Les Templiers   Etudes templières   Les Croisades

Quelques études réalisées sur les Templiers

Le Royaume Franc de Jérusalem, d'après un ouvrage récent
Si, depuis l'Histoire des Croisades, quoique peu romantique, de Michaud, ou voulait s'informer sur cette histoire et sur la grande colonie latine qui s'installa à la suite de la première Croisade aux Pays du Levant et s'y maintint pendant près de deux siècles, on ne pouvait consulter qu'un seul ouvrage, « la Geschichte des Konigreichs Jerusalem de H. Rohricht parue en 1898. »

Cet ouvrage était un monument d'érudition et constituait un fort bon instrument de travail pour tout historien voulant commenter quelque épisode de cette singulière civilisation latine, qui s'était magnifiquement épanouie sur les rives orientales de la Méditerranée en prenant le plus étroit contact avec la civilisation musulmane. Mais, oeuvre d'un savant rigoureusement scrupuleux, le livre rédigé sous forme d'annales se présentait avec l'apparence aride d'un inventaire d'archives. Pas de vues générales et peu de commentaires, des dates et des faits dont la sécheresse ne laissait guère de place à la vie même des événements, aux circonstances qui les avaient fait naître, à la pensée de ceux qui en avaient conçu la réalisation. Et, après la lecture des mille pages de ce livre, on était incapable de retrouver la trame des événements, les raisons profondes qui en avaient été les causes.
C'est sur le sol de la Terre sainte qu'aux XIIe et XIIIe siècles la politique internationale avait tissé sa toile aux fils enchevêtrés. Plusieurs races s'y étaient rencontrées et tour à tour y avaient combattu ou avaient mêlé leurs alliances.

Ce n'est pas d'aujourd'hui que les cabinets diplomatiques cherchent à appuyer leurs intérêts sur ceux d'un pays voisin, à constituer un équilibre des nations, à conclure des traités secrets. Ici l'on vit agir la chancellerie pontificale, les agents de l'Empereur byzantin, les ambassadeurs du roi de France et ceux du roi de Sicile, les envoyés du calife de Bagdad et ceux du calife du Caire, et les émissaires du Vieux de la montagne.

Quelles furent les causes lointaines de la croisade, comment ces années venues de si loin purent-elles, malgré d'innombrables adversaires, malgré les marches forcées, les rigueurs d'un climat extrêmement changeant, les épidémies et les mille épreuves d'une campagne de trois années, triompher partout et parcourir victorieuses un immense territoire: Comment, à la suite de la prise de Jérusalem, le Royaume latin de Palestine et les grands Etats qui en dépendaient s'organisèrent-ils ?
Quelles forces ennemies s'opposèrent aux Croisés ?
Quelle fut la réaction des populations autochtones après l'occupation ? Toutes choses qui n'apparaissaient pas avec netteté dans l'oeuvre de Rohricht.

On pouvait encore consulter deux ouvrages de synthèse, niais qui n'abordaient que deux aspects de cette grande affaire des croisades dont, pendant plusieurs siècles, s'occupèrent l'univers chrétien et le monde musulman : M. Louis Berthier, laissant de côté les détails des expéditions militaires, les faits de chaque règne des souverains de Jérusalem, présentait dans un tableau général, de la fin de l'Antiquité au XVe siècle, le rôle de la Papauté, du clergé, des ordres religieux et de leurs missionnaires dans le Proche-Orient (2).

M. Jean Longnon, dans son étude : La France d'outre-mer au moyen âge. Essai sur l'expansion française dans le bassin de la Méditerranée (3) voulut examiner les efforts de colonisation des Normands en Italie méridionale et en Sicile, de la France entière, qu'elle fût provençale, picarde ou lorraine, en Syrie et en Palestine, puis en Chypre et en Grèce, et montrer, dans un tableau d'ensemble, que ces efforts réalisés en divers pays s'étaient manifestés par l'application de principes absolument semblables, parce que inhérents à notre race même, principes de pénétration pacifique et d'expansion civilisatrice qui se retrouvent jusqu'à nos jours dans l'oeuvre de Bugeaud de Gallieni, de Lyautey.

Mais si l'auteur a présenté avec une clarté lumineuse les méthodes d'administration pratiquées par les ancêtres de la colonisation française, s'il a observé les curieuses analogies qui se retrouvent dans ces méthodes, malgré le temps et les peuples fort différents auxquels elles s'adressaient, il ne pouvait, dans cet ouvrage où une soixantaine de pages seulement sont consacrées à la Syrie franque aborder dans le détail l'étude des actes de gouvernement des Princes latins.

Cette histoire du royaume de Jérusalem et des états francs de Syrie, M. René Grousset vient de l'entreprendre, conservant à peu près le plan de Rohricht, mais y apportant la largeur de vues qui avait fait défaut au savant allemand.

L'ouvrage commence par une longue Introduction sur l'état de l'Asie Mineure et la question d'Orient à la veille des Croisades. Pour cette part de son travail, M. Grousset a analysé avec soin les travaux de J. Laurent (Byzantins et les Turcs seldjoukides), de Schlumberger (Epopée byzantine; Nicéphore Phocas) et de Chalandon (Alexis Comnène). Il aurait pu tirer aussi parti de l'ouvrage si solide et si clair qu'est l'Histoire de l'empire byzantin de Vasiliev (1932).

Dans les dernières pages de l'Introduction, sa connaissance approfondie du monde asiatique a permis à M. Grousset de montrer tous les conflits qui troublèrent à la fin du XIe siècle l'Asie Mineure, la Syrie et la Palestine, conflits grâce auxquels les premiers Croisés purent triompher.

Les Turcs seldjoukides, qui avaient conquis l'Anatolie et la Syrie, se divisèrent; une rivalité farouche naquit entre les deux grandes familles seldjoukides, celle de Sulaiman, qui dominait en Anatolie, et celle de Tutush, qui régnait sur la Syrie. Quelques années avant l'arrivée des Francs, Tutush avait divisé le territoire de la Syrie en Etats féodaux et confié la garde de Jérusalem à un chef turcoman, Ortoq. Ce morcellement avait affaibli la puissance de sa dynastie. Profitant de ce fléchissement, des émirs syriens s'étaient rendus indépendants, tandis que, reprenant pied en Palestine, et exploitant les embarras causés aux Seldjoukides dans le Nord de la Syrie par l'arrivée des Francs, les Fatimides du Caire enlevaient aux Turcs Jérusalem, en 1098.
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La Croisade
Si M. Grousset nous montre en Orient le terrain bien préparé pour le succès de la Croisade, il nous parait être trop bref sur les circonstances qui la provoquèrent en Occident : l'empire chrétien de Byzance pliait devant la puissance turque et subissait défaites sur défaites. A propos de la lettre adressée par l'empereur Alexis Comnène au comte de Flandre pour lui demander des secours. L'auteur ne cite ni M. Berthier, ni les écrivains russes Vasilievski, Ouspenski et Vasiliev ; la lettre serait de 1091, consécutive à un grave échec subi par les Grecs, et non pas de 1088 ou 1089. Il ne faut pas oublier qu'Anne Comnène nous dit qu'Alexis envoya en Occident des lettres alarmantes ; la missive au comte de Flandre serait l'une de celles-ci.

M, Grousset ne fait qu'une allusion à l'appel de détresse envoyé par l'empereur au pape Urbain II et ne parle pas du concile de Plaisance (mars 1095), où l'on vit des envoyés d'Alexis implorant que l'on vienne à son aide. A ce propos, M. Berthier écrit très justement : « Il est probable que ces demandes répétées de secours ont du agir sur l'esprit d'Urbain II et lui inspirer l'idée d'un appel général à tout l'Occident. »

On eût aimé voir signaler la fameuse lettre d'Urbain II aux seigneurs et gens de Flandres (fin décembre 1095), les invitant à prendre part à la Croisade et fixant la date du départ au 10 août 1096.

Le passage des Croisés en territoire byzantin, les pourparlers entre leurs chefs et le Basileus, les rudes étapes et les combats des troupes franques en Asie Mineure, sont bien connus, mais insistons sur la façon magistrale dont l'auteur expose la bataille de Dorylée (1er juillet 1097) : à travers les plaines de Phrygie, l'armée des Croisés s'avançait divisée en deux corps; le corps normand (Normands d'Italie et Normands de France), surpris par de puissantes forces turques, faillit succomber, mais fut heureusement secouru à temps par l'autre corps qui, averti dès le début de l'action, l'avait rejoint en toute hâte.

La déroute des Turcs fut complète. La manoeuvre du corps de secours, menaçant d'enveloppement la troupe musulmane, est présentée d'excellente façon. Ce sera d'ailleurs un des mérites les plus marquants de ce livre que le soin mis à exposer la tactique des grandes batailles où chrétiens et musulmans se mesurèrent pendant deux siècles dans les vastes étendues de l'Asie Antérieure.

Les récits du siège d'Antioche et de la marche des premiers Croisés à travers la Syrie et la Palestine avaient déjà été exposés auparavant : M. Grousset les trace à nouveau de façon concise et claire. On sera surpris de ne pas le voir rappeler les chiffres, d'ailleurs hypothétiques, proposés par les précédents auteurs sur le nombre des Croisés : on a parlé de 600.000 hommes ayant quitté l'Europe, réduits trois ans plus tard, au siège de Jérusalem, à 40.000 combattants au maximum. Les autres sont morts, à part quelques fuyards.

Sur les neufs principaux chefs de la Croisade, deux ont abandonné bien avant l'arrivée à Jérusalem : Hugues de Vermandois et Etienne de Blois ; ils se rachèteront d'ailleurs en revenant quelques années plus tard et mourront en combattant les Sarrasins.

Deux sont restés dans le Nord pour se tailler des Etats : Bohémond de Tarente et Baudoin, frère de Godefroy, qui fonderont la Principauté d'Antioche et le Comté d'Edesse. Deux rentrent en Europe aussitôt après la prise de la ville sainte : le duc de Normandie et le comte de Flandre. Deux resteront en Palestine, Godefroy de Bouillon et Tancrède, qui jetteront les bases du royaume de Jérusalem.

Enfin, le dernier, Raymond de Saint-Gilles qui, à mesure que la Croisade avançait, avait pris une position prépondérante parmi les dirigeants, se trouvera évincé au dernier moment du pouvoir suprême auquel il pouvait aspirer. Il remontera dans le Liban pour y conquérir des places sur le territoire qui deviendra le Comté de Tripoli, le quatrième des Etats latins du Levant.
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Les débuts de la colonie franque
Jusqu'à présent, tout ceci était connu dans ses grandes lignes. Mais c'est pour la suite que M. René Grousset fera oeuvre originale. L'histoire propre de la colonie, formant un groupe de quatre Etats confédérés, n'était présentée dans son ensemble, nous l'avons dit, que par le livre de Rohricht. Celui-ci, suivant rigoureusement la chronologie, avait raconté par périodes de quelques années l'histoire combinée des quatre Etats. L'inconvénient était de morceler l'histoire de chaque Etat sans qu'on put suivre la continuité des événements : des Annales en vérité, sans effort de cohésion.

M. Grousset a pris un parti tout autre. Pour montrer comment chacun de ces Etats, tout à fait indépendants au début, naquit et s'organisa, il a raconté en un seul chapitre (Chapitre III) le règne de Beaudoin I (1100-1118), le fondateur du Royaume de Jérusalem ; puis l'oeuvre de Raymond de Saint-Gilles et la fondation du Comté de Tripoli (Chapitre IV) ; enfin la formation de la Principauté d'Antioche et du Comté d'Édesse (Chapitre V).

Assurément, une partie des événements qui se passèrent dans la colonie latine ayant été commune aux Etats, notamment certaines campagnes militaires entreprises par le roi pour se porter au secours de tel ou tel Etat menacé, M. Grousset s'est vu obligé de se répéter, mais il ne pouvait en être autrement. Il l'a fait, d'ailleurs, avec adresse, et le lecteur n'en éprouve nulle surprise.

L'organisation de la colonie latine du Levant, la création à l'extrémité de la Méditerranée d'une sorte de Marche de la Chrétienté destinée vers l'Orient à fermer la mer aux menaces de l'Islam, fut l'oeuvre de cinq personnages : Raymond de Saint-Gilles, Bohémond, Godefroy de Bouillon, son frère Baudoin et Tancrède.

Mais l'action des trois premiers sera de courte durée, si bien que les deux grands artisans de la domination franque en Terre sainte furent vraiment Baudoin et Tancrède.

Raymond de Saint-Gilles ne fera qu'ébaucher son oeuvre : la création d'un État chrétien au Liban.
Il perdra du temps à la tête de la désastreuse post-croisade lombarde (1101) dont l'immense armée sera anéantie en Asie Mineure.
Il mourra, en 1105, sans avoir pu forcer les portes de la capitale du futur Comté de Tripoli, sans avoir pu non plus s'emparer du château des Curdes qui, dominant la trouée de Homs, constituait une position stratégique indispensable à la sécurité du Comté vers sa frontière orientale; c'est sur cette position, conquise en 1110 par Tancrède, que s'élèvera le Crac des chevaliers.
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 Bohémond de Tarente
Bohémond de Tarente ou Bohémond de Hauteville ou encore Bohémond Ier d'Antioche le Grand (autant par sa taille que par son prestige), (né v. 1054 - mort le 17 mars 1111), était le fils aîné de Robert Guiscard, et de sa première épouse Aubrée de Buonalbergo ou de Bourgogne.', this, event, '500px')" class="Lnav">Bohémond de Tarente non plus n'achèvera pas son oeuvre dans sa Principauté d'Antioche. Fait prisonnier dès l'année 1100, il restera captif trois années et Tancrède assurera la régence de la Principauté en son absence. Peu après sa libération, Bohémond, s'étant brouillé avec Alexis Comnène, s'embarquait pour l'Italie (fin 1104), décidé à y chercher ainsi qu'en France une armée, à susciter une nouvelle croisade, destinée à combattre non plus seulement les Sarrasins, mais aussi l'empereur byzantin, qui s'était montré un mauvais allié de la cause chrétienne. Il y a sur le but du voyage de Bohémond, sur ses négociations dans les cours d'Europe, des renseignements qu'on eût désiré trouver dans le livre de M. Grousset : à la fin de décembre 1101 ou au début de janvier 1105, il aborde à Corfou, et Anne Comnène nous révèle qu'il fit connaître au gouverneur grec de l'île son dessein de réunir une puissante armée de Lombards, d'Allemands et de Français contre l'Empire grec et de conquérir avec leur aide la Romanie et Byzance (4).

Le pape encourageait les plans de Bohémond (5) Ainsi cent ans exactement avant la quatrième croisade, avant la création de l'Empire latin de Constantinople et la conquête de la Grèce par des Français, on voit formuler le projet d'une croisade contre l'empire grec chrétien. Le Basileus fut fort ému des menaces de Bohémond et on le voit, peu après, changer son attitude vis-à-vis des Francs d'Orient et leur faire des démonstrations amicales.

Après avoir obtenu des concours en Italie, le prince d'Antioche se rendit en France. En quittant sa principauté il avait juré de faire un pèlerinage au tombeau de saint Léonard en Limousin, qu'il avait invoqué lors de sa captivité. Il tint sa promesse ; puis il gagna la cour de France et fut bien accueilli par le roi Philippe Ier. Des liens de famille furent noués entre la maison royale de France et celle de la Principauté orientale : Bohémond épousa la fille de Philippe Ier, Constance, et négocia le mariage d'une autre fille du roi, Cécile, avec son neveu Tancrède. Quelle évocation que le récit du chroniqueur Ordéric Vital nous présentant, dans la cathédrale de Chartres, le vaillant chef de la croisade, monté sur les marches de l'autel à l'issue de son mariage, pour raconter devant une nombreuse assistance de seigneurs et de nobles dames, ses campagnes, les épreuves de ses compagnons d'armes, sa longue captivité, et exhorter les chevaliers de France à retourner avec lui combattre en Orient (6)

Bohémond ne devait jamais retourner en Syrie, c'est contre l'Empereur byzantin qu'il dirigea l'armée de Croisés qu'il avait levée. Il alla mettre le siège devant Durazzo (1108). Sa tentative échoua complètement. Bohémond vaincu se retira en Italie, où il vécut encore quelques années.

M. Grousset semble hésiter sur l'année de sa mort tout en penchant pour la date exacte : c'est bien le 7 mars 1111 que le prince d'Antioche mourut à Canosa. Son mausolée, accolé à la cathédrale de Canosa, est un extraordinaire monument de la croisade : il tient du turbeh musulman plus que de la chapelle latine et l'ornement arabe s'y mêle de façon singulière au décor roman (7).

Tancrède devait prendre la suite de l'oeuvre de Bohémond en Orient et achever la formation de la Principauté d'Antioche.

De l'histoire des quatre États, c'est celle du Comté d'Edesse qui nous est le plus mal connue. Aussi M. Grousset est-il bref à son sujet ; mais il a su mettre en valeur la forte personnalité de (Josselin Ier de Courtenay, né entre 1070 et 1075, mort en 1131, est un membre de la maison de Courtenay, parti aux Croisades en 1101, et devenu seigneur de Turbessel de 1102 à 1113, prince de Galilée et de Tibérias de 1113 à 1119 et comte d'Édesse de 1119 à 1131. Il est fils de Josselin, seigneur de Courtenay, et d'Isabelle de Montlhéry.) qui, lorsque Baudoin du Bourg devint roi de Jérusalem sous le titre de Baudoin II, lui succéda comme comte d'Edesse. Josselin, merveilleux chevalier, fit preuve d'une activité guerrière étonnante et fut pour les musulmans un terrible adversaire. Les chevaliers du Comté d'Édesse poussèrent des raids militaires d'une audace inouïe jusqu'au coeur de la Mésopotamie, jusqu'aux rives du Bélik et du Khabour, et la domination franque s'étendit jusqu'au voisinage de Mardin et de Nisibin, à quinze lieues du Tigre.
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Godefroy de Bouillon
(Godefroy de Bouillon (vers 1058 ? - mort le 18 juillet 1100 à Jérusalem) est un chevalier franc et le premier souverain chrétien de Jérusalem, mais qui refusa le titre de roi pour celui, plus humble, d'avoué du Saint-Sépulcre.) mourut un an après la prise de Jérusalem, en sorte que le vrai fondateur du royaume latin fut son frère Baudouin de Boulogne.

Quand on évoque ces premières années de l'occupation franque, on est stupéfait que la colonie chrétienne ait pu se constituer et que les quelques centaines de chevaliers restés en Palestine n'aient pas été jetés à la mer par un simple rezzou de Bédouins.

Le maintien des Francs dans cette Palestine, dont ils n'occupaient que quelques postes, tient réellement du miracle, car les conquérants de Jérusalem avaient commis, aussitôt après leur entrée dans la Ville Sainte, une faute d'une extrême gravité que M. Grousset définit d'un mot qui fait image : une démobilisation prématurée.

Lorsque, en septembre 1101, l'armée égyptienne forte d'au moins 30.000 hommes, montant d'Ascalon, s'arrêta dans la plaine de Ramleh, (Baudouin de Boulogne (v. 1065 - 2 avril 1118) est le troisième fils d'Eustache II, comte de Boulogne et d'Ide de Lorraine. Il participe à la première croisade de 1096, suite à laquelle il devient comte d'Édesse de 1098 à 1100, puis premier roi de Jérusalem sous le nom de Baudouin Ier de 1100 à sa mort.) qui avait appelé à lui tous les combattants francs de Judée, et de Galilée ne put leur opposer que 260 cavaliers et 900 fantassins.

Avec cette poignée de héros Baudoin remporta sur les Egyptiens, malgré leur écrasante supériorité numérique, des victoires sanglantes qui leur firent abandonner pour longtemps toute tentative d'agression.
Alors Baudoin prend l'offensive et organise la conquête méthodique de la Palestine. Tout d'abord, pour assurer la sécurité du jeune royaume, pour que la colonie puisse prendre un essor économique et commercial, il lui faut la maîtrise de la mer. Or, les principaux ports sont encore aux mains des Égyptiens.

Et au nombre des difficultés auxquelles est aux prises cette colonie sans colons et presque sans soldats, une des plus grandes est la privation d'une escadre de guerre. Mais de temps à autre une flotte chargée de croisés, de pèlerins, arrive d'Europe. Le roi lui emprunte alors son concours pour s'emparer d'un port. Sa petite armée livrera des assauts du côté de la terre, tandis que les navires bloqueront la ville du côté de la mer et interdiront rapproche des secours d'Egypte.

C'est ainsi que Baudoin prendra Saint-Jean d'Acre, en 1104, à l'aide d'une flotte génoise ; Beyrouth, en 1110, avec des marins pisans et génois, et Sidon, la même année, avec la flotte norvégienne du roi Sigurd. En même temps, les Princes francs qui bataillaient en Syrie enlevaient, avec le concours des navires de Gênes, les ports de Tortose, de Djebeil, de Tripoli; enfin une flotte pisane chassait les Byzantins du port de Lattaquié. En sorte qu'à la mort de Baudoin Ier tous les ports de la côte du Levant, depuis Alexandrette jusqu'à Gaza, étaient aux Francs, sauf Tyr et Ascalon.

Mais Baudoin poursuivait aussi l'extension du royaume vers l'intérieur. Son oeuvre de dix-huit années donne la preuve d'un plan bien arrêté, d'une continuité de vues remarquables. Il veut donner à son royaume des frontières naturelles et jalonner ces frontières de forteresses situées aux points les plus favorables.

Il n'est pas seulement un bon général, mais aussi un excellent gouverneur colonial, soucieux d'assurer le développement économique de son Etat et d'enrichir son peuple. Ses chevauchées n'ont pas toujours pour but de refouler un adversaire menaçant, ce sont parfois des voyages d'enquête, à l'effet d'étudier les ressources naturelles d'une région et rechercher les moyens d'en assurer l'exploitation. Ainsi la « Terre de Suète », à l'Est et au Sud-Est du lac de Tibériade, où les Francs s'installeront; ainsi la « Terre oultre le Jourdain », région fertile de hauts plateaux que Baudoin et ses successeurs hérisseront de forteresses, depuis Amman jusqu'à la mer Rouge où les Francs auront un port. De là les chevaliers latins surveilleront la grande route du Hedjaz, route militaire unissant l'Egypte et l'Arabie à la Syrie, route de grands pèlerinages musulmans vers la Mecque et Médine, route enfin de grandes caravanes suivie par les marchands syriens qui, venant chercher au golfe d'Aqaba les produits de l'Inde et de la Perse, devront désormais paver des droits de douane au profit du royaume de Jérusalem.

Baudoin Ier ayant donné à son Etat les frontières qui convenaient, songea-t-il à conquérir l'Egypte - ce rêve, on le sait, hanta pendant longtemps les organisateurs des croisades et maintes tentatives furent faites pour abattre la puissance du « Soudan de Babylone » - ou voulut-il seulement entreprendre un contre-rezzou chez les Egyptiens pour se venger des sorties meurtrières que faisait sur son territoire la garnison égyptienne d'Ascalon ?

Il se mit en campagne avec une petite armée de six cents hommes, entra dans la première ville égyptienne, Farama, poussa jusqu'au Nil et là fut terrassé par la fièvre. Il mourut sur le chemin du retour, à El Arish, le 2 avril 1118.
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Tancrède de Hauteville ou d'Antioche
(Tancrède de Hauteville ou d'Antioche (mort en 1112) - Petit-fils du baron normand Robert Guiscard, fondateur de la grande principauté sicilienne. Tancrède prit, avec son oncle Bohémond Ier, une part active à la première Croisade (1096) où, dans la plus pure tradition des Normands de Sicile, il se montra l'adversaire résolu de l'empereur byzantin, qui revendiquait la souveraineté des terres reconquises sur l'Islam. Évincé de Jérusalem au profit de Godefroi de Bouillon, il tenta de se tailler une seigneurie en Galilée et s'empara de Tibériade. Capitaine énergique et combattant redoutable, Tancrède se vit confier la principauté d'Antioche où les barons ne pouvaient s'accommoder, à la mort de Bohémond Ier, du gouvernement d'un enfant, le jeune Bohémond II. Bohémond Ier avait d'ailleurs confié lui-même le gouvernement d'Antioche à son neveu dès son départ pour l'Europe en 1104.), joua un rôle presque aussi important que Baudoin dans la fondation de la grande colonie franque. Pendant les treize années qu'il vécut après la prise de Jérusalem, il déploya une activité vraiment prodigieuse. On le voit toujours en selle, allant batailler sur toute l'étendue du territoire. Tout d'abord, il est le fidèle lieutenant de Godefroy de Bouillon, qu'il aide à étendre la domination des Croisés en Palestine. Godefroy, dont l'armée ne se compose que de quelques centaines d'hommes, lui confie quatre-vingts combattants. C'est avec cette petite troupe que Tancrède constitue l'un des principaux fiefs du royaume, la Princée de Galilée. Il s'empare de Tibériade et fortifie, près du Jourdain, Beisan qui commande l'entrée de la plaine d'Esdrelon. Un mois après la mort de Godefroy, il occupe le port de Caïffa (Haiffa) avec l'aide d'une flotte vénitienne.

Mais à ce moment Bohémond d'Antioche est fait prisonnier et les seigneurs de la Principauté appellent son neveu. Tancrède quitte alors la Palestine et va assurer la régence du grand Etat chrétien de la Syrie du Nord. Comme l'écrit M. Grousset, il sera le véritable fondateur de la Principauté. Il tiendra tête aux Byzantins, qui veulent reprendre les places de Cilicie, et il leur enlèvera le port île Lattaquié. Il étendra considérablement la Principauté vers l'Est en occupant les grandes places au delà de l'Oronte, Athareb, Artah, Zerdana, Kafertab, Apamée.

Lorsque, à la bataille du Bélik (1104), le comte d'Edesse, Baudoin du Bourg, sera fait prisonnier, c'est Tancrède qui sauvera la ville et, pendant les quatre années de captivité de Baudoin, il défendra énergiquement le Comté. Enfin, il contribuera à la formation et à l'extension du Comté de Tripoli.

Ainsi, tandis que Baudoin Ier organisait la colonie en Palestine, Tancrède assumait une tâche aussi ample dans toute l'étendue de la Syrie franque.

A la fin du règne de Baudoin Ier (1118), les Etats francs avaient, à peu de chose près, atteint leur plus grande extension ; les conquérants s'étaient imposés à leurs voisins musulmans. D'autre part, le roi de Jérusalem avait lui-même fortifié son pouvoir à l'intérieur même des Etats francs et le sage gouvernement de son successeur, Baudoin II, permit à celui-ci, dès les premières années de son règne, de faire reconnaître sans conteste à ses grands vassaux son autorité royale.

Les institutions monarchiques étaient au bout d'un quart de siècle si fermement assurées que la captivité du roi, qui dura plus d'une année (1123-1124) n'amena aucune catastrophe dans la jeune colonie dont la régence fut confiée à Jérusalem à un baron du royaume, lequel gouverna sans difficulté jusqu'à la libération du souverain.

M. Grousset n'avait donc plus pour cette période du règne de Baudoin II (1118-1131) à nous conter séparément l'histoire des Etals. Il pourra désormais embrasser dans un vaste tableau (Chapitre VII) l'histoire de la colonie tout entière sous le gouvernement énergique, prudent et avisé de ce grand administrateur colonial que fut Baudoin II.
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Les adversaires
Le grand mérite et l'originalité de l'oeuvre de M. Grousset réside surtout dans ce fait qu'il a montré, en face de la colonie franque en formation, les adversaires qui lui étaient opposés (Chapitre VI : Arrière-plan de la Croisade ; le milieu musulman dans le premier quart du XIIe siècle). Il a dressé le tableau des diverses dynasties musulmanes qui luttèrent contre les Latins : très loin à l'Orient, les califes de Bagdad et les sultans seldjoukides de Perse, chefs temporels du monde abbasside ; plus près dans la Syrie intérieure, les familles d'atabegs turcs, véritables maires du palais, qui dominaient à Alep et à Damas ; dans d'autres villes, des princes syriens qui se considéraient comme indépendants ; enfin, au Sud-Ouest, les califes fatimides du Caire et les flottes égyptiennes qui menaçaient constamment la côte franque.

Rivalités de races, Turcs contre Égyptiens et contre Arabes de Syrie ; rivalités de croyances, Sunnites contre Shiites et Ismaéliens ; rivalités de familles, Ortoqides contre Zengides, les Princes latins exploitèrent maintes fois ces querelles, n'hésitant pas à contracter des alliances avec certains émirs et à conduire leur armée à côté d'une troupe sarrasine à l'assaut de quelque ville de l'Euphrate ou de l'Oronte.

M. Grousset montre bien la politique franque en face de ces adversaires divisés entre eux. Mais si Baudoin Ier eut à conquérir un territoire, s'il laissa à Baudoin II un royaume organisé, celui-ci se verra obligé de défendre ce domaine qui subira vers l'Est des attaques plus puissantes, peut-être, que sous le premier règne. Car M. Grousset fait (page 549) cette observation ingénieuse : « Ce fut du jour où la direction de la contre-croisade turque cessa d'appartenir au sultanat de Perse, pour devenir l'oeuvre des atabegs et émirs de Syrie, qu'elle produisit des résultats sérieux. Au lieu d'un pouvoir colossal, mais lointain (Ispahan ou Isfahan (en persan : Esfahan) est une ville d'Iran, capitale de la province d'Ispahan. Elle est située à 340 kilomètres au sud de la capitale, Téhéran. Troisième ville d'Iran (après Téhéran et Mashhad), diriger la guerre sur l'Oronte ?), les Francs eurent désormais affaire à des dynasties locales, singulièrement moindres en apparence, mais installées sur place et concentrant tout leur effort sur les affaires syriennes, les Ortoqides aujourd'hui, les Zengides demain, finalement les Aiyubides, familles de parvenus qui allaient se révéler infiniment plus redoutables que les empereurs turcs eux-mêmes. » Or, c'est au début du règne de Baudoin II que cet état de choses commencera à se réaliser.

Une autre observation fort judicieuse de M. Grousset sur les rapports entre Francs et musulmans concerne l'attitude très différente, vis-à-vis des Croisés, des seigneurs arabes et des chefs de race turque. Les émirs arabes ont le même esprit chevaleresque que les barons francs ; les uns et les autres ont une confiance réciproque et ne peuvent douter que les serments seront respectés. Dans leurs hostilités, malgré eux, ils s'estiment et dès qu'une trêve intervient, ils éprouvent le besoin de fraterniser. Les Turcs, au contraire, accumulent les félonies et les princes francs ont toujours à se repentir d'avoir cru en leur parole.
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Le roi Foulque et la dynastie d'Anjou (tome II)
Si les États latins de Syrie ne furent pas véritablement une colonie française, au sens où l'on entend aujourd'hui le mot de colonie, puisqu'ils étaient indépendants du royaume de France, leurs princes gardèrent toujours un étroit contact avec la mère patrie. C'est toujours au roi de France qu'ils s'adressèrent, avant tout autre, quand ils avaient besoin de secours en hommes ou en argent. Ils le consultaient aussi dans des circonstances importantes : ainsi, c'est au roi de France, qu'en 1128, (Baudouin II de Jérusalem - Baudouin de Bourcq, mort le 21 août 1131, est comte d'Édesse de 1100 à 1118, puis roi de Jérusalem de 1118 à 1131 sous le nom de Baudouin II.) s'adressa pour qu'il lui désignât un seigneur capable de défendre après lui le royaume de Jérusalem. Louis VI choisit le comte d'Anjou. Foulque V, qui succéda à Baudoin en 1131, et fut ainsi le troisième roi de Jérusalem.

L'avis du roi de France avait été judicieux : (Foulque V d'Anjou, dit le Jeune, né en 1092, mort le 10 ou le 13 novembre 1144 à Acre, fut comte d'Anjou et de Tours de 1109 à 1129, comte du Maine de 1110 à 1129, puis roi de Jérusalem de 1131 à 1143. Il était de la famille des Ingelgeriens et fils cadet de Foulque IV le Réchin, comte d'Anjou et de Tours, et de Bertrade de Montfort.) suivit les grands exemples de ses prédécesseurs. Quant à ses successeurs, ses deux fils, (Baudouin-III de Jérusalem (1131 - mort 10 janvier 1162), est un roi de Jérusalem de 1143 à 1162, fils de Foulque d'Anjou, roi de Jérusalem et de Mélisende de Jérusalem. Malgré un début de règne dans des conditions difficiles (perte de la ville d'Édesse, échec de la seconde croisade), suivi ensuite de l'unification de la Syrie musulmane, il a su résister à la poussée zengide, obligeant parfois Nur ad-Din à la défensive, et a également su conclure une alliance avec Byzance, donnant aux établissements croisés en Orient les moyens de résister à la contre offensive islamique.), et Amaury et son petit-fils Baudoin IV, ce furent aussi des souverains accomplis, soutenant noblement leur rôle de défenseurs de la chrétienté d'Orient. Leur tâche fut souvent malaisée, d'autant plus que s'ils maintenaient fermement le pouvoir dans leur propre royaume, les grands États voisins étaient souvent mal gouvernés et pliaient sous les assauts des princes musulmans.

M. Grousset remarque très justement (tome II, page 63) que, chaque fois que l'un des Etats chrétiens est aux mains d'un chef médiocre, l'ennemi, toujours à l'affut, prend l'offensive et enlève aux Francs, des forteresses et des territoires. En sorte que le roi, ralliant ses troupes de Palestine, devait souvent courir au secours de l'un ou l'autre de ses grands vassaux.

L'ère de gloire du royaume de Jérusalem jette son dernier reflet avec le règne de (Baudouin IV le Lépreux, (1161 mort 1185) est roi de Jérusalem de 1174 à 1185, fils d'Amaury Ier, roi de Jérusalem, et d'Agnès de Courtenay. Ce roi est connu pour la lèpre dont il était atteint. Pourtant, malgré cette maladie, il ne renonça jamais et réussit à maintenir son royaume. Il est mort à l'âge de vingt-quatre ans.), l'enfant lépreux, figure héroïque infiniment attachante, qui, par son esprit de sacrifice et de dévouement sans borne à la cause chrétienne, mérite d'être comparée à celle de saint Louis. M. Grousset a consacré à ce personnage des pages véritablement émouvantes.

Grâce à lui, ce jeune prince admirable qui, quoique aveugle et souffrant d'une atroce maladie, tenait hardiment les rênes du gouvernement et se trouvait sur tous les champs de bataille, sortira de l'oubli et comptera parmi les héros les plus purs de l'histoire de France.

Le deuxième volume de M. Grousset finit sur une note de tristesse avec la grande pitié de la colonie franque en proie à des querelles de Palais et aux menaces grandissantes de l'Islam, sous l'autorité de plus en plus ferme de Saladin qui ayant réuni entre ses mains le gouvernement de l'Egypte et de la Syrie, va serrer dans l'étau de ses provinces le royaume de Jérusalem. Celui-ci, par une véritable fatalité, tombera à ce moment aux mains d'un souverain incapable, Guy de Lusignan, qui le conduira à la catastrophe de Hattin (4 juillet 1187) et à la perle de Jérusalem.
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Les Ordres de l'Hôpital et du Temple
M. Grousset nous parait avoir porté sur le rôle des Grands Ordres militaires de Terre sainte un jugement trop sommaire et dont la sévérité ne semble pas justifiée. Selon lui, ils ne furent de puissants auxiliaires de la colonie franque d'Orient que tant que la royauté resta forte, c'est-à-dire jusque vers l'époque du roi Amaury (1102-1173). Après cela, ils deviendront un élément de dissolution. Il semble bien qu'au contraire, c'est alors qu'ils se révéleront indispensables à la défense de la colonie. Assurément M. Grousset remarque par deux fois l'intervention désastreuse des chefs de ces Ordres : en 1168, c'est le Grand-Maître de l'Hôpital qui pousse Amaury à entreprendre la conquête de l'Egypte. Dans la nuit du 2 au 3 juillet 1187, c'est le Grand Maître du Temple qui décide Guy de Lusignan à provoquer la bataille de Hattin, l'un des plus effroyables échecs qu'ait subis la Chrétienté. Mais ce ne sont là que deux accidents, aux conséquences extrêmement graves évidemment, mais qui n'entraînent que la responsabilité des deux Grands Maîtres plutôt que celle des Ordres eux-mêmes. Or, l'institution de ces Ordres fut un des fondements essentiels de la colonie, sans quoi elle n'aurait pu se maintenir au Levant.

Pendant tout le temps qu'ils occupèrent la terre d'Orient, les Princes francs souffrirent du régime militaire féodal qui était dans leurs États analogue à celui de France : les chevaliers ne devaient qu'un service de guerre limité, ce qui empêchait bien souvent le souverain d'achever les opérations d'une campagne. En outre, les ressources pécuniaires toujours insuffisantes des États rendaient très lourde la charge de la solde des troupes.

L'Hôpital et le Temple avaient au contraire leurs milices, véritables armées permanentes, qui fournissaient les garnisons des châteaux de frontière et qui constituaient, dans chaque expédition décidée par le roi, des contingents importants qui s'adjoignaient à l'armée royale ou à celle d'un prince de Syrie. Sans les Ordres il est certain qu'au cours de sa victorieuse campagne de 1188, Saladin aurait balayé la puissance latine de la Syrie, comme il avait fait l'année précédente en Palestine.

Mais ces grands châteaux des Ordres, le Crac des Chevaliers, Margat aux Hospitaliers, le Chastel-Blanc, Tortose aux Templiers, demeurèrent inviolés et les îlots tumultueux des armées du Sultan se brisèrent contre leurs murailles ou même évitèrent de les aborder. Tout au contraire, les châteaux qu'avaient conservés quelques seigneurs succombaient aux assauts des Infidèles malgré d'héroïques résistances : Saône, Balatunus, Shoghr et Bakas, Bourzey, Darbessac, puis en Transjordanie, Kérak et Montréal.

Pendant tout le XIIIe siècle, les Ordres continueront et amplifieront encore leur action militaire et aussi leur oeuvre charitable qui avait pour but de négocier avec les musulmans le rachat des prisonniers.
Ils amélioreront le système de défense stratégique de la colonie, élèveront de nouveaux châteaux et accroîtront la force de résistance des anciens.

Encore en 1240, les Templiers construiront le château de Saphet en Galilée, l'une des plus remarquables constructions militaires de l'époque. Grâce au Temple et à l'Hôpital, la vie de la colonie franque d'Orient se prolongea d'un siècle.

M. Grousset a mené rapidement à bien la plus grande partie d'une tâche considérable. Un troisième et dernier volume traitera des Etats latins d'Orient au XIIIe siècle : après un redressement consécutif à la troisième Croisade, après une ère de paix et de prospérité, la colonie franque subira à nouveau, au milieu du siècle, un fléchissement dont, en dépit dos efforts de saint Louis qui séjourna quatre ans en Palestine, elle ne parviendra pas à se relever. Malgré des résistances héroïques, les villes franques succomberont une à une : la chute de Saint-Jean d'Acre, en 1291, marque la fin de la domination latine en Terre sainte.

Les deux volumes déjà parus donnent la garantie que le troisième se présentera avec la même clarté, le même talent d'exposition et la même érudition solide. Une chronologie très sûre, la consultation des travaux les plus récents, des observations judicieuses, des aperçus fort originaux, témoignant d'un esprit singulièrement pénétrant, feront donc de ce large tableau d'histoire tracé par M. Grousset, une oeuvre de haute valeur scientifique dont la consultation sera précieuse à tous ceux qui étudieront quelque détail de l'épopée des Croisades.

1. René Grousset, Histoire des Croisades et du royaume franc de Jérusalem. Tome I, L'anarchie musulmane et la monarchie franque. Tome II, L'équilibre. Monarchie franque et monarchie musulmane, 2 volumes grand in-8º, LXII-098 p. et 920 p. Paris, Pion, 1934-1935. A paraître : tome III, La Monarchie musulmane et l'anarchie franque. René Grousset, l'Epoppée des Croisades

2. Louis Berthier, L'Eglise et l'Orient moyen âge, cinquième édition, 1928.
3. Deuxième édition, 1929.
4. Revue de l'Orient latin, tome XII (1911), page 300 et 305-308.
5. Voir Yewdale, Bohémond I, prince of Antioch, Princeton, 1923, et Vassiliev, ouvrage cité.
6. Orderic Vital, edition A. Le Prévost, tome IV, page 213.
7. Voir E. Bertaux, L'Art dans l'Italie méridionale, page 313 (figure 121)
M. Paul Deschamps. Syrie. Année 1936, Volume 17, Numéro 1, pages 67-82. Sources électronique : Ministère de la jeunesse, de l'éducation nationale et de la recherche, Direction de l'enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation - Persée

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