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Les châteaux des Croisés et des Ordres Militaires

Le Krak de Montréal ou de Shaubak
Avec des guides arabes, récemment convertis au christianisme, BaudouinIer exécuta ensuite une promenade militaire dans les montagnes du pays de Juda. Il prit pour base de ses opérations de ce côté Hébron (al-KhalîI) que les Francs appelaient Saint-Abraham parce qu'on y localisait la sépulture de ce patriarche.

Krak de Montréal ou de Shaubak
Krak de Montréal ou de Shaubak - Sources : Mytrips

Un détachement descendit le cours desséché du Wadî al-Araja jusqu'à l'emplacement d'Engaddi, « la Source aux chèvres » (Ain Jidi), sur la rive occidentale de la mer Morte, ou, comme écrit Guillaume de Tyr, « la Mer Tressalée. » Baudouin lui-même se transporta ensuite à Ségor près de l'actuel al-Sâfiya, à la pointe méridionale de la mer Morte. La bourgade avait été évacuée par les Arabes. Après l'avoir incendiée, il exécuta une série de courses vers la vallée du 'Araba et les rochers du Qûz Fâ'î, dans le nord-ouest de l'ancienne Idumée. Terre désolée où l'armée ne trouva pour se ravitailler que des dattes et, comme butin, que des chevaux de bédouins. Mais la razzia franque n'en avait pas moins fait oeuvre salutaire puisque pendant longtemps les tribus de l'Extrême-Sud n'osèrent plus s'attaquer aux nouveaux maîtres de Jérusalem. D'ailleurs pour le moment simple contre-rezzou de police.

Foucher de Chartres, qui accompagnait l'expédition, affirme bien que Baudouin poussa au sud jusqu'au Val Moyse ou Wâdî Mûsâ, en pleine Arabie Pétrée, qu'il fit même l'ascension du Jebal Hârûn (Mont Hôr) où se trouvait le monastère de Saint-Aaron. En réalité ce ne fut que quinze ans plus tard que Baudouin Ier, comprenant l'importance stratégique de la région, y construisit le Krak de Montréal ou de Shaubak (Albert d'Aix, page 523; Foucher de Chartres, page 381.)
C'est par Hébron et Bethléem, que Baudouin rentra à Jérusalem le 21 décembre 1100 (2).

Cette promenade militaire, qui avait grandement diminué l'insécurité des routes, acheva d'établir l'autorité de Baudouin. A son retour à Jérusalem le patriarche Daimbert se réconcilia avec lui. Réconciliation, des deux côtés, plus apparente que réelle, mais qui témoigne de l'opportunisme de Baudouin. N'oublions pas en effet que Daimbert, avant de se rendre en Palestine, était archevêque de Pise, chef moral de la célèbre commune italienne, et que c'était pour avoir conduit au secours des Croisés l'escadre pisane qu'il avait obtenu le siège patriarcal de Jérusalem. Or la marine pisane jouait un rôle de tout premier ordre dans la Méditerranée et son appui pouvait être indispensable aux Croisés pour tenir en respect la marine fâtimide, toujours maîtresse de Beyrouth, de Tyr, d'Acre et d'Ascalon. Ces considérations durent l'emporter chez Baudouin sur la tentation de se venger sur-le-champ de Daimbert en le remplaçant dès ce moment par Arnoul Malecorne. Daimbert, de son côté, se résigna à sacrer Baudouin roi de Jérusalem. La cérémonie eut lieu dans l'église de la Vierge, à Bethléem, le jour de Noël 1100. En posant sur la tête de l'ancien comte d'Édesse cette couronne royale que Godefroi de Bouillon n'avait jamais portée, le patriarche sanctionnait de ses propres mains l'échec de toutes ses ambitions.

Krak de Montréal ou de Shaubak
Krak de Montréal ou de Shaubak - Sources : Mytrips

Plus difficile à faire cesser était la brouille entre Baudouin et Tancrède. Cette brouille, qui remontait aux journées de Mamistra, en 1097, où les deux barons en étaient venus aux mains pour la possession de la Cilicie.
Sources : René Grousset. Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem - Tome I : l'Anarchie musulmane et la monarchie franque. — Paris, librairie Plon, 1934.
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La seigneurie d'Outre-Jourdain sous le règne de Foulque.
Payen le Bouteiller et la construction du Krak de Moab.
Enfin il y a lieu de signaler, sous le règne de Foulque d'Anjou, la construction en 1142, au pays de Moab, en Transjordanie, du second Krak ou Pierre du désert.

On se rappelle que la Terre d'Outre-Jourdain avait été constituée en fief par le roi Baudouin Ier qui, après y avoir fondé en 1115 le Krak de Montréal ou Krak d'Idumée, aujourd'hui Shaubak, l'avait, vers 1118, inféodée à Romain du Puy. Romain et son fils Raoul, ayant été inculpés de trahison, furent dépossédés par le roi et la Terre d'Outre-Jourdain donnée à Payen le Bouteiller (ainsi nommé pour sa fonction à la Cour) « La date à laquelle la seigneurie d'Outre-Jourdain fut enlevée à Romain du Puy pour être donnée à Payen le Bouteiller est sujette à discussion. D'une part Payen nous est présenté comme ayant souscrit dès 1128 en tant que seigneur de Montréal un acte de Guillaume de Bures, ce qui impliquerait que sa nomination à la seigneurie d'Outre-Jourdain remonte au règne de Baudouin II (cf. Rey, Les seigneurs de Mont-Réal et de la Terre d'Outre-Jourdain, in Revue de l'Orient latin, 1896, I, p. 19). D'autre part Guillaume de Tyr (t. I, p. 627) cite Romain du Puy avec encore son titre de seigneur d'Outre-Jourdain (dominus regionii illius quoe est trans Jordanem) à propos de la révolte de Hugue du Puiset contre le roi Foulque en 1132, révolte à laquelle il semble avoir plus ou moins participé, ce qui constituait sa « trahison » envers la couronne et expliquerait sa déposition. »

En 1142 Payen construisit, pour défendre son fief contre les razzias venues du nord-est et de l'est la nouvelle forteresse de la Pierre du desert — Petra Deserti — ou Krak de Moab, — en arabe al-Kerak — destinée à devenir beaucoup plus importante que le Krak de Montréal lui-même. « Cist ferma un chastel en la Marche de la Seconde Arabe (Arabia Secunda), cui (= auquel) il mist non Le Crach, qui mout estoit forz de siège et bien fermez de mur. Gele cité ot puis non la Pierre du Désert » (Guillaume de Tyr, pages 692-693.)

Le Krak de Moab, dont la masse puissante dominait tout le pays de ce nom, à l'est de la rive sud-orientale de la Mer Morte, depuis la vallée du Seil al-Mûjib jusqu'à celle du Seil al-Qurâhî et du Wâdtî al-hesâ, remplaça comme résidence des seigneurs d'Outre-Jourdain le Krak de Montréal, réduit au rôle de forteresse secondaire. Le Krak de Moab devint aussi la résidence de l'évêque latin de Rabba, l'ancien Rabbat Moab. L'importance du site, remarquablement discernée par Payen le Bouteiller, provenait de ce qu'il commandait aux pistes de caravanes allant d'Égypte en Syrie. Avant les croisades ces caravanes traversaient normalement la Judée. La conquête de la Judée par les Francs les avait obligées à un long et très pénible détour au sud et à l'est de la Mer Morte, à travers le sillon d'Idumée et le plateau de Moab. Et voici que la fondation du Krak de Moab après celle du Krak d'Idumée rendait ce détour inutile, les obligeait à passer sous le regard des créneaux francs.
Sources : René Grousset. Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem - Tome II : Monarchie franque et Monarchie Musulmane, L'Equilibre. — Paris, librairie Plon, 1934.
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Karak de Moab
Le nom primitif d'Aréopolis, Rabbat-Moab, la capitale de Moab, s'est conservé pour ainsi dire intact jusqu'à nos jours, puisque les ruines de cette ville s'appellent toujours er-Rabba, sans qu'il soit resté trace, dans la mémoire des habitants du pays, du nom relativement moderne Aréopolis.

A l'époque des croisades, Karak devint un lieu très-important comme poste avancé de la chrétienté en Arabie. Voici ce que raconte Foucher de Chartres (ch. XLIII) : « En 1115, le roi alla en Arabie et y éleva un château sur un certain monticule qu'il reconnut être placé, de toute antiquité, dans une forte situation, non loin de la mer Rouge, à trois jours de chemin environ de cette mer, et à quatre de Jérusalem. Baudouin mit dans ce château une bonne garnison, destinée à dominer sur toute la contrée d'alentour, pour l'avantage des chrétiens, et il ordonna qu'il s'appellerait Mont-Réal, par honneur pour lui-même, qui avait construit ce fort en peu de temps, à l'aide de peu de monde et avec une grande audace. »

Un peu plus loin (ch. XLIV) nous lisons encore: « En 1116, le roi alla visiter le château et poussa jusqu'à la mer Rouge, pour reconnaître un pays qu'il n'avait pas encore vu, et pour chercher si, par hasard, il n'y trouverait pas quelques-unes des choses dont nous manquions. »

Guillaume de Tyr raconte les mêmes faits à l'année 1115 (tome I, ch. 26). Cet historien nous apprend qu'en 1172 Selah-ed-Din assiégea vainement Mont-Réal (lib. 20, ch. 27). Quelques années après (en 1183), l'émir recommença le siége de Karak et s'en rendit maître (tome I, 22, ch. 28). « Grant talent avoit, dit-il, que il aseist une cité qui fu anciennement appelée la Pierre del Désert, mes l'en la desine ore le Crac... » Renaut de Chastillon etoit alors sire du Krak de Mont-Réal, « il estoit sire de cele terre de par l'éritage se fame. » Chacun sait que Renaud de Chastillon, tombé entre les mains de Selah-ed-Din, fut mis à mort sous les yeux de ce prince, qui ne voulut pas user envers lui de sa générosité habituelle, et qui vengea, par son supplice, le pillage d'une caravane musulmane que le sire de Krak avait arrêtée et dévalisée quelque temps auparavant.

Une position militaire aussi importante que celle de Karak avait dû être utilisée dès l'antiquité la plus reculée, et il est très-probable que la moderne Karak est bâtie sur l'emplacement de la ville forte de Moab, qui, dans l'Écriture sainte, porte les noms de Kir-moab, et de Kir-heraset ou Kir-heras.
Voyage autour de la mer Morte et dans les terres bibliques Par Louis Félicien de Saulcy. Paris 1853

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