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Quelques études réalisées sur les Templiers

La prison du Temple à Paris
Au treizième siècle, l'ordre du Temple exerçait a Paris des droits juridiques tout a fait indépendants; l'échelle de justice des Templiers s'élevait sur l'emplacement qui touche aujourd'hui à la rue du Temple et a la rue des Vieilles-Haudriettes. Un pareil privilège avait été, en 1279, de la part de Philippe III, la récompense des travaux gigantesques exécutés par cette milice religieuse.

En arrivant à Paris, au douzième siècle, les Templiers demandèrent à s'établir au fond d'horribles marécages, dont les exhalaisons pestilentielles valaient, chaque année, à la grande ville, des maladies épidémiques. Les Templiers durent se livrer, pour transformer ces marais en un séjour habitable, à d'immenses travaux de défrichement et de plantation ; les joncs, les algues, les roseaux, cédèrent la place, comme par enchantement, des chênes, des ormes, des hêtres et des peupliers ; de vastes bâtiments s'élevèrent aussitôt, protégés par des tours, des tourelles, des ponts-levis, des murailles crénelées et des fossés. La grosse tour était destinée à renfermer le trésor et l'arsenal de l'ordre ; les quatre petites tours ou tourelles servaient de prison aux chevaliers qui avaient enfreint la discipline monastique ; l'esplanade du Temple était assez vaste pour laisser manoeuvrer librement trois cents hommes, armés de leurs arbalètes et de leurs hallebardes.

Philippe III avait donc voulu récompenser royalement ces moines laboureurs qui venaient de réaliser d'admirables travaux agricoles, ces moines guerriers qui venaient de donner à la capitale de nouveaux moyens de défense. Le roi leur accorda, par une ordonnance du mois d'août 1279, droit moyenne et basse justice, depuis la porte Barbette, se réservant la haute jusqu'à la porte du Temple, et, au regard des lieux qui sont hors la ville, leur donne haute, moyenne et basse justice, depuis la même porte Barbette, tirant au chemin de la Courtille vers la porte du Temple, avec pouvoir de faire porter à leurs gens des armes et autres attributions nécessaires pour faire exercer la justice.

Au treizième siècle, l'ordre du Temple était une puissance, une souveraineté avec laquelle les princes eux-mêmes devaient compter, sous peine de se blesser à la pointe d'une longue épée religieuse et politique. Les Templiers étaient, de droit ou de fait, de toutes les entreprises, de toutes les guerres, de toutes les négociations ; ils gardaient, au besoin, les villes, les trésors et les archives de la royauté ; ils exploitaient le monopole du commerce des blés ; ils possédaient les plus belles terres du royaume ; ils percevaient les revenus de huit à dix mille manoirs ; ils recevaient chaque jour la solennelle visite des hôtes les plus riches, les plus nobles, les plus illustres, sans en excepter les papes et les rois.

La résidence du Temple était plus brillante, plus somptueuse, plus splendide que la résidence même des rois. La chambre du grand maître était soutenue par vingt-quatre colonnes d'argent massif, travaillées avec un art admirable, et représentant des feuilles de vigne avec leurs pampres, des oiseaux, des écureuils, des reptiles, si ressemblants que moult gens avaient grand 'peur d'y mettre le doigt.
La salle du chapitre général était pavée de mosaïques les poutres étaient en cèdre du Liban, sculptées comme dentelle de Flandre. Il y avait, dans cette salle, soixante grands vases en or massif, et une si grande quantité d'armes arabes, mauresques et turques, enrichies de pierres précieuses, damasquinées, ciselées, bistournées, qu'elles en suffoquaient les yeux ; chaque chambre de chevalier se distinguait par quelque beauté d'art ou de nature ; les chambres des officiers et des commandeurs contenaient tant de richesses, tant de métaux, tant de trésors, que c'était miracle.

Il y avait loin assurément des Templiers de Paris à ces pauvres frères du Temple qui montaient à deux sur un cheval, et qui faisaient dire à Pierre le Vénérable « Ils vivent dans une société agréable, mais frugale, sans femmes, sans enfants, sans avoir rien en propre, pas même leur volonté. Ils ne sont jamais oisifs, ni répandus au dehors ; quand ils ne marchent point contre les infidèles, ou ils réparent leurs armes et les harnais de leurs chevaux, ou ils sont occupés dans de pieux exercices, par les ordres de leur chef. Une parole insolente, une conduite immodérée, le moindre murmure, ne demeure point sans une sévère correction. Ils détestent les jeux de hasard ; ils ne se permettent ni la chasse, ni les visites inutiles ; ils rejettent avec horreur les spectacles, les bouffons, les discours ou les chansons trop libres ; ils se baignent rarement, sont pour l'ordinaire négligés, et montrent un visage brûlé des ardeurs du soleil, un regard fier et sévère. A l'approche du combat, ils s'arment de foi an dedans, de fer au dehors sans-ornements ni sur leurs habits, ni sur les harnais de leurs chevaux, leurs armes sont leur unique parure. »

La première institution de l'ordre du Temple date de l'année 1118. Quelques gentilshommes obtiennent du roi Baudouin II la noble faveur de se consacrer à la garde des avenues de Jérusalem.

Les Arabes, les Sarrasins, les Turcs et les soldats dégénérés de l'Europe chrétienne, dépouillaient chaque jour les dévots, les pèlerins qui s'aventuraient sur la route de la ville sainte. Les nouveaux religieux furent appelés tour à tour Frère de la Milice du Temple, Chevaliers du Temple et Templiers. Ils empruntèrent leur nom à la demeure que le roi leur avait donnée, dans le voisinage d'une église qui avait remplacé le temple de Salomon.

Le concile de Troyes, en 1128, confirma l'ordre religieux et militaire des Templiers ; le pape Honorius II leur imposa une nouvelle règle préparée par saint Bernard ; les Templiers revêtirent, par l'ordre du pontife, une longue robe blanche, ornée d'une croix rouge.

L'étendard de l'ordre du Temple, appelé le Beaucéant, était noir et blanc, comme un emblème de la mort et de la vie la mort pour les infidèles et la vie pour les chrétiens de la terre sainte.

Au temps des croisades, les Templiers furent tout à fait dignes de la généreuse mission que l'on avait confiée à leur courage, à leur charité, à leur dévouement chevaleresque ; ils protégèrent vaillamment les approches de Jérusalem, dans l'intérêt des visiteurs, des pèlerins de la chrétienté ; ils contribuèrent ainsi à enrichir la ville sainte ; enfin, ils surent donner à leur petite troupe une discipline qui contrastait utilement avec l'insubordination et la licence des armées chrétiennes.

« Bientôt, a dit Grouvelle, dans ses Mémoires littéraires sur les Templiers, cette milice monastique introduisit des changements utiles dans la tactique et dans l'armure ; les Templiers étaient moins chargés de fer, plus lestement équipés que les chevaliers d'Europe. Une certaine mesure de bravoure leur fut prescrite par les lois, sans exagération, mais avec rigueur. Un Templier ne devait jamais fuir devant trois ennemis. Enfin, on dut à l'institution des Templiers une amélioration réelle dans le droit des gens les premiers, on les vit faire une guerre moins inhumaine et se montrer fidèles aux traités qu'ils faisaient avec les ennemis de leur foi. »

« La destination de l'ordre du Temple fut donc principalement militaire la guerre était la fin, la religion n'était que le moyen. Ce caractère original, qui le distinguait de celui des Hospitaliers, longtemps simples religieux, il le conserva pendant toute sa durée ; ce ne fut même que très-tard que ces monastères de soldats admirent dans leur sein des prêtres ; encore ne le fit-on que par des vues politiques. Cette première empreinte de l'institution influa jusqu'au dernier moment sur l'esprit du corps, sur les moeurs de ses membres, sur sa réputation, sur les passions qui conjurèrent sa perte. »

Grouvelle à raison une fois en Europe, après la grande épopée des croisades, les frères du Temple commencent à ne plus vouloir être des moines; ils ne veulent être que des soldats. Les Templiers de Paris, qui tinrent leur premier chapitre le 27 avril 1147, n'avaient plus rien de monastique ni de religieux ; les moines du Temple ne se souvenaient que d'avoir été élevés sur le pavois, au milieu des batailles leur monastère était une forteresse.

Pendant tout le treizième siècle, les Templiers ne voulurent relever, en France, que du grand maître de l'Ordre ils opposaient aux rois les prérogatives et les abus de leur juridiction souveraine ils eurent des armes, des serviteurs armés et des chevaux de combat ils affichèrent toutes les prétentions anarchiques de la noblesse féodale, et ils traitèrent avec la royauté de puissance à puissance l'Ordre du Temple avait compté sans le génie politique de Philippe le Bel.

Jusqu'au règne de ce prince, le Temple n'avait trouvé dans les rois de France que des courtisans de la richesse, de l'orgueil et de l'audace des Templiers la royauté s'en allait humblement frapper à la porte du Temple, pour déposer dans la tour ses trésors et ses chartes ; la royauté s'en allait frapper à la porte du Temple pour emprunter de l'argent aux chevaliers la royauté s'en allait frapper à la porte du Temple, pour confier à ces moines-soldats les clefs de quelque grande ville ; la royauté s'en allait frapper à la porte du Temple, pour présenter à cette orgueilleuse milice un illustre visiteur qui n'était rien moins que Henri III, roi d'Angleterre.

Félibien nous a conservé le souvenir du séjour de Henri III chez les Templiers « Le monarque anglais fut logé au Temple comme cette résidence, quelque vaste qu'elle fut, n'était pas assez grande pour recevoir la foule des gens et des chevaux, les hôtelleries se trouvèrent encombrées depuis le château jusqu'à la Grève, et même beaucoup de personnes furent obligées de passer la nuit dans la rue. Quand les princes (Louis IX et Henri III) eurent visité les églises et honoré les reliques, on leur servit un beau festin, au palais, dans la grande salle, décorée la manière des Anglais. Les portes restèrent ouvertes pendant le repas. Entrait au Temple qui voulait dans les cours, dans les salles, des tables étaient dressées partout, et partout, malgré le maigre, il y avait abondance. Le roi mit à sa droite le roi d'Angleterre, à sa gauche le roi de Navarre douze évêques, vingt-deux ducs ou barons et dix-huit comtesses s'assirent à la même table. Après le festin, Henri III fit présent aux seigneurs français de coupes d'argent, d'agrafes d'or, de ceinturés ou écharpes de soie. Saint Louis emmena de force son royal convive dans son palais, en disant qu'il était le maître dans son royaume. »

Cinquante-huit ans après le magnifique, séjour du roi d'Angleterre au Temple, la grosse tour entendit les plaintes, les gémissements, les cris de douleur du dernier grand maître, Jacques de Molay, que l'inquisiteur faisait passer par l'horrible épreuve de la torture. Le 13 octobre 1307, les Templiers furent arrêtés en France, accusés et poursuivis dans toute la chrétienté.

Le palais du Temple, à Paris, était occupé à cette époque par le grand maître et cent trente-neuf chevaliers.

Tous les biens, toutes les terres, toutes les richesses de l'Ordre furent confisquées.

Le roi Philippe le Bel publia un acte d'accusation qui qualifiait les proscrits de loups ravissants, de société perfide, idolâtre, dont les oeuvres, dont les paroles seules capables de souiller la terre et d'infecter l'air (1).
1. Circulaire de Philippe le Bel, du 14 septembre 1307.

Les habitants de Paris furent convoqués dans le jardin du roi des commissaires, des moines, des grands de la cour, se mirent à prêcher le peuple contre les Templiers.

Les chevaliers du Temple, chargés de chaînes, furent questionnés par l'inquisiteur Guillaume de Paris. On leur refusa le droit de consulter leurs amis, leurs anciens protecteurs ou leurs créatures ; on leur refusa parfois le pain et l'eau ; on leur refusa les secours spirituels, et les juges répondaient au grand maître qu'il était hérétique, lorsqu'il demandait ut audire missam et alia officia divina (Dupuis)

Vingt-six princes consentirent à se déclarer leurs accusateurs, au nom de Philippe le Bel.

Le roi réclama et obtint l'adhésion de la plupart des archevêques, évêques, abbés, chapitres, communautés de villes, bourgs et châteaux.

Enfin, la volonté du roi et du pape infligea aux souverains la triste mission d'accuser, de poursuivre, de persécuter les Templiers dans tous les États de l'Europe.

Soixante-quinze Templiers essayèrent de se défendre, en disant à leurs juges :
« Les formes légales ont été violées. « On nous a arrêtés sans procédure préalable.
« Nous avons été saisis comme des brebis que l'on mène à la boucherie.
« Dépouillés tout à coup de nos biens, nous avons été jetés dans des prisons affreuses.
« On nous a fait subir les épreuves de tous les genres de tourments.
« Des chevaliers sont morts dans les tortures ou des suites de ces tortures.
« Plusieurs ont été forcés de porter contre eux-mêmes un faux témoignage, qui, arraché par la douleur, n'a pu nuire ni à lui ni à l'ordre.
« Pour obtenir des aveux mensongers, on leur a présenté des lettres du roi, qui annonçaient que l'Ordre entier était condamné sans retour, et qu'il promettait la vie, la liberté, la fortune aux chevaliers assez lâches pour déposer contre l'ordre.
« Quant aux chefs d'accusation que la bulle du pape proclame contre nous, ce ne sont que faussetés, déraisons et turpitudes ; la bulle ne contient que des mensonges détestables, horribles et iniques.
« Notre ordre est pur et sans tache ; il n'a jamais été coupable des crimes qu'on lui impute, et ceux qui ont dit ou qui disent le contraire sont eux-mêmes faux chrétiens et hérétiques.
« Notre croyance est celle de toute l'Église nous faisons voeu de pauvreté, d'obéissance, de chasteté, et de dévouement militaire pour la défense, de la religion contre les infidèles.
« Nous sommes prêts à soutenir et à prouver notre innocence de coeur, de bouche et de fait, et par tous les moyens possibles.
« Nous demandons à comparaître en personne dans un concile général.
« Que ceux des chevaliers qui ont quitté l'habit religieux et ont abjuré l'Ordre, après avoir déposé contre lui, soient gardés fidèlement sous la main de l'Église, jusqu'à ce qu'on décide s'ils ont porté un témoignage vrai ou faux.
« Non les Templiers n'ont pas voulu corrompre les moeurs publiques par d'horribles exemples.
« Non ! Les Templiers n'ont pas voulu déshonorer la religion.
« Non ! Les Templiers n'ont pas renié Jésus-Christ.
« Non ! Les Templiers n'ont pas craché sur la croix (Processus contra Templarios).

Le bûcher des Templiers, allumé par un roi et par un pape, ne cessa de brûler que le 11 mars 1313, dans l'île du Palais, pour le supplice du grand maître et de son compagnon d'infortune, Gui, dauphin d'Auvergne.

Jacques de Molay avait eu l'honneur de contribuer, en 1299, a la nouvelle conquête de Jérusalem il s'était efforcé de réparer les défaites des chrétiens, en combattant dans l'île d'Arad ; il avait continué à combattre dans l'île de Chypre ; il avait été appelé en France par Clément V et Philippe le Bel ; ce proscrit, qui montait sur le bûcher de l'île du Palais, le 11 mars 1313, avait tenu sur les fonts de baptême le prince Robert, quatrième fils du roi de France !

Le grand maître, éprouvé par les menaces de l'inquisiteur et par les douleurs de la torture, avoua tous les crimes absurdes que l'on reprochait à l'Ordre du Temple ; mais, à vrai dire, il ne tarda point à se rétracter, et cette solennelle rétractation lui valut d'être condamné à la peine de mort : il n'avait été condamné précédemment qu'à la prison perpétuelle.

Jacques de Molay et Gui, dauphin d'Auvergne, furent donc brûles vifs dans l'île du Palais, le 11 mars 1313. Du haut du bucher, le grand maître harangua le peuple, pour protester encore une fois de son innocence « Il est bien juste, s'écria-t-il, que, dans un si terrible jour et dans les derniers moments de ma vie. je découvre toute l'iniquité du mensonge et que je fasse triompher la vérité. Je déclare à la face du ciel et de la terre, quoiqu'à ma honte éternelle, que j'ai commis le plus grand des crimes... Celui d'avoir accusé moi-même un Ordre que je reconnais aujourd'hui pour Innocent ! Je n'ai passé la déclaration que l'on exigeait de moi, que pour suspendre les douleurs excessives de la torture, et pour fléchir ceux qui me les faisaient souffrir. Je sais les supplices qu'on a infligés à tous les chevaliers qui ont eu le courage de révoquer une pareille confession ; mais l'affreux spectacle qu'on me présente n'est pas capable de me faire confirmer un premier mensonge par un second à une condition si infâme, je renonce de bon coeur à la vie, qui ne m'est déjà que trop odieuse !... »

Les flammes commençaient à s'élever autour des deux patients le grand maître reprit, dit-on, la parole pour ajourner le pape Clément V devant le tribunal de Dieu dans quarante jours, et le roi de France dans l'année.

Les flammes enveloppèrent les deux Templiers Gui et Jacques de Molay entonnèrent un cantique... La foule, qui avait maudit l'Ordre du Temple, se surprit à s'émouvoir, à trembler, aux accents inspirés de ces voix religieuses qui chantaient le Dieu des chrétiens Un long gémissement se fit entendre. Quelques hommes courageux crièrent : « Grâce ! Grâce !... » Mais, pour nous servir d'un hémistiche heureux de M. Reynouard : .....Les chants avaient cessé !

On peut affirmer hardiment que la mort des Templiers n'a rien de commun avec ce que les historiens appellent la cupidité de Philippe le Bel: presque tous les biens de l'Ordre du Temple furent donnés par le roi aux chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem.

Ils ne poussèrent pas un soupir et malgré ce qu'ils souffraient d'un si cruel supplice, ils témoignèrent une fermeté et une constance admirables, invoquant le nom de Dieu, le bénissant et le prenant a témoin de leur innocence. - (Histoire de l'abolition de l'Ordre des Templiers.)

La politique royale ne se réserva, dans l'acte de donation, que la propriété exclusive de la grosse tour et des tourelles, pour en faire ce que l'on jugera à propos pour la sécurité du et de la capitale.

Après l'abolition de l'ordre des Templiers, la tour du Temple fit concurrence à la tour du Louvre pour fournir à la royauté des armes, c'est-à-dire des chaînes et des instruments de torture, contre les nobles, contre les grands feudataires de la couronne, contre les hommes puissants qui avaient eu le malheur de commettre quelque acte de félonie. La tour du Temple l'emporta sur la tour du Louvre, quand il fut question d'emprisonner les ducs d'Aquitaine et de Brabant, sous Philippe V et sous Philippe de Valois, les comtes de Dammartin et de Flandre, sous le roi Jean. - Le Temple et le Louvre préparaient la Bastille.

Les plus charmantes femmes du treizième siècle avaient peut-être visité mystérieusement la grosse tour ou les Templiers gardaient leurs richesses les plus précieuses au quinzième siècle, une femme, jeune et charmante aussi, visita secrètement la grosse tour. Mais, cette fois, le Temple ne reçut que la visite d'une belle prisonnière, nommée Odette : Charles VI venait de mourir.

Nous connaissons tous l'aimable et singulière histoire d'Odette.
Cette pauvre et jolie fille, dont le père était un marchand de chevaux, passant un jour sur le quai du Louvre, attira les plus doux regards de Charles VI. Le roi, qui était déjà presque fou, devint amoureux d'Odette ; et cette seconde folie devait peut-être servir à calmer, à charmer la première. La petite reine fut introduite à la cour par Isabeau de Bavière elle-même, qui ne voulait plus continuer à être frappée par le roi. « Pour sa jeune maîtresse, rapporte un contemporain, il l'aimait, et avait pour elle cette crainte que ceux qui se trouvent dans l'état où il était conçoivent ordinairement pour quelque personne en particulier. Un des effets de la démence de ce malheureux prince était de s'obstiner à ne point changer de linge et à vouloir garder la même chemise et les mêmes draps, en quelque sordide état qu'ils fussent. La petite reine le menaçait de son indifférence ou de sa haine : dans la crainte de ne plus en être aimé ou de ne plus la voir, il devenait facile, et faisait ce que l'on exigeait de lui. Il en était de même pour le boire et le manger, et pour toutes les autres choses qui pouvaient contribuer à sa santé, et qu'il refusait de faire si Odette de Champs-Divers ne l'y obligeait. Elle calmait son humeur, elle adoucissait son sang, et soulageait ainsi ses maux par ses charmes, sa douceur et sa complaisance. »

Dieu merci ! Cette bonne et belle héroïne ne fut châtiée de son dévouement à la personne du roi de France, que par la justice ou plutôt par l'injustice des Anglais. L'usurpation anglaise, qui avait bien le droit d'être absurde dans sa tyrannie, accusait cette innocente Odette d'avoir entretenu des relations avec le roi de Bourges (le dauphin, depuis Charles VII), et d'avoir fomenté dans l'esprit du feu roi des retours de tendresse pour son fils absent par bonheur, la petite reine ne passa que deux ou trois mois dans le Temple.

Charles VII, Louis XI, Charles VIII et Louis XII, semblèrent oublier la prison d'État que leur avaient léguée les Templiers la grosse tour referma ses cachots, pour ne plus les ouvrir que le 10 août 1792.

Il était digne de François 1er, le roi magnifique de la renaissance, de réparer le palais du Temple, de relever ces ruines historiques, d'embellir ces vastes jardins ; de redorer cet illustre blason, de ressusciter enfin cette ancienne et brillante demeure des chevaliers de la croix : en 1540, le Temple devint le séjour somptueux des grands prieurs de France.

Dans les dernières années du dix-septième siècle, Philippe de Vendôme, prince du sang et chevalier de Malte, fut nommé grand prieur du Temple. Quelques années plus tard, Philippe de Vendôme voulut que son prieuré fut digne de la cour spirituelle et galante du Palais-Royal ; le Temple répondit à la Régence, en conviant à ses fameux soupers les femmes les plus belles ou les plus aimables, les beaux esprits les plus vifs et les plus joyeux de ce temps-là.

Les vieux, marronniers, qui avaient ombragé la croix de Jacques de Molay, prêtèrent leurs ombrages les plus mystérieux tous les dieux de l'Olympe, évoqués dans l'enclos du Temple par la voix érotique de La Fare et de Chaulieu. Mademoiselle de Launay, plus spirituelle que sa maîtresse, la duchesse du Maine, qui avait pourtant bien de l'esprit, accepta plus d'une fois une place parmi les convives de M. de Vendôme. Jean-Baptiste Rousseau eut l'honneur et surtout le plaisir d'être admis aux galants soupers du grand prieur; et le célèbre poëte se moquait sans doute de Chaulieu quand il lui disait dans une de ses épitres :
Par tes vertus, par ton exemple,
Ce que j'ai de vertu fut très-bien cimenté,
Cher abbé, dans la pureté
Des innocents soupers du Temple.

Au dix-huitième siècle, l'enclos du Temple était habité par une population de quatre mille âmes, qui se divisait en trois classes bien distinctes la maison du grand prieur, les dignitaires de l'ordre et quelques gentilshommes des ouvriers qui venaient mettre à profit, dans l'enclos, le droit de travailler sans maîtrise des débiteurs qui se dérobaient aux poursuites de leurs créanciers, en vertu d'une coutume du moyen âge, que la justice cessa de respecter en 1779.

A cette époque, le gouvernement de Louis XVI, comme s'il eût pressenti ce que le Temple devait être tôt ou tard pour le roi de France, ordonna la démolition de l'ancienne forteresse des Templiers; mais les démolisseurs de 1779 ne renversèrent qu'une partie de la tour du Temple le marteau ne voulut point abattre, d'un seul coup, ce triste donjon qui devait assister à la solennelle agonie d'une royauté.

Voilà donc, après la révolution du 10 août, Louis XVI et Marie-Antoinette dans la prison du Temple ! Marie-Antoinette, la femme la plus imprudente et la plus aimable, la plus malheureuse et la plus calomniée ; Louis XVI, ce pauvre honnête homme, dont l'intelligence passive arrachait un jour à Turgot cette prophétique parole « Sire, un prince faible n'a que le choix entre le mousquet de Charles IX et l'échafaud de Charles I ! »

Certes, sans manquer au douloureux respect que l'on doit à une grande infortune noblement portée, on peut dire que si le peuple précipita dans le gouffre de la révolution le roi et la reine de France, Louis XVI et Marie-Antoinette avaient bien un peu pris la peine de se pousser eux-mêmes jusqu'aux bords de l'abîme.

Au mois de juin 1808, les prisonniers du Temple furent transportés dans le donjon de Vincennes, suivant un ordre de Fouché, ministre de la police générale de l'empire. Au nombre de ces détenus, se trouvait le général Malet, cet audacieux conspirateur, qui devait, en 1812, porter la main sur la couronne de l'empereur.

La tour du Temple fut démolie en 1811. A cette époque, les bâtiments qui avoisinaient le donjon furent restaurés, pour recevoir le ministère des cultes. La restauration fit planter des arbustes sur l'emplacement ou s'élevait naguère la prison de Louis XVI et de sa famille ; un saule pleureur remplaça la dernière pierre de la grande tour.

Louis XVIII institua, en 1815, sur les débris de l'ancienne résidence des Templiers, une congrégation religieuse, a laquelle il donna pour supérieure une fille du prince de Condé. Les pieuses pénitentes de ce monastère ont prié bien des fois, sans doute, pour le repos d'un roi et d'une reine de France ; elles ont oublié peut-être de prier pour les malheureux chevaliers du Christ, et pour les pauvres prisonniers de tous les temps qui ont souffert dans les tours du Temple.

En creusant, il y a quelques années, de nouveaux égouts dans la rue des Enfants-Rouges, dont le terrain dépendait autrefois de l'enclos du Temple, on trouva un cercueil qui renfermait le corps d'un homme revêtu de l'ancienne robe des Templiers. La richesse de l'agrafe qui ornait la chlamyde de ce chevalier fit supposer à des antiquaires que l'on venait de découvrir les restes d'un commandeur de l'Ordre du Temple la science osa même affirmer que c'était là le corps de Jehan le Turc ; il nous semble pourtant que, sous Philippe le Bel, on exhuma, pour le brûler le cadavre d'un Templier nommé Jehan le Turc. La science est comme tout le monde elle ne s'avise jamais de tout.

Pour ceux qui auraient envies de lire le document complet, vous pouvez le retrouver à cette adresse : Les Prisons de Paris Le Temple
Sources : Les prisons de Paris : histoire, types, moeurs, mystères, par Maurice Alhoy et Louis Lurine. Editeur : G. Havard Paris 1846

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