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Joseph-François Michaud - Histoire des Croisades

1 - [1223] Jean de Brienne demande des secours en Europe
Après la conférence tenue en Campanie, le roi Jean de Brienne alla solliciter des secours pour la terre sainte dans les principaux États de l'Europe. Lorsque le roi de Jérusalem arriva en France, les Français pleuraient la mort de Philippe-Auguste. Jean de Brienne assista aux funérailles de son bienfaiteur, qui avait légué, en mourant, trois mille marcs d'argent aux défenseurs de la Palestine. Après avoir rendu les derniers devoirs à Philippe, le roi de Jérusalem passa en Angleterre et en Allemagne, où sa présence et ses discours rappelèrent aux chrétiens les malheurs de la terre sainte.

De son côté, l'empereur Frédéric faisait tous les préparatifs nécessaires pour une expédition qu'il devait diriger en personne. On construisait, par ses ordres, dans tous les ports de la Sicile, des vaisseaux pour le transport des croisés. « Le ciel et la terre, écrivait-il au pape, me sont témoins que je désire de toute mon âme le triomphe des armes chrétiennes, et que je ne néglige rien pour assurer le succès de la sainte expédition ». Dans toutes ses lettres, Frédéric exhortait le souverain pontife à ne rien négliger pour augmenter le nombre des soldats de Jésus-Christ. Devenu tout à coup plus zélé pour la croisade que le pape lui-même, il reprochait à la cour de Rome d'épargner les indulgences et de confier la prédication de la guerre sainte à des orateurs vulgaires ; il conseillait au pape de redoubler d'efforts pour apaiser les querelles entre les princes chrétiens et faire signer la paix aux rois de France et d'Angleterre, afin que la noblesse et le peuple de ces deux royaumes pussent prendre part à la croisade. Frédéric, ne pouvant se rendre en Allemagne, y envoya le grand-maître de l'ordre Teutonique, et le chargea d'exhorter le landgrave de Thuringe, le duc d'Autriche, le roi de Hongrie et les autres princes de l'Empire à faire le serment de combattre les infidèles. Il s'engageait à fournir aux croisés des vaisseaux, des vivres, des armes, et tout ce qui leur serait nécessaire pour l'expédition d'outre-mer. Enfin l'empereur déployait tant d'activité, montrait tant d'ardeur et de zèle, que toute l'attention des chrétiens se portait vers lui, et qu'il était regardé comme l'âme, le mobile et le chef de la sainte entreprise.

Cependant le pape, de son côté, ne négligeait point les intérêts de la croisade : il pressait le départ du duc de Brabant, et promettait quinze mille marcs d'argent au marquis de Montferrat décidé à passer les mers à la tête d'une troupe choisie. Le souverain pontife, qui avait exhorté Philippe-Auguste à se joindre à Frédéric, recommanda aussi les intérêts de Jérusalem à son successeur Louis VIII ; il l'invita à se réconcilier avec le roi d'Angleterre, afin de concourir à l'expédition de terre sainte. Honoré reçut du patriarche d'Alexandrie une curieuse lettre que nous devons reproduire ici, parce qu'elle nous fait connaître la situation des chrétiens d'Orient à cette époque : Les archevêques, les évêques, les prêtres, clercs, et généralement tous les chrétiens qui sont en Egypte, adressent à Votre Sainteté leurs supplications mêlées de soupirs et de larmes... Nous n'osons point avoir des chevaux dans nos maisons, ni porter nos morts à travers la ville avec la croix ; si une église chrétienne vient à tomber par quelque accident, nous n'osons point la réédifier d'aucune manière. Depuis quatorze ans, chaque chrétien d'Égypte paie le « djéziéh », que les Latins appellent « tribut », et qui est d'un besant d'or et de quatorze karoubas ; s'il est pauvre, on le jette en prison, et il ne peut en sortir qu'en acquittant tout le tribut. Les chrétiens sont en si grand nombre en Egypte, que, chaque année, il faut payer au trésor du sultan dix mille besants sarrasins d'or, monnaie de Babylone. Que vous dire de plus, lorsque les chrétiens sont employés aux ouvrages les plus avilissants et les plus bas, même à nettoyer les places de la ville, ce qui fait la honte de toute la chrétienté ? On ne doit point vous rappeler dans quel état de ruine, de désolation et d'abandon, demeure Jérusalem, élevée au rang des villes. Le monde entier connaît ce qui s'est passé à Damiette et ce qui s'y est fait ; il ne faut point consigner dans des lettres ce qui est honteux à dire.

Ayez pitié de nous, Seigneur, ayez pitié de nous. Venez, et délivrez-nous, notre père spirituel. De même que les saints attendaient, avant la venue du Christ, la rédemption et la délivrance des hommes par le fils de Dieu, ainsi nous soupirons après l'arrivée de votre fils l'empereur. On ne doit point oublier, mais il faut au contraire bien se rappeler la conduite que doit suivre l'empereur lorsqu'il viendra. Voici la voie à tenir pour arriver sain et sauf et sans dommage, avec l'agrément de Dieu. Que les galères et les vaisseaux (galeœ et naves), quels qu'ils soient, entrent par la branche du Nil qui débouche à Rosette, et jettent l'ancre près d'une ville, située dans une île du fleuve, nommée Foha. En agissant ainsi, on obtiendra, Dieu le permettant, toute la terre d'Egypte, sans éprouver de désastre. Le bras de Rosette est profond et large ; l'île indiquée abonde en toutes sortes de biens, ainsi que le porteur des présentes, homme fidèle et l'un de nos familiers, pourra vous le dire; nous vous l'avons envoyé, parce que nous connaissons sa prudence et sa sagesse à cet égard. L'événement le plus déplorable arrivé en Egypte par la conquête de Damiette, et qui tourne au déshonneur du christianisme, c'est que cent cinquante églises ont été détruites : par celui qui vit dans les siècles, je ne mens point dans ce récit. Que votre main triomphe des ennemis du Christ ! Les Sarrasins, appelés « molana », c'est-à-dire seigneurs, qui occupaient l'Egypte avant Saladin, supplient et conjurent. Votre Sainteté, par le nom de Dieu, de vous hâter d'envoyer celui que vous nous destinez, parce que la terre d'Egypte est à vous.
Sources : Joseph-François Michaud - Histoire des Croisades. Dezorby, E. Magdeleine et Cie Editeurs. 1841
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