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Les châteaux des Croisés et des Ordres Militaires

Shayzar ou Shaîzar
Après le départ de Ma'arrat al-Nu'mân la première étape de Raymond de Saint-Gilles fut Capharda ou Kafartab, bourg situé à une vingtaine de kilomètres au sud et où l'armée s'arrêta du 13 au 16 janvier 1099. Robert de Normandie et Tancrède vinrent l'y rejoindre. L'étape suivante était ShayzarShayzar ou Shaîzar
Château de Shayzar
sur l'Oronte, l'actuel Qal'at Seijar.

Shayzar se trouve sur la rive ouest de la rivière Oronte, près de Hama, dans le centre de la Syrie.
ShayzarChâteau de Shayzar
Château de Shayzar
peut être considéré comme l'un des meilleurs paysages survivant médiéval. Il est exceptionnellement bien conservé, il est pratiquement épargné par l'urbanisation récente et moderne de la restauration est assez limitée.

Certains bâtiments sont conservés au niveau du deuxième étage, y compris le toit. A première vue, il semble déjà clair que le château d'aujourd'hui est le résultat d'un certain nombre de différentes phases de construction, réparties le long espace de temps.

On sortait là de l'obédience directe des royaumes turcs pour entrer sur le territoire des petites dynasties arabes qui, à Shayzar comme à Homs et à Tripoli, avaient profité de l'affaiblissement des Saljûqides pour se rendre pratiquement indépendantes. Leur attitude à l'égard des Croisés fut en général fort différente de celle des Turcs. En territoire turc les Croisés n'avaient rencontré que la guerre. En terre arabe, ils reçurent dès le début des offres d'entente ou, tout au moins, de compromis et purent amorcer enfin une politique indigène.

« M. Bréhier fait remarquer que, dans les chapitres qui traitent des principautés arabes, le ton des « Gesta Francorum » devient beaucoup moins agressif envers les musulmans que dans les chapitres consacrés aux Etats turcs (édition de l'Histoire anonyme, p. 181). »

Château de Shayzar - Images Mohamad Al Roumi
Vestiges du château de Shayzar

La citadelle de Shayzar était longtemps demeurée une enclave byzantine au milieu des terres musulmanes. Tandis que la région et même la ville basse appartenaient depuis 1025 à la famille des émirs Munqidhites, de la tribu arabe des Banû Kenâna, la citadelle même de Shayzar était restée jusqu'en 1081 au pouvoir d'une garnison byzantine locale, commandée par l'évêque grec d'al-Bâra. Ce n'avait été que le 19 décembre 1081 que les derniers soldats d'Alexis Comnène avaient rendu la citadelle à l'émir Munqidhite Izz al-Dawla Sadîd al-Mulk Abu'l Hasan 'Ali.

Le petit-fils de cet émir, 'Izz al-Dîn Abu'l Asâkir Sultan (1098-1154), — un fin politique s'il en fut, — se sentit fort ému en apprenant l'approche des Croisés. N'allaient-ils pas vouloir rendre â l'empire byzantin la citadelle perdue ?
Le mieux était de s'entendre avec eux. Tandis qu'ils n'étaient encore qu'à Ma'arrat al-Nu'mân, l'émir avait déjà entamé en ce sens des négociations avec Raymond de Saint-Gilles, négociations continuées durant la halte du comte à Kafarfâb. Quand les divers dynastes Saljûqides avaient successivement été écrasés par les Francs, ce n'était pas le petit émir Munqidhites qui pouvait être de taille à affronter l'invasion !

Du reste plusieurs familles de Ma'arrat al-Nu'mân, les Banû Sulaimân, les Banû Abî jffusaîn, réfugiées à Shayzar après le massacre de leurs concitoyens, étaient là pour enseigner la folie de la résistance. Suliân, écoutant leurs conseils de prudence, envoya donc offrir à Raymond de Saint-Gilles le libre passage à travers le territoire de Shayzar et de riches présents en or, en argent, en troupeaux, en chevaux et en provisions de tout genre, sans parler de marchés avantageux pour le reste du ravitaillement.

Château de Shayzar - Images Mohamad Al Roumi
Vestiges du château de Shayzar

« Rappelons, en effet que c'est vers 1025 que Salift ibn Mirdâs avait donné aux Munqidhites la région autour de Shayzar, à une époque où la ville elle-même restait encore byzantine. Le munqidhite Muqallad se rendit en outre maître de Kafartab (1041). Usama Abu'l, son petit-fils (mort en 1059), s'agrandit jusqu'à l'Oronte. Le fils d'Usama, Hassan Ali, fit capituler le 19 décembre 1081 la citadelle de Shayzar, jusque-là possession byzantine. La garnison grecque sortit librement. Après lui régnèrent son fils Murhaf Nasr (1082-1098), puis le fils de ce dernier, Asakir Sultan (1098-1154), contemporain de la Croisade. »

« Le roi de Césarée, nous dit l'Anonyme, avait mandé souvent au comte par ses envoyés à Marra et à Capharda qu'il voulait vivre en paix avec lui, qu'il lui donnerait de son avoir, qu'il honorerait les pèlerins et leur jurerait sa foi, que dans les limites de sa domination ils ne recevraient aucune offense et qu'il assurerait volontiers leur nourriture et le ravitaillement des chevaux.

Château de Shayzar - Images Mohamad Al Roumi
Vestiges du château de Shayzar

Sultan espérait sans doute que grâce à ces prévenances les Francs s'écarteraient de son territoire. Lorsqu'ils vinrent camper devant Shayzar, il paraît avoir été déçu et se montra fort inquiet. « Le roi de Césarée, les voyant établis si près de la cité, fut mécontent, nous avouent les « Gesta Francorum », et ordonna de leur refuser le ravitaillement s'ils ne s'éloignaient de l'enceinte de la ville. » Cette menace de rompre le pacte de ravitaillement produisit son effet. D'autant que le lendemain (17 janvier 1099) Sultan envoya deux guides aux Croisés pour leur indiquer le gué de l'Oronte, les faire passer sur le bord occidental du fleuve et les conduire dans la vallée du Sarûj ou Nahr Sarût, affluent de gauche de l'Oronte, entre Shayzar et Hama, vallée marquée par les bourgs de Umm al-Tiyur, Tell 'Afar, Kafr al-Akid, Zemliya, Qurtman, Qanatir, Ba'rîn et Nisaf. Conduits par leurs guides shayzaris, les Francs remontèrent donc cette vallée en direction nord-est sud-ouest.

Château de Shayzar - Images Mohamad Al Roumi
Vestiges du château de Shayzar

L'émir de Shayzar avait promis aux Francs, en les faisant conduire dans la vallée du Sarût, de leur procurer des pâturages fertiles pour leurs chevaux et, pour eux-mêmes, des occasions de bonne prise. Faut-il entendre par là que, pour se débarrasser des Croisés et aussi pour les empêcher d'aller attaquer Hama (comme ils y avaient peut-être pensé après la prise de Ma'arrat al-Nu'mân), Sultan de Shayzar les envoyait piller quelque forteresse voisine ?

Le récit de l'Anonyme tendrait à le faire croire. Les guides prêtés par Sultan, nous dit-on, étaient chargés « de conduire les Francs où ils trouveraient bonne prise ». « Ils arrivèrent dans une vallée dominée par un château et ils razzièrent plus de cinq mille bêtes, pas mal de blé et d'autres denrées, ce qui permit de refaire les forces de toute l'armée chrétienne. La garnison du château se rendit au comte (de Toulouse) et lui donna des chevaux et de l'or fin, puis jura par sa loi qu'il n'adviendrait aucun mal aux pèlerins et nous fûmes là pendant cinq jours  ».

Château de Shayzar - Images Mohamad Al Roumi
Vestiges du château de Shayzar

Mais d'après Raymond d'Agiles, autre témoin oculaire, ce fut par suite d'une erreur des guides shayzaris que les Croisés furent introduits dans une vallée où on avait caché en hâte tous les troupeaux du pays (peut-être s'agit-il de la région boisée qui s'étend sur la rive gauche du moyen Nahr Sarût, autour de Tell 'Afar, Beli, Qabu-Sulaib, Deir al-Sulaib et Rab'o et où les gens de Shayzar avaient espéré dissimuler leur bétail).

Ce qui semble faire croire que les Francs, par suite d'un malentendu, étaient tombés sur la cachette des populations arabes, c'est qu'ils y firent, en plus de la razzia des troupeaux, un énorme butin, si bien qu'ils durent aller acheter à Shayzar et jusqu'à Homs des chevaux de trait : ils en ramenèrent mille . Ce détail prouve d'ailleurs que les émirs arabes de Shayzar et de Homs cherchaient, malgré les actes de pillage dont leurs sujets étaient victimes, à maintenir des relations amicales avec les Francs. Aussi bien l'écrasement des Turcs ne laissait-il pas d'autre attitude aux Arabes de Syrie.
Sources René Grousset - Histoire des Croisades et du Royaume Franc de Jérusalem - Plon - Paris - 1934
SourcesPour les images : Elles sont Extraites du livre "Les Châteaux d'Orient" de Jean Mesqui. Edition Hazan
Les photographies en couleurs sont de Mohamad Al Roumi et Jean Mesqui.

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