant en passages qu'autres choses.

Item, proposent que sont morts plus de 20.000 frères pour la foi de Dieu outre-mer.

Et donc, si quiconque voulait dire qu'en l'ordre du Temple fut faite cette mauvaiseté, disent les frères qu'ils sont décidés à débattre contre lui et contre n'importe qui, excepté l'hôtel de Notre Seigneur le Roi et de Notre Seigneur le Pape.
(Au dos de la cédule, il est écrit en latin : «  Si la partie adverse veut avancer quoi que ce soit, nous en demandons la communication et un jour pour en délibérer.  »)

Item, proposent que l'église leur est défendue à grand tort, et ils demandent par Dieu qu'elle leur soit redonnée.

Item, et premièrement les frères du Temple nient être coupables de tous ces mauvais articles qu'on impute à l'ordre.

Commentant cette lecture, le frère Jean de Montréal déclare que beaucoup auraient désiré venir défendre l'ordre, mais qu'on ne le leur a pas permis ; il cite expressément ceux qui sont détenus à Montferrand en Auvergne, et requiert qu'on les fasse venir.

Les Commissaires. Tous ceux qui, à l'annonce de notre édit, ont voulu venir défendre l'ordre ont été amenés à Paris, où ils sont encore ; ils ont assisté à notre assemblée tenue au verger de Mgr l'Evêque. Quant aux autres, ceux qui ont refusé de défendre l'ordre, des procès-verbaux publics ont été dressés de leur refus, et eux n'ont pas été amenés.

Au nom des onze Templiers détenus dans la maison de Leurage, leur gardien Colard d'Evreux remet aux Commissaires une cédule qu'ils ont rédigée de même pour leur défense.

«  Item, y est-il porté notamment, nous avons souffert tant de tourments de fers, de prisons et de géhenne, et si longtemps au pain et à l'eau que certains de nos frères en sont morts ; et nous n'eussions jamais tant souffert si notre religion ne fût bonne et que nous ne maintinssions la vérité, et si ce ne fût pour ôter le monde hors de la maie erreur qui est sans raison...  »

Après quoi, les Commissaires renvoient les greffiers en chacune des geôles précédemment visitées, pour s'assurer que les Templiers y étaient bien d'accord avec ceux qui se disaient leurs mandataires, recevoir tous documents complémentaires qu'ils pourraient avoir à livrer et les inviter une nouvelle fois à déléguer quelqu'un de chez eux, s'ils le désirent, auprès de la Commission d'Enquête. Fuis ils s'ajournent au mardi suivant.

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Nouveaux lieux de détention visités par les notaires entre le vendredi et le mercredi
D'abord, les trois premiers jours, c'est-à-dire jusqu'au dimanche 7 avril, les notaires visitèrent ensemble :
— la maison de Penne Vayre, au cimetière de la rue de Lieudelle (?), où habite Nicolas de Falaise (23 Templiers);
— l'hôtel de Guillaume de Domont, rue Neuve Notre-Dame (4 Templiers).

Puis ils furent pris de scrupules... Constatant qu'un grand nombre de Templiers, tous pour ainsi dire, requéraient l'assistance et le concours de leurs quatre porte-parole, les frères Renaud de Provins, Pierre de Bologne, Guillaume de Chambonnet et Bertrand de Sartiges, ils se firent autoriser par les Commissaires à emmener ceux-ci avec eux dans leurs déambulations d'un local à l'autre. Us reprirent alors leurs courses à travers Paris, visitant successivement, en compagnie des quatre frères :
— l'abbaye Sainte-Geneviève;
— l'hôtel de feu Mgr l'Evêque de Beauvais;
— l'hôtel du prieur de Cornay;
— l'hôtel de feu Mgr l'Evêque d'Amiens;
— l'hôtel du comte de Savoie;
— la maison d'Etienne le Bourguignon de Seréne;
— la maison de Penne Vayre;
— la maison de Coyssoine de Brabant, Grande Rue Saint-Jacques (6 Templiers) (49);
— la maison de Guillaume de Domont;
— la maison «  à la Jambière  », rue Saint-Christophe;
— l'hôtel de l'abbé de Lagny;
— la maison de l'Henrège (sic);
— la maison de Richard des Dépouilles;
— la maison du Temple de Paris;
— l'abbaye de Saint-Martin des Champs;
— la maison de Clairvaux, rue Saint-Martin (11 Templiers);
— la maison de Nicolas Odrée (sic);
— la maison de Robert Anudieu;
— la maison de Jean Rossel en Grève;
— la maison de l'abbé Preuilly;
— la maison de Jean de Chamis (sic);
— la maison Blavot;
— la maison de Guillaume de Marcilly;
— l'hôtel de l'abbé de Tiron;
— l'hôtel de l'abbé de Saint-Magloire;
— la maison de Nicolas Odrée derechef (afin d'y vérifier que le frère Adam d'Enfer, qui s'était présenté le vendredi passé devant la Commission, l'avait bien fait au nom de ses confrères);
— la maison de la Jambière (même démarche, en ce qui concerne les frères Raoul de Compiègne et Jean de Fréville);
— la maison Anuerdieu (sic) [même démarche, en ce qui concerne le frère Raoul de Taverny];
— la maison de la Jambière (pour la troisième fois);
— la maison de Jean le Grant;
— la maison de Guillaume de Latingi (Lagny), au carre¬four de Guillori (4 frères).
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Le mardi 7 avril en la chapelle.
Comparution des porte-parole de l'ordre : soit les quatre frères précités, plus cinq autres, en particulier le frère Jean de Montréal.

Le frère Pierre de Bologne lit d'abord une nouvelle cédule consacrée à la défense de l'ordre. Ce document original rappelle que les Templiers se refusent à choisir des procureurs sans l'aveu du Maître et de son Couvent, par déférence envers leur chef, auquel ils doivent obéissance absolue, mais qu'ils s'offrent tous, personnellement et conjointement, à cet office.

«  Item, y lit-on ensuite, supplient et requièrent les Templiers, qu'aucun laïc ne participe ou n'assiste à leurs inter¬rogatoires, ou toute autre personne douteuse, grâce à quoi, par la peur qu'ils inspireraient, le témoignage pourrait être faussé. Tous les frères sont à ce point démoralisés et terrorisés, que ce n'est point le mensonge qui a de quoi surprendre, mais bien qu'il s'en trouve encore pour persister dans la vérité : chacun peut constater les tribulations, angoisses, outrages, menaces et misères de toute sorte qu'en¬durent quotidiennement ceux qui déposent selon la vérité, et les comparer aux bienfaits, commodités, délices et libertés dont jouissent les faux témoins, ainsi que les belles pro-messes qui leur sont faites tous les jours. Il est en vérité fort admirable qu'on prête foi à ces menteurs assez corrompus pour n'avoir en vue, par de pareils témoignages, que leur intérêt corporel, et qu'on n'écoute pas ceux qui, comme des martyrs du Christ, sont morts dans les tourments pour soutenir la vérité, non plus que la grande et la plus saine majorité des vivants qui, par la seule exigence de leur conscience, ont enduré et endurent encore dans leurs geôles tant de tribulations.  »

D'ailleurs, observe encore ce document, nulle part à l'étranger pareils mensonges n'ont été proférés par aucun Templier 60 :
«  On voit bien, dès lors, pourquoi le royaume de France fait exception : il y a eu corruption par menace, prière, ou prix d'argent.  » Mais la religion du Temple fut, est et se maintient pure :
«  Quiconque y entre prononce quatre voeux : obéissance, chasteté, pauvreté, promesse d'exposer toutes ses forces au service de la Terre Sainte, savoir pour la conquérir, si Dieu accorde cette grâce, la conserver, garder et défendre selon son pouvoir. Il est admis à un honnête baiser de paix, reçoit l'habit avec la croix, qu'il portera désormais chaque jour sur sa poitrine, et par révérence pour le Crucifié, en mémoire de Sa passion, apprend à conserver la règle et les anciennes coutumes baillées par l'Eglise Romaine et les Saints Pères.  »

La fausseté des articles du questionnaire est dénoncés dans le rapport avec une âpre violence ; des ennemis de la Religion catholique, subornant de malheureux frères apostats et fugitifs, ont rapporté ces mensonges au Roi de France et à son Conseil, en abusant ceux-ci, et Mgr le Pape pareillement ; ces suborneurs incitent chaque jour les faux témoins à ne pas revenir sur leurs faussetés et leur font craindre, s'ils se rétractaient, la peine du bûcher. Les Templiers supplient les Commissaires qu'à ceux de leurs frères qui auraient failli, soit donnée l'assurance d'une sécurité suffisante pour qu'ils puissent sans crainte revenir à la vérité.

A cette cédule, le frère Jean de Montréal en ajoute une autre encore, rédigée en langue d'oc, qu'il présente au nom de ses frères détenus dans la maison de Richard des Dé¬pouilles, et qui porte notamment :
«  Item, proposent les frères dudit ordre que, quand le Safet (51) fut pris, le Soudan se fit venir devant 80 frères du Temple et leur dit de renier Dieu Jésus-Christ leur Créateur, sous peine d'être décapités ; lesquels frères ne voulurent renier Dieu, et en ont tous eu la tête tranchée pour la foi de Dieu ; par quoi disent les Templiers que, si les frères eussent été tels qu'on les dit, ils eussent été libérés par telles manières.  »

Les Commissaires répondent encore à plusieurs observations d'ordre juridique présentées par les porte-parole des Templiers, puis, soucieux de ne point égarer leur tâche dans les méandres de la procédure et de ne pas se laisser submerger par la paperasse, annoncent qu'ils vont main¬tenant pénétrer dans le vif de leur enquête, c'est-à-dire procéder aux interrogatoires, selon la forme de la Commission à eux baillée par Notre Saint Père le Pape et du questionnaire joint.
Sources : Le Procès des Templiers, traduit, présenté et annoté par Raymond Oursel. Club du meilleur livre. Tournon 15 janvier 1955. Exemplaire nº 4402

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