Les châteaux Hospitaliers en Orient

Château de Margat (El-Marqab)

Ordre de Malte
Château de Margat front Est - Sources : James Covey

L'histoire assez compliquée de Margat à ses débuts, a été précisée par Max Van Berchem (1). Nous la rappelons ici avec quelques informations nouvelles.
Une forteresse fut construite sur cette position par des Musulmans, probablement un clan de montagnards, en l'an 454 de l'hégire soit 1062 (2).
Les Byzantins s'en emparèrent en 1104 au cours d'une expédition sur les côtes de la Syrie du Nord dirigée par l'Amiral Cantacuzène (3). Les Musulmans l'auraient reprise à une date indéterminée.
Puis apparaissent les Masoiers (du latin Masuerius) qui furent sans doute la plus puissante famille seigneuriale de la Principauté d'Antioche. En 1109, Tancrède s'étant emparé du Port et de la ville de Valénie (Banyas), les remit à Renaud I Masoiers. Claude Cahen (4) trouve mention de ce nom dans le récit d'un chroniqueur arabe, Azimi, qui l'appelle al-Mazouir. Ceci permet de préciser le nom de cette famille signalée parles Lignages que les textes latins écrivent de différentes façons : Masuerus, Masuerius, Mansuerius et les textes français Masoiers, Mansuer et plus tard Le Mazoir, Le Mauzer (5).
Les historiens arabes (6) nous apprennent qu'en 511 de l'hégire, soit 1117-1118, les Francs de Banyas, évidemment les gens de Renaud I Masoiers, délogèrent de la place Ibn Muhriz qui l'occupait et l'installèrent à Maniqa, puis ils garnirent Marqab de Francs et d'Arméniens.
« Le maître du château qui s'appelait Ibn Muhriz offrit à l'atabeg Togtekin de le lui livrer à cause de la cherté et de la disette qui sévissaient alors ; c'était en l'année 510 (1116-1117). Il écrivit au juge Abu Muhammad ibn al-Sulaia (7), le maître de Jebele, qui se trouvait alors à Damas, pour lui offrir aussi le château : « Si vous ne nous rejoignez pas à temps, leur disait-il, nous le livrerons aux Francs. » L'atabeg Togtekin conseilla à Ibn al-Sulaia de le prendre... Ibn al-Sulaia se rendit donc au château... puis il en prit possession gardant auprès de lui la famille de Muhriz...
En l'année 511 (1117-1118) les récoltes furent perdues... et les vivres firent défaut... Sur ces entrefaites, Roger, prince d'Antioche s'avança vers Hama et Rafanée... Roger dit à l'atabeg : « La prise de ces deux villes me paraît assurée ; rachète les moi en échange d'el-Marqab. » L'atabeg fit la paix avec lui à ces conditions, puis Roger retourna à Antioche. Alors l'atabeg écrivit aux gens d'el-Marqab pour leur enjoindre de livrer la place aux Francs sans conditions et sans compensation. Mais eux... ne se soucièrent pas de ce message et renvoyèrent les messagers à l'atabeg, ainsi que les Francs (venus pour prendre possession du château). Cependant Ibn al-Sulaia... sortit d'el Marqab et se rendit à el Kahf... Ibn Muhriz... entama des négociations avec les Francs de Banyas, en vue de leur livrer le château, à condition que sa famille pourrait y résider. Ceux-ci accueillirent ses ouvertures et reçurent de lui el-Marqab. Quelques jours après ils l'en chassèrent et lui remirent en échange le château d'el-Maniqa ; puis ils garnirent el-Marqab de Francs et d'Arméniens. »
Mais un historien latin, Caffaro, nous dit que la prise de possession de Margat par les Francs n'eut lieu qu'en 1140, et qu'elle fut l'œuvre d'un haut baron Renaud II Masoiers, fils de Renaud I, connétable d'Antioche. Van Rerchem n'ajoute que peu de crédit à Caffaro et considère qu'il faut s'en tenir à la date indiquée par les chroniques arabes. Claude Cahen rejette aussi cette date et pense que Caffaro a voulu parler d'un autre château (8).
Nous observons toutefois que Caffaro qui mourut en 1166 était contemporain des événements qu'il rapporte. En réalité il semble que les deux assertions peuvent se concilier. Car il serait bien étrange que les Croisés aient attendu aussi tard que 1140 pour occuper une place si proche du rivage et qui était si utile pour assurer les communications entre le Comté de Tripoli et la Principauté d'Antioche.

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Château de Margat front Lateral Ouest - Sources : Margat

Après leur occupation de 1117-1118 à Margat, les Francs ont pu perdre cette place momentanément pour ne la reprendre définitivement que quelques années plus tard (9). Ceci est d'ailleurs vraisemblable, car on sait qu'à la suite de la mort de Roger d'Antioche en 1119, la Principauté fut privée de prince pendant plusieurs années et fut par la suite à plusieurs reprises livrée à l'anarchie. On doit constater aussi que Renaud I Masoiers, qui apparaît dans l'histoire de la Principauté en 1109 puis entre 1119 et 1135, ne figure jamais avec le titre de seigneur de Marga. Il fut en son temps, l'un des personnages les plus considérables de la Principauté. Des actes de 1127-1131 et 1134 lui donnent le titre de connétable d'Antioche (10).
On le voit prendre une part héroïque au fameux combat de l'Ager Sanguinis (28 juin 1119) entre Antioche et Alep, où le Prince Roger d'Antioche trouva la mort. Le prince se laissa encercler, dans cette plaine environnée de collines, par la puissante armée de Turcomans que commandait Il Ghazy.
Constatant que la retraite sur Antioche était coupée, Roger avait envoyé un détachement sous les ordres de Renaud Masoiers pour tenter de dégager la route du côté de Sarmeda. Renaud y était parvenu en battant la cavalerie turcomane qui lui barrait le passage mais ce succès n'avait pas empêché le désastre de l'armée franque.
Grièvement blessé, Renaud Masoiers s'était enfermé avec sa petite troupe dans la tour de Sarmeda (11) espérant pouvoir y résister jusqu'à l'arrivée du roi de Jérusalem que le prince d'Antioche avait eu le tort de ne pas attendre pour engager la bataille. Privé de vivres, il ne put tenir. Du haut de la tour, il interpella Il Ghazy, le vainqueur de la journée et offrit de se rendre à condition qu'il aurait la vie sauve. L'émir admirant la bravoure dont il avait fait preuve lui fit porter son anneau comme gage de sa promesse qu'il lui rendrait la liberté au bout d'un mois (12).
Pendant cette période, la Principauté fut deux fois en proie à la guerre civile. Le Prince Bohémond II, tué dans un combat en Cilicie en février 1130, avait laissé comme héritière sa fille Constance qui n'était âgée que de cinq ans. Mais sa veuve, Alix princesse intrigante, avait voulu s'emparer du pouvoir et n'avait pas hésité dans cette intention à trahir la cause franque en demandant son appui à l'atabeg d'Alep Zengi. Réduite une première fois à l'obéissance par son propre père, le roi de Jérusalem Baudouin II, Alix se révolta à nouveau après la mort de celui-ci (août 1131) et entraîna dans son parti plusieurs grands vassaux de la principauté. Le nouveau roi de Jérusalem, Foulques, accourut avec une armée pour rétablir l'ordre et avant de retourner en Palestine, il confia le gouvernement de la principauté à Renaud Masoiers qui garda cette charge jusqu'en juillet 1134 (13). Il est possible que pendant cette guerre civile, Renaud I Masoiers, responsable des affaires de la Principauté, ait complètement négligé Margat qui se trouvait à l'extrémité méridionale de cet État, et il est bien probable que la place fut reprise alors par les Musulmans.

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Château de Margat chapelle - Sources : James Covey

Nous savons en effet par Azimi que ceux-ci enlevèrent à Renaud I Masoiers le château de Bikisraïl en 1131, donc au moment des troubles (14).
Et nous savons aussi que le château de Qadmous cédé par Ibn Muhriz au Prince Bohémond en 1129 fut repris aux Francs entre 1130 et 1132 par les montagnards et occupé peu après par les Ismaéliens. Ibn Muhriz était ce seigneur musulman que Renaud Masoiers avait dépossédé de Margat en 1117-1118. Il est fort vraisemblable qu'en 1129 ce fut à Renaud que le Prince remit Qadmous (15). Ainsi Renaud aurait perdu vers 1131 Bikisraïl et Qadmous, et ceci permet d'ajouter foi à l'assertion de Caffaro : les montagnards, profitant des querelles des Francs, en 1131 auraient réoccupé Margat.
Nous arrivons au récit de Caffaro qui nous dit qu'en 1140 Renaud II Masoiers, fils de Renaud Connétable d'Antioche, enleva par surprise Marqab au seigneur musulman qui l'occupait (16).

A cette époque la situation devient, dans cette région, préoccupante pour la sécurité du domaine chrétien et la libre circulation sur la côte.
En effet, à la frontière Sud-Est de la Principauté, une peuplade de Musulmans schismatiques, des Ismaéliens que les Francs devaient appeler les Assassins, s'était installée peu à peu dans le massif du Djebel Ansarieh. En 1132-1133, ils occupaient Oadmous et el-Kahf. Ainsi, selon Guillaume de Tyr, s'installèrent-ils dans dix châteaux dont le mieux conservé est Masyaf où ils se fixèrent en 1140-1141. Le voisinage de cette population au nombre de 60.000 individus pouvait devenir dangereux pour les états chrétiens. La route de la mer qui assurait les relations avec le Comté de Tripoli et le Royaume de Jérusalem était désormais menacée.
C'est donc alors sans doute qu'un des principaux barons d'Antioche occupa ou plutôt réoccupa Margat et y construisit un premier château franc dont il reste encore, comme on le verra, quelques vestiges à côté des fortifications plus importantes édifiées par l'Hôpital à partir de 1186.
D'ailleurs vers cette année 1140, il semble que dans toute la colonie franque on se préoccupa de renforcer la défense stratégique du territoire en construisant ou développant plusieurs forteresses.
En 1137, la cité de Montferrand, à proximité de Hama et de Homs avait été enlevée par Zengi. Le comte de Tripoli, sentant son domaine menacé, confia en 1142 à la garde des chevaliers de l'Hôpital le Crac qui deviendra la principale forteresse du Comté. Dans le Royaume de Jérusalem, le roi Foulques entre 1137 et 1142 construisait Bethgibelin, Ibelin, Blanche Garde, Saphet et au-delà de la mer Morte Kérak de Moab. En 1140, il avait repris dans la Syrie méridionale Banyas du Jourdain et le château de Subeibe. Au même moment le Prince d'Antioche, agissant comme le roi de Jérusalem et le comte de Tripoli, assurait la défense de son territoire en chargeant un de ses vassaux les plus notables de fortifier la position de Margat (17).
Renaud II Masoiers figure avec le titre de seigneur de Margat dans plusieurs actes entre 1151 et le 30 octobre 1185 (18). Il mourut entre cette date et le 1er février 1186. Avant 1151, il avait épousé Agnès, fille du comte de Tripoli. Dans un acte de Bohémond III Prince d'Antioche, daté de 1168, signé de nombreux barons de la Principauté, son nom figure le second, après celui d'un parent du prince : « Silvester consanguineus Principis. » Mais dans d'autres actes notamment en 1178 et 1179 il est cité le premier témoin. Vers 1181, Renaud prit part avec une partie de la noblesse et du clergé de la Principauté à une révolte contre Bohémond III. L'inconduite de celui-ci qui avait quitté sa première femme pour en épouser une autre qu'il avait délaissée ensuite pour vivre avec une troisième, avait amené le Patriarche d'Antioche, Aimery de Limoges, à proclamer l'excommunication contre lui. Le prince outré partit en guerre contre ses églises et ses prêtres, pillant et massacrant comme s'il avait eu affaire aux Sarrasins.
Le Patriarche s'étant retiré dans un château-fort, qui ne peut être que Cursat, Bohémond vint en faire le siège. Renaud Masoiers prit fait et cause pour le Patriarche et recueillit dans son propre château les prêtres traqués et les nobles qui avaient pris leur parti (19). Il semble bien qu'Aimery de Limoges se réfugia aussi à Margat (20).
Cette famille Masoiers qui tenait l'un des principaux rangs dans la noblesse de la Principauté possédait d'immenses domaines. On voit Renaud II les vendre peu à peu à l'Ordre de l'Hôpital (21). C'est sans doute pour subvenir aux frais considérables que lui imposait son château de Margat et sa garnison qu'il aliénait ainsi ses biens.
Après avoir cédé plusieurs casaux aux Hospitaliers (22), il leur abandonna en 1182 les domaines qu'il avait eus dans le Roudj, ceux-ci espérant les reprendre aux Musulmans (23).

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Château de Margat Eperon - Sources : Varunshiv

Cette région qui assurait les communications entre Antioche et la grande ville chrétienne de Fémie (Apamée), les Francs la disputèrent aux Musulmans pendant près d'un siècle. Ainsi de même que les seigneurs de Saône étaient seigneurs de Sardone (Zerdana) entre Alep et l'Oronte, les seigneurs de Margat possédaient de vastes territoires au-delà du fleuve.
Aussitôt après la mort de Renaud II, son fils Bertrand Masoiers achève le démembrement des possessions de sa famille en abandonnant, par un acte établi à Margat le 1er février 1186, le château de Margat à l'Ordre de l'Hôpital.
Il était temps, car deux ans plus tard allait se produire l'offensive de Saladin en Syrie, et il est évident que, sans le geste de Bertrand Masoiers, Margat aurait subi le sort des autres châteaux restés aux mains des seigneurs privés, tels que Saône, Bourzey et Shoghr-Bakas.

Les énormes ressources de l'Hôpital permirent à l'Ordre de mettre rapidement la forteresse en état de défense, de tenir tête ainsi au conquérant et de conserver à la chrétienté une place-forte importante entre toutes.
Nous présentons ici l'ascendance de Bertrand Masoiers, seigneur de Margat.

Raymond de Saint Gilles comte de Toulouse Philippe Ier, roi de France
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Bertrand, comte de Tripoli |
Pons, comte de Tripoli et Cécile de France comtesse de Tripoli
| Agnès de Tripoli épouse Renaud II Masoiers seigneur de Margat
| Bertrand Masoiers seigneur de Margat

 

Les Hospitaliers à Margat (1186-1285)
— Au début de l'année 1186, le Prince Bohémond III faisait établir à Antioche par son chancelier un acte solennel (24) contenant le texte de la charte datée de Margat le 1er février 1186, comportant cession par Bertrand Masoiers du château de Margat à l'Ordre de l'Hôpital.

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Château de Margat - Sources : Abeedo

Dans le préambule de cet acte, le Prince annonce que le seigneur de Margat, reconnaissant qu'il ne peut supporter la charge de l'entretien de ce château que sa situation à proximité des Infidèles rend indispensable à la défense de la chrétienté, le vend à l'Ordre, d'accord avec sa femme Bermonde. Cette vente ainsi que celle de la cité de Valénie et du « castellum Brahym », avec toutes leurs appartenances est faite avec l'autorisation du Prince, du Patriarche d'Antioche, de la Princesse Sibylle, des fils du Prince, Raymond et Bohémond déjà parvenus à l'âge de chevalerie, et avec le consentement du comte de Tripoli et de l'évêque de Valénie. Elle est faite entre les mains de Roger de Moulins, grand maître de l'Ordre, moyennant un versement annuel de 2.200 besants sarrazinois (25).
La charte de Bertrand portait les signatures de l'évêque de Valénie, de l'abbé de Saint-Paul d'Antioche ; de plusieurs frères de l'Hôpital dont le châtelain du Crac et le nouveau châtelain de Margat, frère Henri ; des chevaliers de Margat anciens vassaux de Bertrand qui deviennent ceux de l'Hôpital, notamment un parent de ce seigneur Etienne d'Aillant et Amelin son châtelain de Margat (26).
En confirmant cette vente, le Prince en fait une autre à l'Hôpital, en son nom propre, de domaines dépendant du fief de Margat, moyennant 10.000 besants sarrazinois dont 2.000 pour ses fils. Ces domaines aliénés à l'Ordre sont considérables. Dans l'énumération des dépendances de Margat, on distingue d'abord quatre châteaux, Cademois, Laicas, Malaicas, Bokebeis (27), puis ensuite des villages, des abbayes, un château, des terres et près de vingt casaux lesquels sont, est-il spécifié, dans la Principauté d'Antioche. C'est donc que les quatre châteaux indiqués en tête ne font pas partie de la Principauté d'Antioche, bien qu'ils soient considérés comme dépendants de Margat. Ils sont alors en réalité entre les mains des Assassins ou de montagnards et s'ils ont été occupés jadis par les Croisés, ils ne devaient sans doute désormais qu'un tribut au seigneur de Margat.
Les localités citées comme faisant partie de la Principauté ont presque toutes été identifiées. Si certaines sont dans le voisinage de Margat (28), un certain nombre sont dans de toutes autres régions de la Principauté. Un groupe se trouve dans le Roudj (29) et ce n'est sans doute qu'une confirmation de la cession de 1182 ; d'autres se trouvent dans la région du Cassius (Djebel Aqra), le Mont Parlier (30) des Francs, au Sud-Ouest d'Antioche. Enfin d'autres plus au Nord, dans la Montagne Noire, c'est-à-dire entre le lac d'Antioche et le Ras el-Khanzir (31).
L'année qui suivit l'installation des Hospitaliers à Margat se produisit l'effroyable catastrophe, la bataille de Hattin (4 juillet 1187), qui fut bien près de faire sombrer la grande colonie franque d'Orient.

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Château de Margat front Est - Sources image : Paul Deschamps

Après avoir tenu la Palestine à sa merci, Saladin poursuivant sa victoire, montait vers le Nord au printemps 1188 pour marcher à la conquête de la Syrie. Mais les châteaux tenus par l'Hôpital et le Temple étaient bien gardés. S'étant approché du Crac des Chevaliers le 30 mai, Saladin avait compris qu'il se briserait contre ses murailles (32), et il poursuivit sa marche en avant. Ayant gagné la côte il saccagea Tortose, et tenta en vain d'enlever aux Templiers le puissant donjon de cette cité. Continuant la route de la mer vers le Nord, il lui fallait suivre l'étroite corniche surveillée par la forteresse de Margat.
A ce moment le roi de Sicile Guillaume II, avait envoyé au secours des Chrétiens d'Orient une flotte commandée par l'Amiral Margarit. Celui-ci, après avoir réussi à empêcher Saladin de s'emparer de Tripoli, était venu mouiller ses navires dans le petit port de Margat et tenta d'arrêter la marche de l'armée musulmane. Des navires on pouvait tirer sur celle-ci qui devait forcément longer le rivage. Saladin eut l'idée de faire disposer la nuit au bord de la mer une véritable palissade, faite de hauts mantelets de cuir et de laine, qui permit à son armée de défiler à l'abri des flèches des marins siciliens, tandis que ses propres archers tiraient sur ceux-ci (juillet 1188) (33).
« Ayant reconnu que Marqab était imprenable et qu'il n'y avait aucun espoir de s'en emparer, il poursuivit sa route vers Djebelé », nous dit Aboul-Féda.
On sait qu'au début de la 3e croisade, la flotte de Richard Cœur de Lion fut jetée par la tempête sur la côte de Chypre. Depuis quelques années l'île était au pouvoir d'un prince byzantin, Isaac Comnène, qui s'était rendu indépendant.
Celui-ci ayant fort mal accueilli les Croisés, le roi Richard l'attaqua, le vainquit et le fit prisonnier (21 mai 1191).

Richard confia aux Hospitaliers la garde du captif qui fut enfermé à Margat avec sa femme et sa fille. Il y resta jusqu'à sa mort en 1195. Les chroniqueurs racontent que Richard avait fait faire à Isaac, à la demande de celui-ci, des chaînes d'argent (34). Au début du XIIIe siècle, la garnison de Margat fait preuve d'une grande activité. On voit à plusieurs reprises les Hospitaliers de Margat se joindre à ceux du Crac pour des expéditions contre les Musulmans ; cet Ordre dont la puissance est maintenant égale à celle d'un prince souverain a sa diplomatie propre et ses guerres particulières. En 1203, l'Hôpital est en lutte avec l'émir de Hama, un petit-fils de Saladin, Malek el-Mansour. Les chevaliers vont faire une incursion du côté de Hama ; le 16 mai l'émir remporte sur eux une victoire. Quinze jours plus tard, les Hospitaliers sortent du Crac et de Margat et se portent vers Montferrand. Ils subissent le 3 juin une sanglante défaite (35).
En 1204-1205 (601 de l'Hégire), les Hospitaliers recommencent ; ils arrivent en nombre sur le territoire de l'émir et poursuivent son armée jusqu'à l'Oronte, aux portes de Hama, ils mettent la contrée à feu et à sang (36). Ensuite ils font une expédition contre Homs. Maqrizi signale la même année une attaque des Francs de Tripoli, auxquels s'était joint sans doute un corps d'Hospitaliers de Margat et du Crac, contre Djebelé et Lattaquié qui étaient alors aux mains des Musulmans.
C'est pour réagir contre ces expéditions répétées, que le Sultan d'Alep, Malek Zahir Ghazy se décida en cette même année 601 à assiéger Margat. Il envoya contre la forteresse, sous le commandement de Moubariz ad din Akdja, une armée qui détruisit les tourelles de l'enceinte. Mais le général ayant été tué par une flèche, les Musulmans se retirèrent au moment où ils allaient emporter la place (37).
Ces expéditions renouvelées (38) où les succès alternent avec les revers, nous montrent la valeur guerrière acquise alors par les Hospitaliers, solidement soutenus par leurs deux grands châteaux voisins de Tripoli. Comme l'observe très justement René Grousset (39), quinze ans après l'écrasement de la chrétienté à Hattin, l'Hôpital reprenant les traditions des anciens comtes provençaux menait des offensives vigoureuses contre les villes musulmanes du Moyen-Oronte.
Plusieurs textes d'ailleurs, sur ces premières années du XIIIe siècle, nous apportent la preuve que l'Ordre parvenait alors au plus haut degré de sa puissance militaire. Il jouait un rôle si important dans la grande colonie franque qu'on pouvait le considérer comme un État souverain dont l'hégémonie s'étendait un peu partout sur le territoire.
Il possédait de vastes domaines habités par de nombreuses populations agricoles qui lui permettaient de subvenir aux frais d'entretien de ses forteresses abondamment pourvues d'hommes d'armes, de vivres et de matériel de guerre.

On verra plus loin, dans l'étude archéologique, que nous arrivons aux mêmes conclusions que pour le Crac : Margat, considérablement amplifié par les Hospitaliers, devait alors être à peu près terminé et présenter l'aspect d'ensemble imposant qu'il conserve encore aujourd'hui.

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Château de Margat front Ouest - Sources image : Paul Deschamps

C'est à cette époque que se tint à Margat, sous la présidence du Grand Maître Alphonse de Portugal, le Chapitre Général de l'Hôpital, lequel promulgua alors d'importants statuts de l'Ordre dont le texte nous a été conservé.
Ce chapitre eut lieu l'une des années 1204, 1205, 1206, vraisemblablement au mois de juin (40). Près de cent ans plus tard les chevaliers de l'Ordre, réfugiés à Chypre se référaient encore aux « Établissements de Margat » (41).
C'est l'Allemand Wilbrand d'Oldenbourg qui, dans le récit de son voyage de 1212, donne la description la plus complète qui nous soit parvenue de ce magnifique château-fort médiéval : « C'est, dit-il, un château vaste et très fort, muni d'une double muraille et ceint de plusieurs tours. Il se dresse sur une haute montagne. Ce château appartient à l'Hôpital et c'est la plus forte défense de toute cette contrée. Il s'oppose aux nombreux châteaux du Vieux de la Montagne (42) et du Soudan d'Alep et il a tant réfréné leur tyrannie qu'il peut exiger d'eux chaque année un tribut de deux mille marcs. Chaque nuit quatre chevaliers de l'Hôpital et vingt-huit soldats y montent la garde. Les Hospitaliers, outre la garnison y entretiennent mille personnes. Le terrain environnant la forteresse procure chaque année des récoltes de plus de cinq cents charrettes. Les provisions qui y sont réunies sont prévues pour cinq années » (43).
Après le résultat inattendu de la quatrième Croisade qui, détournée de son but, fut conduite à la conquête de l'Empire Byzantin, la Papauté voulut provoquer une cinquième Croisade. Des prédicateurs furent envoyés à travers l'Europe. Un prélat arrivé de France en 1216, Jacques de Vitry, nommé évêque d'Acre, parcourut la Syrie pour y prêcher la Guerre Sainte. On le vit exhorter les populations et les hommes d'armes non seulement dans les villes mais aussi dans les forteresses à Beyrouth, à Giblet (Djebeil), à Tripoli, au Crac des Chevaliers, à Chastel Blanc, à Tortose où il faillit être massacré par les Assassins.
De Tortose, il alla prêcher à Margat. Lui aussi, d'un mot, signale la puissance de cette forteresse (44).

En cette même année, le prince arménien Raymond Roupen qui, depuis plusieurs années, voulait se faire attribuer la principauté d'Antioche et avait obtenu l'appui des Hospitaliers, atteignait enfin son but et devenait Prince d'Antioche. En récompense il donna à l'Hôpital plusieurs places. C'est ainsi que le Sénéchal d'Antioche, Acharie de Sermin, vint au nom de Raymond Roupen, faire remise du port de Djebelé à Joubert, châtelain de Margat (45).
En janvier 1218, le roi André II de Hongrie qui avait dirigé cette cinquième Croisade avec le roi de Jérusalem, Jean de Brienne, reprenait le chemin de ses États. Il avait passé par le Crac et par Margat, et dans ces deux places fortes des Hospitaliers, on l'avait reçu avec de grands honneurs. Pour récompenser le courage que les chevaliers de l'Hôpital avaient déployé devant lui pendant sa campagne, et pour manifester l'admiration qu'il avait éprouvée en contemplant les imposantes forteresses confiées à leur garde, il prodigua à l'Ordre ses libéralités. Il assigna à chacun des deux châteaux une rente de cent marcs sur ses salines de Szalacs en Hongrie (46).
On sait que l'Empereur Frédéric II avait obtenu en 1229 à Jaffa, du Sultan Malik el-Kamil, un traité de paix d'une durée de dix années et renouvelable. Ce traité rendait aux Chrétiens Jérusalem, une partie de la Palestine et de la Syrie méridionale. Mais les territoires d'Antioche et de Tripoli, Tortose et Chastel Blanc qui dépendaient des Templiers, le Crac et Margat qui appartenaient à l'Hôpital, étaient exclus du traité (47).

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Château de Margat le donjon - Sources image : Paul Deschamps

Margat, comme le Crac, devait donc toujours se tenir sur ses gardes. On a vu que maintes fois, dans les premières années du siècle, le contingent de Margat s'était joint à celui du Crac et aux troupes de Tripoli, pour attaquer les villes de Homs et de Hama, où résister aux incursions de corps musulmans sortant de ces villes. On sait qu'en 1233 (48), le Crac servit de lieu de concentration aux troupes chrétiennes pour une expédition sur le territoire de Hama ; des chevaliers du royaume de Jérusalem, de l'île de Chypre, de la principauté d'Antioche, des chevaliers du Temple se joignirent au contingent réuni par l'Hôpital et qui se composait de cent chevaliers, quatre cents sergents à cheval, et quinze cents fantassins, sous les ordres de Guérin, grand maître de l'Ordre. Il est évident que la garnison de Margat fournit une partie de ce corps de troupe.
Il fallait aussi tenir tête à Alep. C'est ainsi qu'en 1242, le grand maître de l'Ordre, Pierre de Vieille-Bride se trouvait à Margat pour diriger les opérations contre le sultan d'Alep avec lequel l'Hôpital était alors en guerre (49).

Depuis assez longtemps Margat était devenu un véritable siège épiscopal, car l'évêque de Valenie (Banyas), y avait transporté sa résidence. Wilbrand d'Oldenbourg qui y passa en 1212 nous en informe (50). Le 22 novembre 1234, Barthélémy, évêque de Valenie, prononçait une sentence à Margat (51).
Nous arrivons à la grande offensive menée par le sultan Beibars contre les États chrétiens et spécialement contre les forteresses de l'Hôpital.
Depuis 1261, presque chaque année, il ravage le territoire latin. En 1268, désastre effrayant pour la chrétienté, il s'empare de la grande cité d'Antioche.
Rappelons le pathétique appel au secours lancé quelques jours après par le grand maître Hugues Revel à ses frères de Saint-Gilles (du Gard), cri d'alarme qui demeure sans écho, l'Occident n'ayant plus la force de venir en aide à la colonie chrétienne d'Orient. Il dit que les ressources de l'Hôpital s'affaiblissent, qu'il a fallu faire de gros sacrifices pour mettre en état de défense Antioche et Saint-Jean d'Acre, que l'Ordre assure encore sur une partie du territoire la sécurité des Chrétiens, grâce à ses deux grandes forteresses du Crac et de Margat dont l'entretien lui coûte des sommes énormes. Cette contrée où l'Hôpital faisait vivre naguère plus de dix mille hommes est maintenant presque abandonnée et l'Ordre n'y a plus que trois cents chevaliers (52).
En 1268, l'Hôpital était obligé d'abandonner au sultan le petit port de Djébelé entre Margat et Lattaquié.
En décembre 1269-janvier 1270, il arrivait deux fois de Hama à l'improviste, pour assiéger Margat, continuant à vouloir occuper la côte pour bloquer ensuite plus facilement le Crac. Mais ces deux sièges étaient repoussés par les Hospitaliers. A la fin de janvier, il passait près du Crac, repoussait une tentative de sortie de la garnison et ravageait les environs.
Quelques mois plus tard, la dernière grande Croisade, le dernier effort de l'Occident pour secourir les Chrétiens de Palestine et de Syrie, échouait lamentablement et le roi saint Louis mourait à Tunis (25 août 1270).
Beibars comprit qu'il tenait la victoire. Il n'avait plus qu'à abattre une à une les dernières places-fortes qui lui résistaient encore. Il s'attaqua d'abord à la plus puissante d'entre elles, le Crac des Chevaliers (53).
Il l'enlevait au bout d'un siège de cinq semaines (mars-avril 1271), où les Hospitaliers lui opposèrent une magnifique résistance (54).

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Château de Margat citerne - Sources image : Paul Deschamps

Après la chute du Crac, premier son du glas de la chrétienté en Orient, il faudra vingt ans encore pour que la puissance musulmane achève sa victoire.
La côte de Syrie était encore solidement gardée par Margat, Maraclée, Tortose, Tripoli, Giblet, Beyrouth.
Les Hospitaliers durement éprouvés par la perte de leur grande forteresse, obtinrent à grand'peine du sultan une trêve pour Margat, au prix de la cession d'une moitié de son territoire et à condition de ne pas construire de nouvelles fortifications dans cette place (55), Beibars répara aussitôt après la prise du Crac, les dégâts que ses machines avaient faits aux ouvrages, il amplifia les défenses (56). Il fit de cette place-forte le chef-lieu de la « Province des Conquêtes heureuses » et il s'en servit comme base d'opération pour ses expéditions futures contre les positions chrétiennes. Après lui, le sultan Qelaoun devait encore renforcer les fortifications du Crac et construire en 1285 (57), l'énorme saillant carré qui se trouve au milieu du front Sud de la première enceinte.
La forteresse de Margat menacée par cette base d'opération si redoutable résista énergiquement. Même en 1280 (fin octobre), les Hospitaliers prennent l'offensive : en liaison avec les Mongols dont une armée venait d'envahir la Syrie du Nord, une troupe de deux cents cavaliers va, de Margat, faire une chevauchée sans doute dans la Boquée au voisinage du Crac. Ils s'emparèrent d'un nombreux bétail et d'autres denrées, mais comme ils s'en retournaient, ils furent assaillis, à la hauteur de Chastel Blanc (Safîtha), par une nombreuse troupe de Musulmans, 5.000 cavaliers et fantassins ; ils battirent en retraite, mais soudain au voisinage de Maraclée, c'est-à-dire près du rivage malgré leur petit nombre, les chevaliers de Margat firent volte-face, foncèrent sur leurs assaillants et les mirent en déroute. Les Chrétiens ne perdirent qu'un sergent dans ce combat et tuèrent plus de cent ennemis (58).
Le Crac et Margat, ces deux grandes forteresses sœurs, chefs-d'œuvre de l'art militaire des Hospitaliers, maintenant opposées allaient par deux fois s'affronter.
Le sultan Qelaoun confia au gouverneur du Crac la charge de s'emparer de Margat. En février 1281, ce général, Balban al-Tabbakhi à la tête d'une armée de sept mille hommes vint assiéger Margat. Les Hospitaliers au nombre de deux cents chevaliers et deux cents fantassins firent alors une sortie héroïque qui mit les Musulmans en fuite (59). La troupe chrétienne perdit un chevalier et douze sergents.
Le 25 septembre 1281, le grand-maître de l'Hôpital, Nicolas Lorgne, ancien gouverneur du Crac, écrivait de Saint-Jean d'Acre au roi d'Angleterre, Edouard Ier : « Nostre chastel de Margat nos tenons aussi bien garni de frères et d'autres gens d'armes com nos feismes jusques avant la trive, por la grant desloiauté que nos savons ou le soudan de la quele est pleins sur toz les paiens dou monde » (60). Lui-même et le trésorier de l'Ordre, Joseph de Cancy, ami particulier d'Edouard Ier, adressaient de pressantes missives à ce roi pour qu'il envoyât des secours à la chrétienté d'Orient de plus en plus menacée (61). Ces appels restaient sans écho.
Dans le récit de son voyage en Syrie en 1283, Burchard de Mont-Sion vante encore la puissance défensive du château de Margat (62).

Ordre de Malte
Château de Margat intérieure chapelle - Sources image : Paul Deschamps

Enfin Margat allait tomber aux mains du sultan mameluk Qelaoun. Son ennemi, le khan mongol de Perse, allié des chrétiens qui, par deux fois, en 1280 et 1281 avait combattu contre lui, venait de mourir. Qelaoun débarrassé de ce redoutable adversaire reprit aussitôt l'offensive contre les Chrétiens. Il n'hésita pas à rompre la trêve de dix ans et dix mois qu'il avait conclue avec le grand-maître de l'Hôpital le 13 mai 1281. Son premier objectif fut Margat.
En grand secret, il fit à Damas des armements considérables, mobilisa une nombreuse armée, rassembla des provisions, des munitions, flèches, naphte, outillage de siège, et une importante artillerie. Il apparut devant la place le 17 avril 1285. La forteresse devait résister cinq semaines comme le Crac. Les Hospitaliers se défendirent avec acharnement.
Les machines de siège environnaient la forteresse, leurs projectiles détruisirent les mangonneaux des assiégés, mais ceux-ci les réparèrent et à leur tour brisèrent une partie des machines ennemies qui, en s'abattant, écrasèrent de nombreux musulmans. En même temps, les sapeurs creusaient des mines. Qelaoun dirigeait le travail de l'une de ces mines qui pénétrait sous la tour de l'Éperon (63) à la pointe Sud de la forteresse, en avant du donjon. Il fit entasser du bois dans cette mine et l'on y mit le feu. En même temps, les Musulmans livraient un furieux assaut, mais ils furent repoussés. La tour ébranlée par la mine et l'incendie s'effondra, jetant le désordre parmi les assaillants qui se retirèrent découragés (23 mai). Il semble d'après le récit du chroniqueur arabe, que l'effondrement de la tour avait comblé la mine.
La nuit était venue. Les Francs n'étaient pas moins épuisés et, ayant constaté que d'autres mines pénétraient par-dessous les fossés jusque sous d'autres tours, ils comprirent qu'il était inutile de prolonger la résistance.
Ils envoyèrent donc des parlementaires à Qelaoun qui, voulant conserver cette forteresse pour l'employer contre les Chrétiens, accepta aussitôt leur offre de capitulation. Le 24 mai, l'étendard du sultan fut hissé sur la forteresse, et le lendemain Qelaoun y entrait.
La garnison des Hospitaliers évacua la place, le 27 mai, selon les chroniqueurs occidentaux, et se retira à Tortose et à Tripoli. Les vingt-cinq dignitaires de l'Hôpital purent sortir à cheval et en armes (64).
Des vestiges du terrible siège de 1285 restent encore plantés dans les pierres du donjon de Margat. En effet, nous avons trouvé, piquées dans les joints des pierres qui encadrent ses archères, un certain nombre de pointes de flèches. C'est la preuve que dans ces sièges, les archers lançaient à profusion leurs traits vers les étroites fentes des archères des tours.

Celles qui n'atteignaient pas leur but allaient s'émousser contre les pierres et tombaient à terre, d'autres pénétraient dans les joints du mortier.
Qelaoun pourvut la forteresse d'un important matériel de guerre, et d'une garnison de mille combattants avec quatre cents ouvriers. La tour de l'Éperon reconstruite porte une inscription rappelant sa victoire. Elle porte aussi le nom de Balban al-Tabbaki, gouverneur du Crac, à qui la garde de Margat fut confiée.
Qelaoun compléta sa conquête en faisant démolir à douze kilomètres au Sud de Margat l'extraordinaire fort de Maraclée construit par Barthélémy de Maraclée, sur un haut-fond dans la mer à une cinquantaine de mètres du rivage, et dont on voit encore les fondations.
Sources : Les Châteaux des Croisés en Terre Sainte, tome III, La Défense du Comté de Tripoli et de la Principauté d'Antioche. Editeur Paul Geuthner, Paris 1973
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Les Château de Margat (El-Marqab) — Notes
1. Van Berchem, Voyage en Syrie..., pages 295-320.

2. Date donnée par plusieurs chroniqueurs arabes, notamment Yaqout (Mu'jam, tome IV, page 500), voir Van Berchem, page 295, n. 3 et page 300.

3. Anne Comnène, Historiens grecs des Croisades, tome I, page 87.

4. Claude Cahen, page 245, n. 14.

5. Voir sur ces grands personnages de la Principauté d'Antioche l'excellent article du Comte Chandon de Briailles, Lignages d'Outre-Mer; Les Seigneurs de Margat, dans revue Syria, tome XXV, 1946-1948, facsimilé 3-4, pages 231-258.

6. D'après le Tasrif, Vie de Qaelaoun, Paris, 1704, texte publié et traduit par Max Van Berchem, Voyage..., pages 318-319.

7. M. Claude Cahen nous signale que, selon Ibn Furat qui écrivait probablement d'après Ibn Abi Tayyi chroniqueur du début du XIIIe siècle, ce n'est pas Ibn Sulaia qu'appela Ibn Muhriz, mais Fakr al-Mulk ibn' Ammar, l'ancien cadi de Tripoli, qui, après la prise de cette ville par les Francs, s'était réfugié à Djebelé (manuscrit de Vienne, A. F. 117, 137, rº, vº). M. Cahen note (page 279) qu'il a trouvé dans le même manuscrit (folio 99 vº) une information qui ne figure pas dans les autres chroniques arabes : l'année qui précéda la prise de Margat en 1117-1118, les Francs auraient déjà fait une tentative contre ce château. En 510 de l'hégire (1116-1117) Roger d'Antioche, après avoir conclu une trêve avec l'eunuque Lulu qui gouvernait Alep, se porta contre Margat. « Ibn Sanjil, seigneur de Tripoli » vint l'assister, mais ils se brouillèrent parce qu'Ibn Sanjil demandait à Roger, pour la veuve de Tancrède qu'il avait épousée, le port de Gibel et que Roger refusa, si bien que l'attaque ne fut pas continuée. (Cet Ibn Sanjil est Pons, comte de Tripoli, qui après la mort de Tancrède avait épousé sa veuve, Cécile, fille de Philippe Ier roi de France.)

8. Claude Cahen, pages 279-280, n. 16.

9. Sans doute avant 1140, puisqu'un acte de septembre 1137 cite Gautier de Margat, chambrier de la Comtesse de Tripoli, Cécile (Rohricht, Reg. add., page 13, nº 171 a).

10. Rohricht, Reg., pages 29-30, nº 119 (décembre 1127); page 37, nº 149 (septembre 1133, Septembre 1134). E. de Rozière. Cartulaire de l'église du Saint-Sépulcre de Jérusalem, 1849, in-4, page 165, nº 85 ; voir aussi Rey, Les Dignitaires de la Principauté d'Antioche, Revue de l'Orient latin, tome VIII, 1900-01, page 117.

11. Guillaume de Tyr, tome I. XII, c. 9, Historiens Occidentaux des Croisades, I, page 526 : « Rainaudus autem Mansuerus, quidam de majoribus illius regionis principibus, cum quibusdam aliis nobilibus, in turrim cujusdam vicini oppidi, cui Sarmatan nomen, gratia salutis se contulerat. Quod postquam praedicto Turcorum prinoipi compertum est, illuc sub omni celeritate convolans, praedictos nobiles viros, qui intus se collegerant, ad deditionem violenter compelli tome »

12. Orderic Vital, édition Le Prévost, IV, pages 244-245. — Gautier le Chancelier, Bella Anliochena, Historiens Occidentaux des Croisades, V, pages 107 et 109-110 ; édition Hagenmeyer, pages 231 et 239, n. 65 et 66. Voir Rey, Histoire des Princes d'Antioche, dans Revue de l'Orient latin, tome IV (1896), pages 317 et 358. René Grousset, tome I, pages 556-558.

13. Guillaume de Tyr, tome I. XIV, c. 5, Historiens Occidentaux des Croisades, tome I, pages 613-614 : « Rex... reversus est in regnum, cura Principatus nobili et industrio viro Rainaldo, cognomento Mansuer, commissa. »

14. Claude Cahen, page 353. Les Francs devaient reprendre cette place un peu plus tard.

15. Dans l'acte de cession de Margat à l'Hôpital en 1186, Cademois (Qadmous) est cité parmi les dépendances de Margat.

16. Cafari Genuensis, de Liberalione ciuitatum orientis, c. XX, Historiens Occidentaux des Croisades, tome V, pages 66-67. In spatio... praedictarum civitatum istarum (Vananea et Marachia)... sursum in monte longe a mare per milliarium I, castrum unum nomine Margati erat et est, quod Sarracenus tenebat, et multae et immensae et tantae fortitudinis erat, quod nisi fame capi non poterat... Istius quidem castri dominus Christianis multa mala faciebat ; accidit enim quod quidam Francigena, Rainaldus Mansuer nomine, alterius Rainaldi fllius, constabularii Antiocheni principis, et dominus erat Vananea e et Marachiae et treuga facta cum praedicto Sarraceno, insimul amicari valde coeperunt, ita quidem quod Serracenus saepe veniebat ad Vananeam causa morandi cum praedicto domino civitatis. Erat enim balneum pulchrum in civitate et extra civitatem pomeria pulchra et habilia inter giardinos erant juxta civitatem, in quibus Sarracenus cum ipso saepe per quatuor dies et plus insimul morabantur, comedendo, potando, sicuti moris Sarracenorum est. Postea vero ibant... ad praedictum castrum, et insimul morabantur per dies IIII et V in comestationibus et potationibus multis. Cum vero per plures dies talia fecissent, accidit una die quod Christianus perrexit ad castrum cum pluribus suis clam deferentibus loricas et enses sub vestibus corum ; ceperunt castrum et miserunt Sarracenum deforis. Unde magna laetitia orta est per Orientales partes quoniam castrum istud clavis erat et est Jerosolimitani itineris juxta mare. Et tunc currebant anni Domini M C X L.

17. Deux actes datés de 1143 et 1144 mentionnent un Martin de Margat avec le titre d'échanson du Prince d'Antioche, peut-être était-il châtelain de Margat pour le compte de Renaud II Masoiers (Rey, Les Dignitaires de la Principauté d'Antioche, dans Revue de l'Orient latin, tome VIII, page 127. Dans un acte de 1174, Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome I, nº 457), on voit la signature d'Albert « castellanus Margati. » En 1182 (ibid., nº 623) Zacharie porte le même titre. Renaud II Masoiers ne devait donc pas résider régulièrement au château de Margat dont la garde était confiée au châtelain.

18. Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome I, nº 201 (1151) ; nº 341 (1165) ; nº 391 (1168) ; nº 457 (1174) ; nº 545 et 546 (1178) ; nº 613 et 614 (1181) ; nº 623 (1182) ; nº 763 (30 octobre 1185). Dans l'acte de 1165, Renaud II figure avec sa femme Agnès, fille du comte Pons de Tripoli et de Cécile de France, et ses fils Amaury et Bertrand qui devait lui succéder. Dans les actes suivants, Bertrand apparaît seul à côté de son père. Dans le dernier acte signé par Renaud, la femme de Bertrand, Bermonde, figure à côté de celui-ci. Sur la généalogie de la famille Masoiers voir Rey, Les familles d'outre-mer, de Du Gange (Documents inédits, 1869), pages 391-396 : Les Seigneurs de Margat, Rey a rectifié le tableau généalogique de Du Gange. Le tableau a été complété par Claude Cahen, page 543 et Chandon de Briailles, Les seigneurs de Margat, dans Syria, tome XXV, 1946-1948, pages 231-258 ; tableau page 249. — Voir aussi René Grousset, tome II, page 694, note 1.

19. Guillaume de Tyr, tome XXII, e. 6, pages 1071-1072 : « Vir nobilis et potens Rainaldus cognomento Mansuerus, in praesidium suum inexpugnabile et munitissimum, adjunctis sibi quibus cordi causa crat honestior, se recepit, in eo praebens praesulibus a propriis ejectis sedibus et aliis indifferenter ob eandem causam profugis tutum refugium. »

20. René Grousset, tome II, page 694.

21. Nous savons par quelques actes qu'il vendit aussi des domaines aux Templiers. Malheureusement les archives de cet Ordre ont été détruites et il est possible qu'il leur en céda bien davantage.

22. Acte de 1165 (Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome I, nº 341) où Renaud figure avec sa femme Agnès et ses deux fils Amaury et Bertrand : acte de 1174, Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome I, nº 457), désormais Bertrand figure seul à côté de son père ; Actes des 20 et 31 août 1178 (Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome I, nº 545 et 546) ; Actes de 1181 (Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome I, nº 613 et 614 et tome IV, nº 595 bis et 624 bis). La dernière cession de Renaud II à l'Hôpital est du 30 octobre 1185 (Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome I, nº 763) ; elle est faite avec le consentement de son fils Bertrand et de la femme de celui-ci Bermonde. Tous les casaux cités dans les actes ci-dessus se trouvent dans le voisinage de Margat et de Valénie (Banyas), voir René Dussaud, pages 129-136.

23. Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome I, nº 623. L'acte est daté de Margat le 1er janvier 1182. La donation est faite par Renaud d'accord avec son fils Bertrand et avec l'autorisation du Prince d'Antioche. Cet abandon du Roudj à l'Hôpital avait commencé quatorze ans plus tôt comme on le voit par un acte de donation du Prince à l'Hôpital en janvier 1168 (Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome I, nº 391). Voir aussi un acte de 1174, Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome I, nº 457. La donation du Roudj est rappelée dans l'acte de vente de Margat en 1186 dont il sera question plus loin. Il faut bien remarquer qu'il s'agit dans ces quatre actes non pas d'un casal ou d'une forteresse de Rugia, mais bien de tout un territoire qui est le district du Roudj. René Dussaud observe (page 167) que « pour les géographes arabes, er-Roudj est le nom d'une vallée ou d'un district, jamais celui d'une ville ou d'une forteresse. » Il en est de même dans ces chartes, et celle de 1182 est particulièrement explicite : dono... totam Rogiam cum omnibus ubique suis pertinentiis et divisionibus, videlicet terris cultis et incultis, planis et montanis, nemoribus et aquis et piscatoriis suis et raitalibus villanis, quicquid etiam dominii ibi habeo et potestatis, quiete... possidendum. » Parmi les signataires figure Zacharie châtelain de Margat.

24. Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem I, nº 783 (pages 491-496). Rohricht, Reg., pages 171-172, nº 647 et 649. Dans cet acte qui constitue pour ainsi dire la fin d'une grande famille féodale, apparaît à côté de Bertrand, sa femme Bermonde (ou Raimonde). Celle-ci était fille de Gautier de Barut, seigneur de la Blanchegarde (voir Rey, Les familles d'outre-mer..., pages 240-241 et 391-395). Bertrand et Bermonde eurent trois enfants, Renaud, mort avant son père, Béatrix, Agnès qui épousa Aimery Barlais. Bertrand vivait encore en 1217. Comme beaucoup de seigneurs de Palestine et de Syrie, il avait dû, après la 3e croisade au cours de laquelle fut prise l'île de Chypre, se retirer dans ce nouveau territoire latin. C'est à Nicosie qu'en 1217 il ratifiait la donation testamentaire de 200 besants de rente faite à l'Hôpital par son fils Renaud (Nicosie, 23 juillet 1217, Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome II, nº 1579). En 1199, un Robert de Margat peut-être le 4e enfant de Bertrand et de Bermonde est envoyé par le roi Léon d'Arménie au Pape Innocent III (Innocenta Epistolae, 1. II, page 551).

25. Cette rente était encore payée aux descendants de Bertrand de Margat en 1266, Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem III, nº 3213 et nº 3236.

26. Cet acte fut confirmé par le Pape Urbain III, le 30 juin 1186, ibid., nº 809.

27. « Concedo etiam prefatis fratribus de pertinentiis predicti castelli, scilicet Margati, Cademois, Laicas, Malaicas cum divisis et pertinentiis suis. Concedo etiam eis omne illud juris quod habere debeo in Bokebeis…. » Il s'agit de Qadmous, Olleiqa, Maniqa, Abou-Qobeis (René Dussaud, pages 130 et 140). Abou-Qobeis se trouve à proximité de l'Oronte éloignée des territoires francs ; il semble, d'après le texte ci-dessus que le Prince d'Antioche n'avait sur ce château que des droits illusoires.

28. René Dussaud, pages 129-130.
29. René Dussaud, pages 173-174.
30. René Dussaud, page 422.
31. René Dussaud, page 440 ; Réné Grousset, tome I, page 562.
32. Paul Deschamps, Le Crac des Chevaliers, page 122.
33. Abou-Chama, Livre des deux Jardins, Historiens Orientaux, tome IV, pages 356-357. — Ibn al-Athir, Kamel, tome I, page 480 ; pages 718-719. — Aboul Feda, Historiens Orientaux, tome I, page 59.

34. Eracles, c. XXVI, Historiens Occidentaux des Croisades, tome II, pages 168-169 : « Quant Kir Sac (Isaac) qui estoit de grant cuer... vit que il perdoit tout sanz recovrer... se feri en la greignor preisse de gent tant que il vint au Roi (Richard) ; et Kir Sac le feri d'une mace que il tenoit un grand cop, et tant de gent murent à lui que il fu portez a terre et fu pris. One puis li rois (Richard) n'i trova nul contrest en la terre, ainz li furent lorz tuit li chastel rendu, et il si fist metre Kir Sac en traversainz et en aneauz d'argent, et envoia lui et sa feme et sa fille à Margat en la garde de l'Ospital... » Neophytus Presbyter, Historiens grecs des Croisades, tome I, pages 561-562. — Vinisauf..., I. II, c. LX et LXI, page 328. — Benoît de Peterborough..., tome II, pages 650-651. — Voir Mas-Latrie, Histoire de Chypre, tome I, page 13.

35. « ...Ils étaient 400 cavaliers et 1400 fantassins sans compter les Turcoples ; ils avaient en plus avec eux des arbalétriers et des tireurs de zambourak. Le chef des Turcoples fut tué dans cette bataille ainsi qu'un comte ; les Hospitaliers perdirent un grand nombre de frères. Les captifs furent conduits à Hama. » Djemal ed Din, passage publié par Blochet, dans Revue de l'Orient latin, tome IX, page 1284. Voir aussi Makrizi, Histoire d'Egypte, ibid., pages 127-128, et Aboul Féda, page 81.

36. Ibn al-Athir, Kamel..., Historiens Orientaux, tome II, page 96. — Abou Chama, Deux Jardins, Historiens Orientaux, tome IV, page 154. — Makrizi, Histoire d'Egypte, édition Blochet, dans Revue de l'Orient latin, tome IX, page 135.

37. Djemal ed Din, édition Blochet, dans Revue de l'Orient latin, tome IX, page 136, note 1. — Voir Van Berchem, Voyage..., page 299.

38. Elles se répètent les années suivantes (1206-1208) : deux fois le Crac est attaqué, et en 1207-1208 les Francs du Crac et de Tripoli font le siège de Homs, voir Paul Deschamps, Le Crac des Chevaliers, pages 125-126.
39. René Grousset, tome II, page 183.

40. Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem tome II, nº 1193, pages 31-40. Cette réunion d'un chapitre général de l'Hôpital à Margat fut l'objet d'un conflit entre le Grand Maître et les dignitaires de l'Ordre. Ceux-ci lui reprochaient de ne s'être pas conformé aux usages qui voulaient que ces chapitres se tinssent dans les limites du Royaume de Jérusalem. Alphonse de Portugal à cause de cette affaire se démit de sa charge (Delaville le Roulx, Les Hospitaliers en Terre Sainte..., page 131). Voir aussi : Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome III nº 4462, page 773, année 1299. Voir aussi Delaville le Roulx : Les Statuts de l'Ordre Saint-Jean de Jérusalem, dans Bibliothèque de l'Ecole des Charles, 1887, tome XLVIII, page 343 et suivantes.

41. Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem acte de 1299, tome III, nº 4462 ; acte de 1303, tome IV, nº3 4617, 4620, 4621. Un historiographe de l'Ordre de l'Hôpital, Guillaume de Saint-Estève, qui écrivait à la fin du XIIIe siècle ou au début du XIVe : « Comment la sainte Maison de l'Hospital de S. Johan de Jérusalem commença » (Historiens Occidentaux des Croisades, tome V, page 425 et 427) parlant d'une donation faite à l'Hôpital par Godefroy de Bouillon dit ceci : « Et meismes ce testimoignent les escris et recordations qui furent recordées au Margat. » Il semble bien qu'il s'agit ici de cette grande assemblée des chefs de l'Ordre qui eut lieu à Margat en 1204-1206, et qu'alors non seulement on dressa les statuts de l'Ordre mais on rassembla les privilèges et les documents le concernant depuis sa fondation.
42. C'est-à-dire le Maître des Assassins.

43. J. G. M. Laurent, Peregrinatores medii aevi..., Leipzig, 1864, page 170. Notons encore ce passage du chroniqueur arabe Yakout qui, vers 1225, écrit ceci sur Margat : « C'est un château tel que tout le monde dit n'en avoir jamais vu de pareil. » (Mu'jam, tome IV, page 500).

44. Dans une lettre qu'il écrivait à la fin de mars 1217. Lettres de Jacques de Vitry publiées par Rohricht dans Zeitschrifl fur Kirchengeschichte, tome XIV (1892), lettre II, pages 106-118, le passage concernant Margat est, page 116 : « Inde vero transivi cum manu armata in civitatem quandam (Valénie) habentem oppidum munitissimum quod castrum dicitur Margant in quo cum per dies aliquot verbum Dei predicassem, proposueram per mare transire in Antiocham. »

45. Rey, Histoire des Princes d'Antioche, dans Revue de l'Orient Latin, tome IV, pages 385-386. René Grousset, tome III, page 262. — Voir aussi Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem II, nº 1262, 1355, 1358, 1442.

46. Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem tome II, donation au Crac, 12-18 janvier 1218, nº 1602, pages 238-239. Donation à Margat, même date, nº 1603, pages 239-240 : « ... in jus et supradicti Margati, quod recte in frontibus paganorum situm est, sustentationem perpetuam, ob reverentiam etiam fratrum in memorato Castro commorantium, a quibus in nostro transitu benigne recepti fuimus et honorifice pertractati de proventibus salium regni nostri centum marcas dedimus... in argento apud Zolacha... persolvendas... Datum apud Margat; confirmation donnée par le Pape Honorius III, le 25 juin 1218, nº 1613, page 244.

47. Lettre de Gérold Patriarche de Jérusalem au Pape Grégoire IX, dans Mon. Germ. Hist., Epistolae, I, pages 296-299. — Mas-Latrie, Histoire de Chypre, III, pages 626-629. Voir John L. La Monte, The Wars of Frédéric II..., New York, Columbia University Press, 1936, pages 36-37.

48. Paul Deschamps, Le Crac des Chevaliers, pages 128-129. Cette même année, le Patriarche d'Antioche, légat du Saint Siège, Albert Rezato, terminait par une sentence arbitrale, prononcée à la requête de Guérin, grand maître de l'Hôpital, et d'Armand de Périgord, grand maître du Temple, les difficultés soulevées entres les deux ordres par suite de trêves conclues séparément par chacun d'eux avec les Musulmans (Delaville le Roulx, Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome II, nº 2058, pages 455-457. — Rohricht, Reg., page 272, nº 1043). ... Templarii autem debent ire et redire de nocte de die, tam ipsi quam homines sui, libere et sine aliqua inquietatione ... Hospitalariorum aut suorum, per portam quam habet Hospitale in muro quod extenditur versus mare prope portum Margati, et per maritimam, et per viam, que est inter barquile et ravinam que extenditur usque ad mare, et per omnes vias que sunt stabilite vel stabilientur a supradicta via.

49. Gestes des Chiprois, 222 et 223, Historiens arméniens des Croisades, tome II, pages 729-730. — Mathieu de Paris, Chronica majora, IV, 167 et 256. — Delaville le Roulx, Les Hospitaliers en Terre Sainte..., 1904, page 187.

50. J. G. M. Laurent, Peregrinatores..., page 170. Après avoir parlé de Margat il écrit : « In pede illius montis sita est quaedam civitas Valenie nuncupata. Que cum aliquando... fuerit maxima... modo est destructa et desolata. Cujus sedes episcopalis in castrum Margath est translata. »

51. Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem II, nº 2094, page 476 : « Data est née sententia apud Margatum in camera dicti domini episcopi. » Cf. le texte suivant reproduit d'après Bernard le Trésorier, dans l'édit. Guillaume de Tyr, Historiens Occidentaux des Croisades, tome II, page 122, n. c : « Mergad, quod erat fratrum Hospitalis, in monte altissimo situm... distat enim oppidum ab ipsa civitate (Valania) fere par leucam... sedes vero episcopalis, quae erat in ipsa civitate Valania, propter sarracenorum impetum, translata fuit in ipsum oppidum. »

52. Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome IV, page 292, nº 3308, voir Paul Deschamps, Le Crac des Chevaliers, page 131.

53. Maqrizi, Histoire des Sultans mamlouks, traduction Quatremère, tome I b, pages 78-80 ; voir Rohricht, Etudes sur les derniers temps du royaume de Jérusalem, dans Archives de l'Orient latin, tome II (1884), page 396.
54. Paul Deschamps, Le Crac des Chevaliers, pages 132-136.

55. Maqrizi, Histoire des sultans mamlouks, tome I b, 85 et 151. Aini, Historiens Orientaux des Croisades, tome II, 1ère partie, page 238 et note 3. Voir Rohricht, Etude sur les derniers temps du royaume de Jérusalem, Archives de l'Orient latin, tome II, page 399. — Van Berchem, Voyage en Syrie, page 301 et note 3.
56. Paul Deschamps, ouvrage cité, pages 136-138.
57. Ibid., page 156, note 3.

58. Gestes des Chiprois, tome III, Chronique du Templier de Tyr, édition Gaston Raynaud, 1887, page 208, publié par la Société de l'Orient latin, tome V. — Historiens arméniens des Croisades, tome II, page 784. — Annales de Terre Sainte, dans Archives de l'Orient latin, tome II, 2e partie, page 457 ; Marino Sanuto, 228.

59. Aboul Féda, Historiens Orientaux, tome I, page 158. — Gestes des Chiprois, Historiens arméniens des Croisades, tome II, page 782 et 786. — Aboul Faradj, 537, 591, Annales de Terre Sainte, dans Archives de l'Orient latin, tome II, page 45. — Van Berchem, Voyage en Syrie, page 301, n. 5. — Delaville le Roulx, Les Hospitaliers en Terre-Sainte..., page 232. D'après la chronique de Kirtay (manuscrit de Gotha) la garnison de Margat vers 1280 comptait 120 chevaliers (renseignement fourni par M. Claude Cahen).

60. Delaville le Roulx, Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem tome III, nº 3766. — Les Hospitaliers en Terre-Sainte..., page 233 et nº 1.

61. Lettres des 5 et 31 mars 1282, Delaville le Roulx, Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome III, nº 378 et 3788. Voir aussi Delaville le Roulx, Les Hospitaliers en Terre-Sainte..., 1904, page 233.

62. J. G. M. Laurent, Peregrinatores..., page 30 : « De Antarado septem leucis est castrum Margath, fratrum Hospitalis Sancti Johannis, supra civitatem Valaniam, per unam leucam distans a mari, munitum valde et in monte altissimo situm. »

63. Amadi, édition Mas-Latrie, 1891, page 216 : El soldan Malec assedio Margat, castel del Hospital de San Joan ; et venne l'assedio da li disisette d'avril fino a li vintisetti di mazo, che le prese a patti, perche era minato verso la torre del Speron che era catuta. Et il soldan mando tutta la gente a salvamento in Tortosa et a Tripoli, Gestes des Chiprois, 429, Historiens arméniens des Croisades, tome II, pages 791-792 : « Et en se dit an de M et CC et LXXXIIII vint le Soudan Melec el Monsour à Damas et fist son astir, et ala aseger Marguat, chastiau de l'Ospitau de Saint Johan et le tint siégé de XVII jours d'avril enjusques a XVII jours dou mois de may, qu'il la prist a fiance, car il estoit minés devers la tour de l'Espérance, quy estoit chue, et le Soudan manda toute sa gent a sauveté à Triple et à Tertouse. » C'est par erreur que ce texte dit la Tour de l'Espérance. Amadi et Florio Bustron donnent le nom véritable de cette tour « l'Éperon. » Sanudo dit : Josperon, ce qui est conforme à l'aspect de cet ouvrage et correspond au terme de « bachura » (ouvrage avancé, barbacane) qu'emploient les textes arabes. — Annales de Terre-Sainte, Archives de l'Orient latin, tome II, 2e partie, page 458. — Marino Sanuto, page 229. — Florio Bustron, pages 116-117. — Voir aussi Delaville le Roulx, Les Hospitaliers en Terre Sainte, page 235. — Aboul Féda, Historiens Orientaux des Croisades, tome I, page 161 et 168. — Pour les autres sources arabes du siège, voir Van Berchem, Voyage en Syrie, page 302, n. 6 qui a donné (pages 310-318, texte arabe et traduction) le récit le plus complet emprunté au Tachrif, Vie de Qelaoun, Paris, 1704) ; voir aussi traduction de la Prise de Margat dans la vie de Qelaoun, dans Michaud, Histoire des Croisades, tome VI, 1822, Bibliographie des croisades, par Reinaud, tome II, pages 693-697.

64. Réné Grousset, tome III, pages 703-704.

Sources : Les Châteaux des Croisés en Terre Sainte, tome III, La Défense du Comté de Tripoli et de la Principauté d'Antioche. Editeur Paul Geuthner, Paris 1973

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