Les Commanderies de Malte

Le domaine de la commanderie de Campagnolles
Département: Hérault, Arrondissement: Béziers, Canton: Cazouls-lès-Béziers - 34

Commanderie de Campagnolles
Commanderie de Campagnolles

Les Hospitaliers commencèrent à dresser des procès-verbaux détaillés des visites prieurales de la commanderie de Campagnolles vers la fin du XVe siècle. Ces premiers procès-verbaux sont encore sobres de détails. Il y a, dit l'un d'eux, « une bonne maison bien honneste et asses forte, terres labourables, prés, etc. » un autre « un grand carré entouré de haultes murailles d'un costé est une grande église et des autres trois un grand chasteau et austres bastiments. »
Mais les procès-verbaux subséquents sont prolixes tellement que nous résumerons seulement leurs dires, de manière cependant à permettre à nos lecteurs de se représenter l'état des lieux avant la Révolution.
Bornons-nous au château l'église sera décrite plus bas. Par un grand portait de pierre rond, fermant avec sa porte de bon bois double, bien cloué de fer, ayant au-dessus une meurtrière et la place pour une sarrasine, on entrait dans une petite cour sur laquelle s'ouvrait, à main droite, l'église. De la petite cour, on passait par un arceau, au-dessus duquel étaient sculptées les armes du commandeur de Lascaris, dans une grande cour. Autour de celle-ci se succédaient les bâtiments cuisine avec fours, écurie, forge, magasins, moulin à huile, etc. Dans un coin on remarquait une petite prison voutée et sans porte, tandis que plus tard on nous dit qu'elle est fermée par une porte doublée, garnie d'une serrure à verrou.
Au milieu de la cour, le puits avec son garde-fou, ses potences et traverses de pierre.
L'appartement du commandeur était sis au premier étage de l'aile gauche. On y accédait du côté de la cuisine au moyen d'un escalier à repos de 19 marches de pierre, éclairé par des fenêtres, il se composait d'un petit salon, d'un grand salon et de quatre chambres dont trois alcôves, la dernière aboutissant à une galerie conduisant à un cabinet de commodités et à une chambre de dégagement. Toutes les pièces du dit appartement sont plafonnées en plâtre, carrelées et éclairées par des fenêtres à grands carreaux le bois et les contrevents peints à l'huile et en gris, les portes étant toutes à deux vantaux à panneaux et en bois de noyer.
Le château et ses dépendances sont couvert en bois et tuiles à deux pendants est entouré de murailles crénelées avec chemin de ronde couvert. Les habitants donnaient le nom de château à l'habitation seigneuriale quoiqu'elle n'eût rien de bien architectural. On sait que dans les pays de montagne cette appellation est encore d'usage pour désigner la demeure du maître.
Des constructions avaient été édifiées hors l'enceinte du principal corps de logis : à droite, une grande cour où se trouvait le grenier à blé à gauche, un autre corps de bâtiments isolés composé Je 4 pièces à la file, à l'usage de remises et de bergeries. Enfin une source captée à 400 pas environ amenait l'eau dans un bassin à fleur de terre.
Quant au domaine proprement dit, il consiste, disent les visiteurs de 1613 : « en plusieurs terres labourables dans un terroir tout uni, sy bien, il y a quelques particuliers de Cazouls qui ont quelques terres et possessions en icelluy qui font pourtant cense au sieur commandeur et sont de sa directe. Et peult y avoir de terres labourables la quantité de deux cens cesterées (1) en semence, lesquelles se sèment la moitié une année et le reste l'autre, ausquelles se peult recueillir le quatrième fruict, mesure de Béziers ; un pred de la contenance de cinq journaulx ou environ et quelques ollivettes où il se peult recueillir environ de quinze charges d'huille d'olive. »
1. La séterées de Cazouls-lès-Beziers est de 24 ares 69 cent.

« Quant aux vignes nous a dict (le fermier) y en avoir environ de trente journaulx d'hommes à fossoyer. »
« De plus, les particulliers qui ont des terres dans le terroir uni de Campagnolles payent au dit sieur commandeur la dîme de tous fruitz au dixième. » « Touchant les directes censes et rentes foncières ou usages suivant les termes du pays, ledit sieur commandeur en a plusieurs tant des terres des particuliers qui sont dans son terroir que des villages des environs mesmes dans la ville de Cazouls et son terroir, pour raison de quoy ledit sieur commandeur a droict de lods et vente au sixième denier. »
« Quant à la juridiction, ledit sieur commandeur a la juridiction haulte, moyenne et basse, mère mixte impère et l'exercice d'icelle pour raison de quoy il a juge, procureur et greffier. »
« Laquelle juridiction et tout le terroir uni de Campagnolles se confronte avec les marques de Cazouls du Narbonnès, au terroir de Maurillan, terroir de Ramejan, Saint-Jean de Calhan et terroir de Polnignan. »

Suit l'état du capital ou fonds de table.
A l'époque de sa vente, le domaine de Campagnolles comprenait 595 sétérées 35 pugnères 8 dextres (2) de terres, en champs, vignes muscat, olivettes, mûreraies et garrigues, s'étendant sur le territoire de Cazouls et par extension sur celui de Puisserguier, aux lieux dits la Garenne, Ped cauquet, Monmurier, Camp carrat, al Pignas, la Muscadelle, le Bousquet, Pont-Soubeiran, les Dourmes, Puech redon, al Pal, Courbegous, la Barthe, Fontalinières, Lussan, Arenas, la Vignasse, les 4 chemins des avenues, la Crouzette, Moulins, le Dental, les Prades, les Champs blancs et Saint-Jean le tout cultivé en père de famille, possédé par l'Ordre noblement, franc et exempt de dîmes, tailles et autres impositions quelconques.
2. La sétérée de Cazouls, de 24 ares 69 cent, se divisait en a quartont ; le quarton en 4 pugnères ; la pugnère était de dextres 3/4 de 16 pans de côté. Ce dextre vaut 0 mètre 158 millimètres.

Le commandeur s'était réservé de planter chaque année 18 séterées en vignes.
La procédure d'arpentage et de bornage de Campagnolles et Milhau avait été faite au mois d'octobre 1774, par Réquirand, géomètre arpenteur juré, de Béziers, à ce commis par le juge-mage.
On pouvait semer annuellement, y compris Milhau, 320 setiers de tous grains et nourrir 600 bêtes à laine.

Saint-Pierre de Polignan
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Nous avons vu que l'église de Saint-Pierre de Polignan, avec tous ses droits, avait été donnée aux Hospitaliers par Adalaïs de Pignan, et que Bernard de Pignan leur avait encore fait des libéralités. Une famille de ce nom habitait donc le pays à la fin du XIIe siècle, ou y avait des intérêts.
Les témoins de la donation furent pour la donatrice, Ferrand et Guillaume de Cazouls, La dîmerie de cette église fit l'objet de plusieurs donations ou acquisitions au profit de l'Ordre Saint-Jean de Jérusalem, lequel avait, paraît-il, de ce chef, un droit de dîme sur certains moulins de la rivière d'Orb. L'évêché de Béziers percevait le tiers de la dîme.
L'église Saint-Pierre de Polignan était située à un demi-quart de lieue de Campagnolles et à un quart de lieue au midi de Cazouls. Elle devait constituer une annexe de Campagnolles et peut-être avoir été dans des temps très reculés le centre d'une petite agglomération, car on y remarquait un cimetière. Son nom n'est relevé nulle part.
Il y a en Italie une ville dans la Pouille et un village dans la province de Plaisance du nom de Polignano ; aux environs de Béziers on signalait jadis une église sous le vocable de Saint-André de Polignan.
Dès le XVIIe siècle on trouve l'église en ruines. Il s'y voyait cependant, entre des pans de murs tapissés de lierre, les restes d'un autel de pierre et un cimetière entouré de vieilles murailles en grande parties abattues. Elle mesurait 6 cannes de long sur 3 de large. En raison des obligations imposées par les statuts au commandeur, à l'égard des choses du culte, les visiteurs ne manquaient pas d'ajouter à leur description que celui-ci n'était tenu envers cette église à aucun service ni réparation, « mais bien le sieur évesque de Béziers qui tire le tiers des fruits décimaux pour cela. »

Domus Hospitalis Milhau
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Domus Hospitalis Milhau
Domus Hospitalis Milhau

Des diverses descriptions de la métairie de Milhau sise à une demi lieue de Campagnolles vers le Nord, dans le diocèse à ce moment de Narbonne, nous retenons que cette métairie consiste en un carré de bâtiments ayant accès par un grand portail sur lequel il y a une bardiolle et sa meurtrière, que fit faire le commandeur de Glandevès-Cuges, et sculptée sur la clef de voûte, la croix de Malte à 8 pointes (symbole des 8 béatitudes). On entrait dans une grande cour contenant un jardinet au milieu à gauche la cuisine et l'étable à bœufs de 7 cannes sur 3 ; des autres côtés magasins, grande jasse de 20 cannes sur 4, couverte à un pendant et soutenue par 20 pilier de bois à la toiture.
Le terroir est d'un seul tenant. Il y a, en 1613, quatre cents séterées de terres labourables qui s'ensemencent par moitié chaque année, auxquelles se recueille le troisième fruit, quelques garrigues, une petite olivette et un petit jardin hors l'enclos, avec arbres fruitiers. On dit qu'il n'y a aucun pré ni vignoble.
La dite métairie est noble, franche et exempte de toutes dîmes, tailles et charges quelconques.
Elle confronte les terroirs de Puisserguier, de Cazouls-du-Narbonnais, de Fontcaude et de Cessenon (3).
3. La commune de Cazedarnes située aujourd'hui de se côte, entre Cessenon et Cazouls n'a été formée qu'en 1850. Cf. J Sahuc. Dictionnaire topographique de l'arrondissement de Saint-Pons.

En 1786, il a 151 séterées de terres labourables dont 50 complantées en vignes et 900 séterées de terres incultes. Les visiteurs ajoutent que les terres incultes sont agrégées de toutes parts d'arbrisseaux de chênes qui, bien aménagés et élagués, ne pourraient que devenir plus productifs ; qu'ils ont rencontré une cinquantaine environ de personnes de tout sexe, des villages voisins, occupées en différents endroits à couper, déraciner ou enlever l'écorce des arbustes, vulgairement dits garrouilles, chargés de glands.

Contre quoi protestent les visiteurs auprès du garde-terre de Campagnolles, Etienne Bezombes, qui les accompagne. Celui-ci répond que le fermier Granal autorise ce défrichement que de plus « il n'avait pas caractère pour s'y opposer, attendu qu'il n'était tenu que de surveiller la terre par intérim, moyennant 18 sols par jour et jours ouvriers seulement, sans lettres de provision ni réception en la maitrise des eaux et forêts du département, tandis que de tous les temps sa charge avait été remplie jusques à lui par un garde-terre en titre, aux gages de 300 livres par an », à quoi les visiteurs pourvoiront par leur ordonnance.

Domus Hospitalis Sainte-Agathe
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Domus Hospitalis Sainte-Agathe
Domus Hospitalis Sainte-Agathe

A 20 pas de la métairie de Milhau, face à la porte d'entrée visant au levant, il restait encore avant la Révolution les ruines d'une église depuis longtemps profanée. Elle était placée sous le vocable de Sainte-Agathe, patronne de l'île de Malte. Son nom se lit toujours, à côté de Milhau, sur la carte de la France, dressée par ordre du ministre de l'Intérieur.
Cette église avait 6 cannes 1/2 de long sur 4 de large, sa nef couverte de bois et tuiles était soutenue par deux arcades qui divisaient l'église en 3 petites nefs, contenant 3 autels. A côté existait une tour carrée dont le sommet devait servir de clocher, car dans une visite il est question de la tour ayant son sommet détruit, et dans une autre, de l'existence d'une cloche sans clocher, ainsi que d'une chapelle sans autel. A cette époque-là cependant — c'était en 1613 — on y célébrait la messe tous les dimanches, quoique l'église, où il pleuvait en plusieurs endroits, commençât à se délabrer conséquence d'ailleurs de sa fausse situation. D'un côté, en effet, le commandeur, que son chef hiérarchique n'eut pas manqué de contraindre d'urgence de pourvoir à la décence de l'église livrée au culte, ne s'empêchait de rien n'étant tenu que de payer la pension annuelle du desservant, au chapitre de la collégiale de Saint-Paul de Narbonne auquel appartenait la collation de ce dernier et l'obligation d'assurer le culte. De l'autre, le chapitre se désintéressait de cette église champêtre, dépourvue de décimerie, dont il n'était que seigneur spirituel.
C'est un peu la situation de nos églises depuis la loi de séparation, et il est à craindre qu'à beaucoup d'entre elles ne soit réservé dans le temps le sort de leurs modestes, devancières.
Tenant cet état de choses, le commandeur de Glandevès-Cuges (1625-1649) fit éteindre par un arrêt de la Cour de Toulouse la pension de 8 setiers de froment et de 4 setiers de seigle qu'il servait au chapitre de Narbonne.
Les habitants de Milhau et des fermes environnantes furent desservis par le prieuré tout proche de Saint-Sébastien (4) allias Saint-Vincent de Savignac, situé dans l'enclave appartenant au diocèse de Narbonne dans cette région, et dont le prieur devait également desservir en son temps l'église Sainte-Agathe. Ce prieuré appartenait encore au diocèse de Narbonne à la fin du XVIIIe siècle, ainsi qu'en témoigne le procès-verbal de vérification des églises et bâtiments dépendants de l'archevêché de Narbonne, dressé, après serment prêté, les 23 septembre et 10 novembre 1677 par Honoré Nauton, directeur des travaux publics de la ville de Narbonne, expert nommé d'office par le procureur du roi. En plus de l'église champêtre de Savignac, ce procès-verbal comprend les églises de Cazouls, Puisserguier, Capestang avec son château, Poithes, Montels, Nissan (5). 4. Saint-Sébastien, martyr, né à Narbonne, ou une église lui est dédiée.
5. Archives de l'Aude, série G 5. En souvenir de cette église, on a élevé une statue de sainte Agathe dans le jardin de Milhau.


Procès
Outre quelques litiges d'intérêt particulier au sujet des successions recueillies par l'Ordre, des donations ou des hommages de vassalité, les Hospitaliers eurent trois longs procès :
Le premier avec les évêques de Béziers, seigneurs de Ramejan et de Cazouls, relatif aux limites des juridictions respectives de l'évêque et du commandeur ; la procédure commencée en 1267 ne fut terminée qu'en 1300, par une transaction passée avec Bérenger III de Frédol. En 1447, nouvelle procédure entre l'évêque et les habitants de Cazouls d'une part, et le commandeur d'autre, à raison du devès de Bizan, en possession duquel le commandeur fut maintenu (6).
6. Le lieu-dit de Bizan est inconnu dans le pays. Il paraît situé en aval du ruisseau de la Prade ou de Campagnolles, que l'on désignait à cette époque sous le nom de ruisseau, rivière et une fois fleuve de Bize.

Le deuxième avec les seigneurs et les habitants de Puisserguier, relatif aux droits de dépaissance et de justice (7).
7. Le 2 octobre 1222, Raymond VII, duc de Narbonne, comte de Toulouse, marquis de Provence, avait confirmé en faveur de l'Ordre Saint-Jean-de-Jérusalem les privilèges que lui avait octroyés son père défunt qui s'était donné à l'Hôpital et dont le corps, privé des honneurs de la sépulture pour cause d'excommunication, avait été recueilli par les Hospitaliers dans leur maison de Saint-Rémy à Toulouse ; les circonstances dramatiques de cette prise de corps seraient bien dignes de tenter le pinceau d'un peintre d'histoire.

En 1627, un jugement des requêtes du palais de Toulouse appointe les parties en cause et par provision, permet cependant au commandeur d'user du droit, si important à cette époque, qu'il prétendait avoir, de faire paître son bétail gros et petit et celui de ses fermiers dans le territoire de Puisserguier, et d'interdire aux habitants de Puisserguier ce même droit dans les juridictions de Milhau et de Gajan.
Et le 21 décembre 1645, une sentence arbitrale rendue en faveur du commandeur Jacques de Glandevès-Cuges, suivie d'un procès-verbal d'exécution, mit fin à toutes ces difficultés le commandeur est maintenu en possession de la haute, moyenne et basse justice du lieu de Milhau et, par indivis avec le seigneur de Puisserguier de celui de Gajan, ainsi que dans la faculté de prohiber aux habitants de Puisserguier de faire paître leur bétail ni de prendre aucun bois dans le terroir de Milhau.

Le troisième procès eut lieu avec les Prémontrés de Fontcaude. Ces derniers avaient des possessions, dépendantes tant de leur abbaye de Fontcaude que de leur domaine de Lussau, contiguës à celles des Hospitaliers et des droits similaires (8). Aussi n'est-ce pas un, mais plusieurs litiges qu'ils eurent ensemble. Les dîmes, l'usage du ruisseau de Corbegon, la dépaissance, en furent les causes. Un arrêt du parlement de Toulouse, en date du 20 août 1667, confirmant des arrêts de 1633 et 1635, fit défense à l'abbé de Fontcaude de faire dépaître aucun bétail dans les terroirs de Campagnolles et de Milhau à peine de pignore (saisie en gage), et de 1.000 livres (1.630 francs) d'amende. Cette forte astreinte permet de supposer que la Cour devait se lasser de voir le peu de cas que les Prémontrés faisaient de ses arrêts.
8. 1247. Raymond V de Vallauquez, évêque de Béziers, seigneur de Cazouls, et Guillem de Cazouls, cosejgneur, donnent à l'abbaye de Fontcaude 300 séterées dans le territoire de Cazouls et, en 1333, la vicomtesse de Narbonne lui donne le droit de passage dans le terroir de Puisserguier.

Les Fiefs
D'après le terrier contenant les reconnaissances féodales renouvelées dans le courant des années 1773-1774, devant Maitre Andrieu, notaire royal de Cazouls, en faveur de Messire frère François Ignace Tonduti de Malijac, ancien capitaine de gavelet de l'Ordre de Malte et commandeur de Saint-Félix de Sorgues, Campagnolles et Milhau, la censive du membre de Campagnolles pour la partie de fief concernant le lieu de Cazouls s'étendait sur 1408 séterées 3 quartes 2 pugnères 3/4, faisant de rente ou de cense annuelle, mesure de Campagnolles, savoir : 34 setiers, 8 pugnères 1/2 de blé froment, 89 setiers 5 pugnères 1/4 d'orge, 3 setiers et 2 pugnères d'avoine, 6 pigeons et 1/24e, 1/2 géline, 1 sol et 2 deniers en argent (9).
9. Le prix des grains variait sensiblement d'une année à l'autre et suivant les marchés. D'après les tableaux des moyennes provinciales, dressés par le vicomte G. d'Avenel, le prix moyen de l'hectare, en monnaie actuelle, était dans le Languedoc, savoir: 1751-1775, blé froment: 13 francs 80 ; orge 11 francs 15 ; avoine 6 francs 17.
— La livre tournois valait en francs actuels 0 franc 90 ; le sol, 0 franc 45 ; le denier 0 franc 0375.
— Le cens de la poule était très usité dans le Bas-Languedoc. Cf. J. Sahuc. Charte des libertés et franchises d'Olargues. Le cens était d'ailleurs très minime partout on rencontre un terrain à Nîmes, concédé sous le cens d'un « bonjour, payable à la Saint-Michel. » G. d'Avenel, Histoire économique de la propriété, des salaires, des denrées, etc., de 1200 à 1800. Paris 1894.


Il restait à reconnaître II séterées 1 pugnère faisant 1 setier 6 pugnères de blé froment, en combat de fief avec l'abbaye de Fontcaude, appartenant aux économats, contre laquelle on ne pouvait faire aucune diligence, étant défendu selon la déclaration du roi de 1724 à toutes personnes de mouvoir aucun procès, de rien changer ni innover dans les évêchés, abbayes et prieurés qui seraient unis aux économats (10).
10. Economat régie d'un bien ecclésiastique par un économe royal pendant la vacance de l'évêché, etc.

Le fief situé dans le terroir de Puisserguier, diocèse de Narbonne, juridiction de Gajan, contenait 654 séterées 2 pugnères 1 dextre faisant 13 setiers 11 pugnères de blé et 3 oboles en argent.
Restait à reconnaître de ce fief: 43 séterées, 3 quartes 16 dextres, dont M. de Bermond avait la jouissance et qu'on n'avait pu faire reconnaître à cause de l'insuffisance de titres ; 1 séterées 3 quartes faisant de cense 1 pugnère blé, possédée par Mlle Ricard ; 1 séterées 3 quartes 12 dextres faisant 1/2 pugnère de censive possédée par M. le Chapelain de la chapelle Saint-Bernard, pour lesquels articles on était en instance devant le sénéchal de Béziers (11).
11. Archives des Bouches-du-Rhône, Certificat du garde-archives du grand prieuré de Toulouse.

Revenus
La première mention du revenu de la commanderie se trouve sur un rouleau de parchemin du XIVe siècle ayant pour titre « Aysso son las apresas o las intrados de las mayos que son el priorat de Sant Gili »
Valeur intrinsèque de la livre tournois en francs actuels (1900) à l'époque correspondante.
Campabolas y figure pour 250 livres. Si nous prenons dans le tableau du vicomte d'Avenel la valeur moyenne de la livre pendant le XIVe siècle, ce revenu aurait été en monnaie actuelle en 1900, à 10 francs la livre, de : 2.500 francs.
D'après le procès-verbal de la visite du 5 mai 1540, donnant l'état et le prix des revenus par genre de culture et que nous reproduisons aux pièces justificatives à cause de l'intérêt qu'il peut avoir pour l'histoire économique le revenu était de 467 livres 2 sols : 1841 francs.
Le 16 juillet 1662, frère Jean-Paul de Lascaris afferme à Pierre Estève le château et place de Campagnolles et Milhau, dîmes dudit lieu et de Saint-Pierre de Polignan, rentes et champarts pour 4300 livres par an.
De 1651 à 1675, la livre vaut en francs actuels 1,63 ci.... 7.009 francs.
1669. — Guillaume Fadat, de Portiragnes, fermier, paie 4.000 livres.... 5.920 francs.
l673. — Guillaume Fadat, fermier, paie 2.650 livres.... 4.340 francs.
1696. — Duchemin et son associé, fermiers, paient 2.800 livres.... 4.218 francs.
1743. — Bail Amiel, notaire à Béziers, 3.450 ivres.... 3.278 franc.
1750. — Jean Pierre Tindel, bail Passebosc, notaire à Béziers, paie 5.325 livres.... 5.059 francs.

1774. — Les membres de Campagnolles de Milhau, hors les amendes et confiscations, sont affermés à Jean Daidé, maître tailleur d'habits, de Béziers, suivant acte de Maitre Hérail, notaire à Béziers, du 16 septembre 1771, pour 6 années, commençant le 1er mai 1774, au prix de 10.500 livres. 9.975 francs.
Payables en 2 termes, à la Noël et à Pâques, sans déduction de laquelle somme il est tenu de payer la congrue du curé de Campagnolles, les tailles du champ acquis de André Fabre et de fournir annuellement au commandeur 12 setiers de froment, 2 sacs d'avoine, 2 tiercerolles de vin muscat du cru, 2 mesures d'huile d'olive, 48 poulets, 12 poulardes, 200 œufs, 10 quintaux de foin, 10 quintaux de paille, 200 fagots de sarments, 6 journées de charrette ; et de planter 150 oliviers, 20 mûriers, 200 saules ou peupliers et de les remplacer, d'entretenir les usines de la cave et du moulin à huile et de fournir à la dépense de MM les visiteurs généraux et particuliers de l'Ordre.
En comparant ces revenus à partir du XVIIe siècle (le chiffre du revenu correspondant au XVIe siècle, n'étant pas fourni d'une façon globale par un bail et ne pouvant servir de base d'appréciation que pour chacun des produits de la terre isolément) nous voyons que l'augmentation du revenu du domaine correspond à la prospérité de la France à la même époque et ce fait est généralement constaté dans toutes les régions.

En 1661. Mazarin laisse la France prospère ; son successeur, Colbert, sous l'influence de ce principe économique que la consommation s'accroît en raison de l'abaissement des droits, réduit d'un seul coup de 33 pour 100 l'impôt des tailles et des aides (directes et indirectes), et l'agriculture prend de l'essor. Puis vient la période descendante, correspondant à cette triste fin du XVIIe siècle dont le tableau a été tracé par la plume officielle des intendants de province, suivie quelque temps après par les dissipations de la Régence, le krach du système de Law. Les campagnes se dépeuplent, la consommation diminue plus encore que la production. Dans telle ville du Midi, le droit sur le vin en 1717 était tombé de 400 livres à 127 ; l'impôt dû par livre de la boucherie était descendu de 600 livres à 212. (Archives départementales de la Drôme)

Mais à partir du milieu du XVIIIe siècle, la propriété se relève, la hausse des terres se produit et s'accélère jusqu'à la Révolution. La terre labourable qui valait 265 francs l'hectare de 1701 à 1725, passe à 515 francs de 1751 à 1775, et à 764 francs, de 1776 à 1790. Elle a presque triplé en 90 ans.
L'expérience prouve donc, qu'exception faite des crises économiques de courte durée comme nous en avons vu récemment dans le Midi et dues à d'autres causes que la politique générale, la prospérité agricole du pays est intimement liée à sa bonne administration.

Les Hospitaliers à Campagnolles
Les commanderies étaient des agrégations de biens. Il devait y avoir dans un des membres une maison convenable où le commandeur put faire sa résidence Celui-ci jouissait librement des revenus sous le support de certaines charges en faveur de l'Ordre. Elles étaient généralement affermées, dans les derniers temps, et toujours fort bien administrées.
L'espoir d'être pourvu d'une commanderie plus importante ou la crainte d'être privé d'une année de revenus excitait, au surplus, le zèle du commandeur. Quand celui-ci améliorait sa commanderie, il était désigné, en vertu du droit d'améliorissement, pour une commanderie d'un revenu supérieur ces améliorations, constatées périodiquement par, les visites prieurales, donnaient lieu à des procès-verbaux descriptifs de l'état des biens, revenus, droits et bâtiments.

Les Souverains Pontifes avaient successivement accordé à l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem comme à beaucoup d'ordres religieux, le privilège de n'être point soumis à la juridiction et à la visite de l'Ordinaire. Nullum hebet episcopum præter Romanum Pontificem. Mais les ordonnances relatives aux choses spirituelles, administration des sacrements, réparation des églises, dont le commandeur avait la seigneurie spirituelle, étaient tellement rigoureuses, « qu'au moindre manquement d'ornements sacerdotaux, nappes, livres, croix, calices, custodes, fonts baptismaux, saintes huiles, couverture d'église, vitres, cloches et clochers, le tout est incontinent réparé aux propres dépens des grands prieurs, baillis et commandeurs, avec une obéissance très prompte suivie par ses effets, ce que ne pourraient faire les Prélats, parce qu'ils ne trouveraient personne pour leur obéir, et moins, effectuer leur ordonnance. » (Statuts de l'Ordre).
Voilà pourquoi nous trouverons l'église champêtre de Campagnolles très bien entretenue et pourvue, dès qu'elle sera livrée à un service régulier du culte.

Dans les premiers temps, la principale maison de la plupart des commanderies servait d'hôpital pour les pèlerins et les pauvres : c'était en quoi consistait d'ailleurs le but primordial de l'Ordre à Jérusalem, avant qu'il ne devînt militaire. La maison était habitée conventuellement par les frères profès et servants dont le chef avait le titre de præceptor, que l'on traduisit constamment par commandeur, du mot commendamus (nous vous recommandons ces biens, etc.) qui se trouvait inscrit dans leurs lettres de pouvoir. Il y avait même des sœurs, donates de l'Ordre, employées au service des pauvres de leur sexe, sous l'autorité du commandeur, en attendant, pour quelques-unes du moins, de pouvoir revêtir le manteau des Hospitalières Dans les chartes que nous rapportons, on lira que Pierre Boniza et sa femme se donnent aux frères et aux sœurs de l'Hôpital de Campagnolles ; Guillaume de Puisserguier donne sa viguerie de Milhau aux frères et aux sœurs. Et recherchant d'autres documents pour nous ôter l'idée qu'il ne s'agissait pas d'une clause de style, nous avons vu que dans une autre donation faite par Gilbert de Thémines et sa femme Aygline, d'un hôpital à Beaulieu en Quercy, déjà occupé par l'ordre de Saint-Jean, il est question de sœurs vivant avec les frères (fralibus et sororibus, qui ibidem nobiscum sunt) enfin dans la charte de donation et de réception de Pons de Saint-Gogato à Marseillan, nous trouvons parmi les témoins, après le nom des frères de l'Hôpital, celui de deux sœurs : Sicarde et Ricarde (12) (et duarum sororum, scilicet Sicarde et Ricarde).
12. A partir du XIVe siècle on ne trouve plus d'exemple de maisons de l'Ordre comprenant en même temps des religieux et des religieuses dans son personnel. Mais il y eût jusqu'à la Révolution des Dames Maltaises, religieuses chanoinesses vouées à l'éducation dans des monastères, à Toulouse et dans le Quercy.

En 1218, l'hôpital de Campagnolles est occupé par frères Guilhaume de Beaupuy, commandeur, Arnaud de Milhau et Pierre Gérald. Garsende Boniza, qui s'était inféodée à l'ordre, devait être appelée pour le service des femmes pauvres s'il s'en présentait, ce qui arrivait sans doute très rarement. Il est à supposer que l'exploitation du domaine était la principale occupation des Hospitaliers.
Quelque temps après leur survint une petite aventure qui vaut la peine d'être contée car elle nous montre le despotisme et le sans-gêne de certains officiers royaux de l'époque.
Un jour, le viguier de Béziers, Bernard Mabille, frappe à la porte du château de Campagnolles. Le portier lui ouvre et court prévenir de cette visite les frères qui étaient au réfectoire. Mais ceux-ci ne descendirent pas avant d'avoir terminé leur repas. De ce fait, colère du viguier, qui les condamne à payer, en raison de cette injure, 30 sous melgoriens (13), mouton gras et 1 bœuf.
13. 30 francs environ. Germain Etude sur les monnaies de Melgeuil.

Le viguier ne l'emporta pas en paradis, comme l'on dit vulgairement, et lorsque des enquêteurs vinrent en 1247 dans les bailliages et sénéchaussées, pour recueillir les doléances des habitants et pour « amender » au nom du roi les injustices commises par les officiers royaux, les hospitaliers ne manquèrent pas de porter plainte contre le sans-gêne du viguier royal (14).
14. Histoire de Languedoc, tome VIII, preuves col. 403. Bernardus Mabilis vicarus Biterris ; Bulletin, Ie s. IV, page 74.

Juridiction
Le commandeur possédait la juridiction haute, moyenne et basse dans le terroir de Campagnolles, en vertu de la donation de Roger II, vicomte de Béziers, et dans le lieu de Milhau par donation de Guilhaume de Puisserguier. Il avait la même juridiction, nous l'avons vu, en paréage avec le baron de Puisserguier, dans les terroirs de Saint-Jean de Cailhan et de Gajan. Cette juridiction s'étendait donc sur un territoire à peu près limité à l'est par Cazouls, au sud par Maureilhan et Ramejan, à l'ouest par Puisserguier et au nord par Cessenon, aujourd'hui, Cazedarnes, soit sur 940 hectares environ.
La haute juridiction consistait dans la justice civile et criminelle jusqu'à condamnation et exécution de mort inclusivement ; la moyenne en la connaissance de toutes actions civiles, réelles, personnelles et mixtes ; la basse dans la connaissance des droits dus au seigneur à raison des censes, directes, usages et rentes foncières, ainsi que des droits de lods et ventes au sixième denier, en cas d'aliénation et transport (1).
1. Le droit de lods et ventes, s'élevant à 16,66 pour 100, se percevait à peu de chose près sur les mêmes actes qui donnent lieu actuellement au droit de transcription, en vertu de la loi du 23 mars 1855, sur la transcription en matière hypothécaire. Sa perception nécessitait quelquefois, comme de nos jours le droit de transcription, l'intervention de la justice pour juger si tel ou tel acte devait ou ne devait pas supporter ces droits.

Certains historiens, sous l'influence de notre législation, ont essayé de déterminer le quantum de la compétence des diverses justices seigneuriales. Cette compétence variait suivant les coutumes, et dans chaque coutume suivant le pays. Les nombreux cas et les divers degrés d'appel devant les juges royaux atténuaient d'ailleurs considérablement les pouvoirs réels des juges seigneuriaux. La monarchie pouvait laisser subsister ces derniers sans danger.
Le seigneur justicier n'avait point l'exercice de la justice, car nul ne peut être juge en sa propre cause ; il devait nommer des officiers capables pour l'exercer et avoir prison au rez-de-chaussée, sûre et bien fermée.
Nous avons constaté l'état de la prison de Campagnolles.
A l'extérieur du château, à côté du portail d'entrée, se voyait fixé au mur, par une chaîne, le carcan ou collier de fer pour témoigner de la juridiction seigneuriale aux passants. Le commandeur choisissait ses juges, dont nous avons donné la liste, parmi les notables de Béziers. Leur pouvoir était limité par l'étendue restreinte de leur juridiction, il était très facile aux délinquants de s'y soustraire.

C'est ainsi que les Hospitaliers durent subir en 1705 une sorte de chantage faute de pouvoir le réprimer. Les fermiers, en effet, déposent à cette date : que le nommé Criston, dit Poulaille, a beaucoup de titres de la commanderie qu'il a pris quand le sieur Criston, son frère, était curé de Campagnolles, parce que M. le bailli de Lascaris se confiait à lui, qu'on peut recouvrer moyennant 10 pistoles ; que le sieur Pontesan, emphytéote de Campagnolles, a les actes qui justifient les limites et séparations du terroir de Campagnolles dans celui de Cazouls, qu'on peut avoir pour 10 pistoles ; que les héritiers du sieur Millau, notaire à Murviel, ont un registre de reconnaissances d'un fief à Pézenas, portant environ 40 setiers de rente annuelle, qu'ils offrent de rendre moyennant 30 pistoles.

Défense du château

Château de Campagnolles
Château de Campagnolles

Les Hospitaliers eurent à défendre le château de Campagnolles pendant les nombreuses luttes religieuses et politiques qui troublèrent le pays vers la fin du XVIe siècle. Catholiques et protestants plus ou moins sincères concluaient bien chaque printemps et chaque automne la « trêve de labourage », mais cette trêve ne durait pas longtemps et la bataille, l'incendie et le pillage recommençaient de plus belle. C'est à cette époque que nous plaçons la destruction du village de Campagnolles.

On connait les exploits du capitaine d'aventure Bacon, fils d'un maréchal ferrant de Pierrerue près Saint-Chinian. Sous ses ordres, les Réformés détruisirent en 1567 une partie des bâtiments de l'abbaye de Fontcaude, lesquels furent relevés peu après, pour être détruits une seconde fois en 1585 et réparés encore. L'Etat avait à compter avec lui: Catherine de Médicis, lors de sa tournée entreprise pour la pacification du Midi, écrivait de Béziers, au roi, son fils, qu'elle avait la satisfaction de lui annoncer que le terrible capitaine Bacon, qui tenait en appréhension toute la contrée, venait de désarmer moyennant un millier de livres et le journal de Charbonneau relate que le 25 juin 1584, le duc de Montmorency, revenant de Beaucaire et d'Alais, arriva à Béziers, où le capitaine Bacon, que l'on appelait M. de Brassac, leur vint faire la révérence.

Les Hospitaliers furent en ces conjonctures plus heureux que leurs voisins de Fontcaude soit que leur château fût plus difficile à prendre, soit que la horde des assiégeants fût moins nombreuse et moins bien armée, il suffit de 4 soldats bien équipés et des gens de la maison pour résister aux religionnaires, ainsi qu'en témoigne le certificat ci-après : « Pierre Boysson, licentié ez droictz, juge royal de Cazouls, a tous ceulx que ces presantes lettres verront salut. Comme aujourd'hui datte des presantes comparant pardevant nous frère Girard de Breton, dit Crilhon, commandeur de Saint Félix de Sorgue nous auroyt remonstré et requis luy voulloir faire sommaire prinse des soldats qui tient por la garde du château de Campaignolles luy ayant esté faict commandement de par monseigneur le duc de Montmorancy, premier maréchal et pair de France, gouverneur lieutenant général por sa majesté en languedoc de bien faire garder le dict chasteau de Campaignolles al hobeyssance de sa majesté disant ledict commandeur avoir tenu comme tient encores depuis qui fust en possession de la commanderie de Saint Félix, le nombre de quatre soldats por la garde dudit chasteau contre ceulx de la nouvelle religion disant qui paye tous les moys tant por la garde desdicts soldats que nourriture la somme de huit livres. Aussy nous a requis voulloir lui faire sommaire aprinse de la valleur et rente dudit Campaignolles. Et la mesme moy dict juges aurions prins Me Anthoyne Marguech notre greffier et notaire royal por escripre la presante attestation. Et la mesme avons faict venir pardevans nous Jehan Fain notre lieutenant de jeuge et licentié aage de 40 ans. Jehan Chamron bourgeois du lieu susdit aage de 43 ans, Antoine Salladin lavoreur de Campaignolles aage de 32 ans, Honnorat Monnier aage de 35 ans, Claude Chabrier tous deux lavoreurs, Estève Durand charpentier, Phelip Pinchinier prestre aage de 35 ans tous trois habitants de Cazouls, Hierosme Combes lavoreur aage de 40 ans de Cazouls, Jehan David couturier aage de 38 ans. Après luy avoir faict prester le serment lung apres lautre sur les saints evangilles de Dieu ont dict tout d'une mesme voix ce qui s'ensuyt. Et est chose tres veritable le scavoir pour l'avoir veu car l'occasion des guerres que sont au pays de languedoc brigandaiges et volleries que ledict Crilhon commandeur de Saint Félix a tousjours tenu por la garde du chasteau de Campaignolles le nombre de quatre soldats et sans cela les ennemys sen seroyent ja saysis. Auxquels donne il gaines un escu le moys a ung chacung sans y comprendre la vie pouldres cordes balles et chandelles que ledict seigneur commandeur faict fournir par son maistre d'hostel que peult valloir une foys de l'an tout ce que dépandent lesdicts soldats ace comprins les gaiges la somme de quatre cens livres (1.028 francs de notre monnaie) et cella ons veu faire audict seigneur commandeur depuis qu'entra en possession dudict Campaignolles jusques aujourdhui. Ont dict aussy d'une mesme voix que ledict Campaignolles peult valloir neuf cens livres (2.313 francs) audict seigneur commandeur a l'occasion du mesnagemens que lui faict faire. Et sy le voulloyt arrenter ne s'en trouveroyt pas tant. Et de tout ce dessus ledict seigneur commandeur de Crilhon nous auroyt requis acte et attestation luy estre octroyée par nous ce que aurions faict.
Faict à Cazouls le troisième mars mil cinq cent quatre vingt et sept. Nestant ledict heu de Cazouls loing que d'un cart de lieue dudict Campaignolles. Et en foy de, nous sommes soubsignés et avons faict signer les tesmoings qui savent escripre et les autres faict leurs marques et avons scellé du scel royal la présente attestation. » (Suivent les signatures et marques)

Les commandeurs séjournèrent fort peu à Campagnolles, car bien qu'il dussent en principe résider 5 ans dans les commanderies avant d'obtenir la dispense de résidence, le service de la religion qui avait pris en mains la défense de la chrétienté et de la civilisation les appelait sur d'autres champs. Aussi après avoir fait dans leur jeunesse l'apprentissage des armes par les caravanes, c'est-à dire par les expéditions contre les Turcs, étaient-ils obligés, une fois parvenus aux dignités, de retourner sur les galères ou sur leur île opposer leur cotes d'armes rouges si redoutées à l'envahissement de l'ennemi traditionnel. Des plumes autorisées ont dépeint leur courage et signalé leurs exploits. Qu'il nous suffise de rappeler qu'au siège de Rhodes de 1480, lequel dura plus de deux mois, aucune supplication ne put éloigner du combat le grand-maitre Pierre d'Aubusson couvert de sang par 5 blessures, et que les sœurs sortirent de leur monastère pour faire manœuvre aux assiégés Mahomet II, surnommé le « conquérant de Constantinople » venu avec 160 voiles et 100.000 hommes de combat, leva le siège en laissant 9.000 morts.
La commanderie fut donc livrée à un petit nombre de frères servants qui l'exploitaient pour le compte du commandeur. A partir du XVIIe siècle on l'afferma.
Ajoutons enfin que les commandeurs siégeaient aux Etats du Languedoc. A l'assemblée du 11 août 1269 tenue sous la présidence de Guillaume de Cohardon, sénéchal de Carcassonne, étaient convoqués avec les évêques et les abbés: les commandeurs de Capestang, de Campagnolles, de Narbonne pour l'Hôpital, et le commandeur de Peyriès du Temple.

Commanderie de Saint-Félix de Sorgues

Commanderie de Saint-Félix de Sorgues
Commanderie de Saint-Félix de Sorgues

Les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem qui, comme les Templiers, avaient des possessions importantes sur le Larzac, établirent à Saint-Félix de Sorgues le centre de leur commanderie. L'origine de celle-ci est inconnue, mais son existence est mentionnée dès le milieu du XIIe siècle. Nous allons en donner la consistance succincte, avec ses revenus et charges en 1774, en nous appliquant à signaler les églises et chapelles en partie détruites aujourd'hui et dont la connaissance est intéressante pour l'histoire locale.
Les baux étaient passés devant notaire, les fermiers payaient, en sus du prix, la congrue des curés, la rétribution des secondaires et diverses prestations en nature. Le commandeur se réservait les amendes et confiscations dans toutes ses juridictions. Ses revenus considérables lui permettaient de faire figure de grand seigneur, et l'on comprend que les familles nobles recherchassent, pour leurs enfants, t'entrée dans l'Ordre de Malte.
L'ancienne commanderie de Campagnolles constituait le membre le plus important de celle de Saint-Félix. Il était affermé, comme nous l'avons dit, au prix annuel de 10.500 livres.
Voici les autres membres : Saint-Félix-de-Sorgues
Saint-Félix — Pays et sénéchaussée de Rouergue, au diocèse de Vabre, à 2 lieues de Saint-Affrique, assis entre des montagnes dans un vallon, près la rivière de Sorgues ; ruines d'un grand château, jadis forteresse, détruit pendant les guerres de religion, église paroissiale Saint-Pierre-ès-liens desservie par un vicaire perpétuel et un secondaire, domaine, moulins, censive, affermé avec Dreuilhe, son annexe, 2.475 livres.
1154. — Transaction entre le commandeur de Saint-Félix et l'abbé de Sylvanès, au sujet de certaines dîmes.
1204. — Lubée de Brusque donne à l'Hôpital tous ses droits sur la ville de Saint-Félix.
1208. — Aiméric Alaman et ses frères donnent tous leurs droits sur le territoire de Saint-Félix depuis la paroisse de Saint-Amans jusqu'à celle de Verzols.
1459. — Le commandeur pour favoriser les foires qui se tiennent dans la ville de Saint-Félix accorde pour ces jours-là l'exemption des droits de leude, de péage et autres ; les marchands seront tenus de payer 3 deniers tournois pour droit de taulage.
1577. — Prise de Saint-Félix et pillage de la commanderie par les religionnaires.
1589. — Enquête faite par le juge royal de Sainte-Eulalie et de la Bastide sur les ravages commis dans le château de Saint-Félix et sur la destruction de l'église du lieu en 1577, etc.

Domus Hospitalis Dreuilhe
Département: Aveyron, Arrondissement: Millau, Canton: Saint-Félix-de-Sorgues, Commune: Gissac - 12

Domus Hospitalis Dreuilhe
Domus Hospitalis Dreuilhe

— Annexe de Saint-Félix, église détruite, sous le vocable de Saint-Jacques, dîmes, forêt de Ginestous, carnelage et justice.
1263. — Echange entre le commandeur et l'abbé de Joncels ; ce dernier cède l'église et la paroisse de Dreuilhe et en reçoit celle de Clapiers. Les deux membres affermés ensemble 2.475 livres.

Domus Hospitalis Saint-Caprazy
Département: Aveyron, Arrondissement: Millau, Canton et Commune: Saint-Félix-de-Sorgues - 12

Domus Hospitalis Saint-Caprazy
Domus Hospitalis Saint-Caprazy

— A un quart de lieue de Saint-Félix, église détruite sous le titre de Saint-Caprais, dîme et droits seigneuriaux, le tout affermé 1.850 livres.
1253. — Beg de Brusque donne la terre et la seigneurie qu'il avait à Saint-Caprazy et à Dreuilhe.

Domus Hospitalis Mascourbe
Département: Aveyron, Arrondissement: Millau, Canton et Commune: Saint-Félix-de-Sorgues - 12
— Métairie à demi-lieue de Saint-Félix, affermée 3.000 livres.

Domus Hospitalis Prugnes
Département: Aveyron, Arrondissement: Millau, Canton: Saint-Félix-de-Sorgues, Commune: Camarès - 12
— Métairie à une demi-lieue de Camarès, église paroissiale Sainte-Marie-Madeleine, desservie par un vicaire perpétuel, fief et champart.
1203. — Bernard Barnié, abbé de Joncels, vend au commandeur de Saint-Félix tous les droits que son couvent avait à Prugnes, au prix de 110 sous melgoriens.

Domus Hospitalis Faragous
Département: Aveyron, Arrondissement: Millau, Canton: Causses-Rougiers, Commune: Camarès - 12

Domus Hospitalis Faragous
Domus Hospitalis Faragous

— Annexe de Prugnes, église paroissiale desservie par le cure de Prugnes, maison et obits.
Les deux membres affermés ensemble 1.750 livres.

Domus Hospitalis Carnus
— Métairie dans la paroisse de Saint-Sever, affermée 485 livres.
1337. — Lettres patentes de Philippe VI, roi de France, prenant le commandeur de Saint-Félix sous sa sauvegarde et lui reconnaissant la juridiction du lieu de Carnus.
Il existe un Saint-Sever-du-Moustier, mais il n'y a pas de Carus
Il y a un lieu Carnus entre Barriac et Bezonne, près de Bozouls, mais pas de Saint-Server
Il existe un lieu Cornus dans la juridiction de Saint-Félix-de-Sorgues, mais pas de Saint-Sever


Domus Hospitalis Martrin
Département: Aveyron, Arrondissement: Millau, Canton: Coupiac - 12

Domus Hospitalis Martrin
Domus Hospitalis Martrin

— Seigneurie, église paroissiale sous le vocable de la Nativité de la Sainte-Vierge, avec chapellenie de Notre-Dame-du-Salut érigée dans l'église et dotée de plusieurs directes et censives, desservie par un vicaire perpétuel et un secondaire, château servant de résidence habituelle au commandeur, domaine et juridiction, affermé avec ses annexes 2.524 livres.
1241. — Guillaume de Combescure donne la dîme de la paroisse de Saint-Laurent de Martrin, située entre Curvalle et Coupiac.

Domus Hospitalis Saint-Clément
Département: Aveyron, Arrondissement: Millau, Canton: Coupiac - 12
— Chapelle détruite à 600 pas de Martrin, fondations annexées à la vicairie de Martrin.

Domus Hospitalis Saint-Laurent
Département: Aveyron, Arrondissement: Millau, Canton: Coupiac - 12

Domus Hospitalis Saint-Laurent
Domus Hospitalis Saint-Laurent

— Annexe de Martrin, à une lieue, église Saint-Laurent, martyr, droit de champart à la 8eme gerbe, censives.

Domus Hospitalis Férayrolles
Département: Tarn, Arrondissement: Albi, Commune: Trébas - 81

Domus Hospitalis Férayrolles
Domus Hospitalis Férayrolles

— Eglise sous le vocable de Saint-Mathieu, apôtre, desservie par le curé de Martrin, dîmes et moitié de juridiction

Domus Hospitalis Moussac
Département: Aveyron, Arrondissement: Millau, Canton: Causses-Rougiers, Commune: Coupiac - 12

Domus Hospitalis Moussac
Domus Hospitalis Moussac

— Métairie avec chapellenie, sous le vocable de Sainte-Catherine, desservie par le curé de la Bastide-Pradines (chapelain) pour le culte, et par le curé de Saint-Privat pour les sacrements, moyennant 6 setiers de blé à partager entre eux, et encore par le curé de Saint-Affrique pour l'administration des sacrements, moyennant 24 livres, affermé avec la cave de Roquefort ci-après 4.550 livres.
1182. — Pierre de Caylus donne par testament à l'Ordre de Saint-Jean tout ce qu'il avait au lieu de Moussac, ses droits sur la paroisse de Saint-Privat et la faculté de dépaissance pour les troupeaux dans tout le reste de ses terres.
1247. — Pierre de Saint Rome et Bérenger, son fils, vendent au commandeur le mas Houdonnenc, situé dans la paroisse Saint-Jean d'Alcapiès.

Domus Hospitalis Roquefort
Département: Aveyron, Arrondissement: Millau, Canton: Saint-Affrique, Commune: Roquefort-sur-Soulzon - 12

Domus Hospitalis Roquefort
Domus Hospitalis Roquefort

— Cave à fromage dans le village, rue des Caves.

Domus Hospitalis Nogairolles et Blanc
Département: Aveyron, Arrondissement: Millau, Canton: Causses-Rougiers, Commune: Peux-et-Couffouleux - 12

Domus Hospitalis Blanc
Domus Hospitalis Blanc

— Seigneurie à 3 lieues de Prugnes, église paroissiale Saint-Jean-Baptiste, prieuré desservi par un vicaire perpétuel, dîme et fondation de 12 livres, le tout s'élevant à une valeur annuelle de 912 livres, absorbé pour l'entretien du curé et de l'église.

Domus Hospitalis La Bastide-Pradines
Département: Aveyron, Arrondissement: Millau, Canton: Saint-Affrique - 12

Domus Hospitalis La Bastide-Pradines
Domus Hospitalis La Bastide-Pradines

— Eglise paroissiale sous le vocable de Saint-Etienne, desservie par un vicaire perpétuel, située dans l'enceinte du château, élevé sur une haute montagne, au bas de laquelle coule la rivière de Cernon château, grand domaine, four, moulins, dîmes, directes, champart, métairie à 500 pas du village, juridiction, affermé avec Saint-Pierre de Gourgas ci-après: 5.420 livres.
1221. — Henri, comte de Rodez, se dessaisit en faveur de l'Hôpital de ses droits sur la Bastide de Sauveterre ou de Pradines.
1438. — Prise du château de la Bastide par Guillaume Eralh, chevalier de l'Ordre d'Aubrac le sénéchal le fait restituer à l'Ordre Saint-Jean.

Domus Hospitalis Saint-Pierre de Gourgas
Département: Aveyron, Arrondissement: Millau, Canton: Saint-Affrique, Commune: La Bastide-Pradines - 12

Domus Hospitalis Saint-Pierre de Gourgas
Domus Hospitalis Saint-Pierre de Gourgas

— A demi-lieue de la Bastide où était autrefois l'église paroissiale interdite à cause de vétusté en 1654, réparée et livrée à nouveau au culte en 1774.

Domus Hospitalis Montagnol
Département: Aveyron, Arrondissement: Millau, Canton: Saint-Félix-de-Sorgues - 12

Domus Hospitalis Montagnol
Domus Hospitalis Montagnol

— A une lieue de Saint-Félix, 4e partie de juridiction, censes et directes.
1287. — Hugues de Montagnol donne les 3/4 de la terre de Montagnol.
1687. — Vincens de Forbin, commandeur, et Louis de Pascal, seigneur de Saint-Juéry, transigent au sujet de la juridiction de Montagnol, dont 1/4 est reconnu à l'Ordre Saint-Jean.

Domus Hospitalis Saint-Amans de Lieurac
Département: Aveyron, Arrondissement: Millau, Canton: Saint-Affrique - 12
— A une lieue de Saint-Affrique, église détruite de Saint-Amans, dîmes, censes et directes, le tout affermé avec les droits seigneuriaux de Verzofs, Saint-Affrique et Sainte-Catherine de Moussac, 1.127 livres.
Total des revenus de la commanderie en 1774.
33.681 livres.

Charges ordinaires :
Responsions — 1.167 livres, 3 sols.
Taxe des vaisseaux — 287 livres, 7 sols, 2 deniers.
Capitation — 395 livres, 16 sols, 7 deniers.
Décimes — 353 livres, 16 sols, 11 deniers.
Ier vingtième — 533 livres, 13 sols, 5 deniers.
2e vingtième — 433 livres, 14 sols, 5 deniers.
Caisse commune — 281 livres, 14 sols, 8 deniers.
Archivaire — 11 livres, 3 sols, 10 deniers.

Total. — 3.211 livres, 10 sols, 0 deniers.
Report — 3.211 livres, 10 sols, 0 deniers.
Pensions servies à divers chevaliers ou prêtres conventuels — 4.192 livres, 5 sols, 5 deniers.

Charges locales.
Au curé de Saint-Félix pour supplément de congrue et de luminaire — 165 livres.
Au curé de Campagnolles pour gratification et menues dépenses — 50 livres.
Au garde de Campagnolles pour ses gages — 300 livres.
Au curé de Prugnes et Faragous pour menues dépenses — 30 livres.
Au curé de Martrin pour menues dépenses et luminaire — 74 livres.
Totalité des charges — 8.020 livres, 15 sols, 15 deniers.
Déduites du revenu il reste de clair et de net au commandeur — 25.658 livres, 4 sols, 7 denier.
Preuve du calcul — 33.681 livres.

En 1540 on pouvait affermer la commanderie pour — 1.800 livres.
En 1613 le revenu brut s'élève à — 7.835 livres.
Les charges sont de — 3.496 livres.
En 1696, le revenu brut est de — 12.074 livres.

Restauration de la paroisse de Campagnolles.
Il est à présumer que la paroisse de Campagnolles existait avant l'arrivée des Hospitaliers (15).
15. L'histoire de la paroisse est écrite sur les renseignements puisés dans les procès-verbaux de visites existant dans le fonds de Malte aux archives du département des Bouches-du-Rhône.

Les moyens de transport étant plus lents ou faisant défaut, et la foi plus vive, on établissait primitivement des églises sur les domaines ruraux, afin de rendre facile aux cultivateurs l'accomplissement de leurs devoirs religieux, en leur évitant des déplacements et par suite une perte de temps. Ce fut l'origine si souvent retracée des paroisses rurales. Ailleurs, l'église demeurait une simple chapelle de dévotion ou un lieu de pèlerinage où l'on célébrait la messe dans l'une, de temps à autre dans l'autre, le jour de la fête du saint.
C'est ainsi qu'on comptait près d'une douzaine de ces églises, échelonnées aux alentours de Cazouls, lesquelles ont disparu dans la succession des temps. La plupart de leurs noms ont paru au début de cette histoire : Notre-Dame d'Adeilhan, Sainte-Foy, Saint-Martin de Thézanel, Saint-Sébastien de Savignac, Saint Hippolyte de Mairan ; dans la juridiction de l'Hôpital Saint-André de Campagnolles, Saint Pierre de Polignan, Sainte-Agathe ; et confinant à cette juridiction: Saint-Martin du Puy, Saint-Jean de Caillan, Notre Dame de Gajan et probablement Sainte-Madeleine d'Estrussiac.

Souvent l'église était incluse dans un fief et donnait son nom au territoire compris dans la juridiction de ce fief, ce qui ne veut pas dire que le seigneur en eût la justice, puisque suivant le brocart de droit féodal, si méconnu d'ailleurs en fait: « Fief et justice n'ont rien de commun. »

Quand la paroisse n'était pas directement fondée par l'évêque, le propriétaire érigeant une église ou donnant le terrain pour sa construction, en devenait le patron laïque avec droit de collation du desservant, appelé vicaire perpétuel, tandis que le patron, quand celui-ci était du moins un ordre religieux, un chapitre, prenait le titre de curé primitif ou de seigneur spirituel. Mais le vicaire perpétuel pourvu par le patron ne pouvait exercer son ministère qu'après avoir obtenu de l'évêque du diocèse, son forma dignum.

Les auteurs de la Gallia christiana et après eux, Fisquet, dans la France pontificale, rapportent que sous l'épisopat de Bertrand II de Maumont, évêque de Béziers, le pape Jean XXIII par une bulle de l'an IV de son pontificat (1413), avait supprimé la chapelle rurale de « Campagnolles » et uni à perpétuité ses rentes et revenus à la préceptorie de l'église de Béziers. Et notre regretté confrère, M. Sabatier, qui n'avait sous les yeux que le sommaire de la bulle publié par la Gallia, identifiait, dans son étude sur Cazouls-lès-Béziers, parue dans le tome 3 de la 1e série du Bulletin de la Société Archéologique, la chapelle supprimée avec celle de Campagnolles, près Cazouls.

Or, cette suppression faite sans l'assentiment des Hospitaliers allait à l'encontre de tous leurs droits. En outre, pour que l'église de Campagnolles redevint-paroisse, comme elle le fût deux siècles après, il fallait que le chapitre de Béziers eût consenti à disjoindre de sa mense les revenus de la chapelle supprimée, ou bien qu'il en assurât lui-même le service, ce qui n'avait pas lieu.

Nous avons donc demandé aux archives du Vatican une expédition de cette bulle, dont nous donnons ci-dessous un extrait littéral, (16) et de l'étude du texte il résulte que la suppression dont il s'agit ne s'applique pas à l'église de Campagnolles près Cazouls-lès-Béziers.
16. — Bulle en latin

En effet, on dit que la chapelle supprimée, appelée vicairie du précepteur ou Campagnolle, est à une demi-lieue environ de Béziers, tandis que Campagnolles près Cazouls en était à deux bonnes lieues ; que c'est une vicairie dans terroir ou la dîmerie du précepteur de l'église de Béziers auquel appartient la collation du vicaire, tandis que l'autre était dans le domaine, franc de toute dime ecclésiastique, des Hospitaliers, avec le droit de collation du curé. Nous constatons, en effet, qu'à une époque presque contemporaine (1429), le grand prieur Bertrand d'Arpajon pourvoit d'un chapelain, qui en manque, la commanderie du dit lieu.

Enfin, raison insuffisante sans doute, l'orthographe du nom diffère : Campahola, dans la bulle c'est Campaniolis ou Campanholis dans tous les autres actes du XIIe au XVIIe siècle.

Cette suppression ne s'appliquerait-elle pas plutôt à une vicairie sise dans le domaine de Saint-Michel de Campagnan, que, par diminutif, on aurait appelée Campagnole. Ce domaine, donné en 972 à l'école du chapitre de l'église Saint-Nazaire de Béziers ; était bien dans la mense du précepteur et à une demi-lieue environ de Béziers. Plus tard il prit du chef de l'école du chapitre le nom de Capiscol. Sa chapelle, que nous retrouvons sous le vocable de Saint Saturnin, serait de grange, lorsque Clément de Bonsy, évêque de Béziers, en fit la visite le 12 juillet 1633.

Un procès-verbal de visite de 1540 constate encore que l'église de Campagnolles est paroissiale et que le commandeur paie « au religieux qui sert l'esglise tant pour se habiller que pour ses gaiges 46 livres. »

L'an 1501, le commandeur présente frère Raymond Villeneuve à la cure de Campagnolles et, en 1557, celui-ci fait une procuration pour résigner la dite cure ès-mains du commandeur.

Il semble donc que la paroisse ait subsisté jusqu'au milieu du XVIe siécte, c'est-à-dire jusqu'aux guerres de religion. Ce ne sera que cent ans après, en 1662, qu'aura lieu sa restauration.

Nous savons que le château de Campagnolles résista aux religionnaires, mais il est fort possible que ceux-ci se soient vengés de cette résistance sur les habitations environnantes. Quoiqu'il en soit, que le village ait été ruiné par les guerres civiles, abandonné par les habitants pour leur sécurité ou leur commodité, ou peut-être encore entièrement incorporé au domaine des Hospitaliers par acquisitions ou donations, toujours est-il que la paroisse n'existait plus en fait et que l'église se délabrait dès le commencement du XVIIe siècle.
A partir de cette époque, sur l'instigation d'Anne de Naberat, prieur de Saint-Jean d'Aix, homme très distingué et habile, les commanderies furent visitées régulièrement, à intervalles éloignés d'abord, plus rapprochés dans la suite.
Les procès-verbaux de ces visites font ressortir le délabrement et les améliorations successives de l'église ainsi que le relèvement de la paroisse.

En 1613, les visiteurs constatent « que l'esglise autres fois parrochialle a 3 longues fenestres sans grilles, ny vitres ny portes. Et ne se dit la messe que rarement 2 ou fois l'année que les rentiers la font dire pour leur dévotion et ny a custode, réserve, ciboyre ni autre chose ; Ils trouvent : « le vase de pierre pour tenir les fonts baptismaulx tout rompu », et comme ornements « un calice d'argent avec sa pattene de la valeur de dix escus ou environ ou sont les armes du frère Saint de Crillon, commandeur de Saint-Félix ; plus une double croix couverte de lames d'argent doré de la longueur d'un palme, une nappe, une paire de corporaulx, un viel missel qui n'est du concille, une aulbe neufve avec son amict, item une chasuble de camelot rouge vieille, usée, avec son estolle de mesme, une pierre sacrée, un clocher a deux cloches qui sont sur la voulte sans estre montées ny ne peuvent servir. »

En 1635, « que l'esglise n'est qu'une chapelle pour l'usage du st commandeur, laquelle est voutée avec de belles arcades, de la longueur de 14 cannes et de 4 de large dans oeuvre ayant un autel de pierre soustenu par pilliers sans tableau ni pierre sacrée et aux deux costés de la nef avons treuvé deux autels de pierre par terre et desmolis. »
« En laquelle chapelle le sr moderne commandeur fait dire la messe tous les dimanches et festes de commandement donnant pour cest effaict 12 cestiers froment et 40 livres argent. »
Comme on le voit de 1613 à 1635, l'embryon, si l'on peut dire, de la paroisse, se dessine par la fréquence de la célébration du service divin.
De 1633 à 1634, l'évêque de Béziers, Clément de Bonsy, visite les églises de son diocèse. Malgré les privilèges exemptant les Hospitaliers de la juridiction de l'Ordinaire, l'évêque va visiter l'église de Campagnolles et réclame au fermier 4 écus pour le droit de visite. Le fermier s'étant plaint aux visiteurs qui passèrent en 1635, ceux-ci lui interdisent de payer cette somme pour sauvegarder le principe et en font mention dans leur procès-verbal, en ces termes.
« Nous a remonstré le sieur Fabre rentier que le sr evesque de Beziers, fesant sa visite en la chapelle, prisme le sr moderne commandeur. L'auroit condempué payer quatre escus pour le droit de visite nonobstant les remonstrances du sr moderne commandeur. Ayant veu et considéré que c'estoit contre nos privilléges primitifs et franchises avons enjoint au Sr Fabre rentier de ne payer sans l'avis du sr commandeur pour n'introduire un abus contre nos privillèges. »
Par les soins du commandeur Jacques de Glandevès-Cuges, l'église de Campagnolles est pourvue d'une sacristie, et plus décemment aménagée en vue du service régulier qui s'y faisait les dimanches et jours de fête, lequel ne devait pas tarder à être assuré quotidiennement par la nomination d'un curé titulaire.
Dès 1648, en effet, on trouve un vicaire perpétuel en titre à l'église. Me Criston, notaire à Cazouls et viguier de la commanderie, avait obtenu du dit commandeur de Glandevès-Cuges des lettres de provision en faveur de son fils, M. Jacques Criston, prêtre, pour faire le service de la dite église avec une pension de 25 setiers de blé froment et de 100 livres argent, ce qui équivalait à 250 livres, très bonne pension pour cette époque où les curés touchaient en moyenne 300 livres au nord de la Loire et 200 livres au sud de la Loire. (Archives nationales)

Les visiteurs de 1648 et de plus fort ceux de 1657 refusent d'approuver cet état de choses nouveau qui créait une charge pour la commanderie, et ces derniers demandent la révocation du vicaire installé à Campagnolles, ainsi que du viguier Criston, son père.

Voici en quels termes, curieux par les détails, sont relatées la visite de l'église et ces protestations dans le procès-verbal de 1657 : « Le dit membre consiste en une esglise dédiée souls le tiltre de Saint-André laquelle estoit antiennement parroisse Ihors qu'ily avoit d'habitants audit Campagnolles estant joignant le chasteau ou seroit veu Me Jacques Criston prebstre, soydisant vicaire perpétuel d'icelle que nous aurions trouvé dans la terre dudit membre avec un fuzil et des chiens estant à la chasse quoy qu'il ne fist que sortir de l'autel de célébrer la sainte messe. L'aurions requis qu'il ayt à nous faire veoir et visiter ladite esglise ses relliques et ornements, qui la prouveu de ladite vicairie, avec quelle pansion et à quoy il est obligé.

« A quoy auroit respondu estre prest sattisfaire. »
« Et ayant fait nostre oraison et fait visite du Maître autel qu'avons trouvé orné d'une pierre sacrée, deux napes, sans tableau ni autres ornements quoy que par la précédente visite en feust ordonné. »
Suit l'inventaire des ornements le tout en très pauvre « estat. »
« Pour ladite esglise est toute voûtée et bien couverte fermant avec sa porte, et tire quatorze cannes de long et quatre de large y ayant au derrière de l'autel une sacristie faite avec une separation de plastre très comodement avec sa porte, estant tres necessaire mestre du trelis de fer aux fenestres et les vitres pour empecher que certains oiseaux qui y entrent la nuit ni fassent tout plain d'immondices salletés comme ils font notamment sur l'autel. »
« Pour des fonts baptismaux et saintes huiles ni en a point n'y ayant aulcuns parroissien »
« Et nous a dit ledit Me Criston que feu Monsieur le commandeur de Cuges l'avoit prouveu de ladite vicairie nous ayant fait aparoir d'un certain prethandu tiltre que nous n'avons point voulu apreuver pour les raisons que nous dirons dans nostre ordonnance, par lequel est accordé audit Me Criston prebstre vingt cinq cestiers bled froment et cent livres d'argent annuellement quoy qu'il ne serve qu'à dire messe pour la comodité du chasteau, dimanches et festes de commandement. »
« Audessus de ladite esglise est un clocher fait à deux fenestres qui est couvert ou y a deux cloches dont l'une est rompue. »
Le commandeur de Saint-Félix était alors le bailli de Lascaris-Castelar, résidant en couvent à Malte, lequel avait affermé toute sa commanderie au chevalier François Paul de Béon-Cazaux, commandeur d'Arceins, moyennant 15.000 livres de rente. Celui-ci avait baillé le membre de Campagnolles avec la métairie de Milhau, aux sieurs Bertholain et Guillaume Combes, frères, de Cazouls, au prix de 5.000 livres de rente, quittes du service de l'église.

La famille Criston était en pied dans la place, puisque le commandeur avait Me Raymond Criston, notaire et père du prêtre, pour viguier, Me Antoine Criston pour procureur juridictionnel, Me François Criston pour greffier. Me Criston, notaire et viguier, ayant été congédié comme fermier, conservait du ressentiment à l'égard de l'Ordre. Il voulait aussi lui forcer la main en faveur de son fils. Pour ces causes, Me Criston cherchait à nuire à la Religion par toutes sortes de moyens. C'est ainsi que, possédant en son ex-qualité de fermier les terriers des reconnaissances féodales, il refuse de les rendre, prétendant ne pas les avoir en sa possession. Il est accusé d'avoir surpris la bonne foi de feu le commandeur de Giandevès-Cuges pour lui extorquer le titre de vicaire perpétuel et la pension de son fils ; d'avoir détourné un fief à son profit ; d'avoir réduit le cens de plusieurs censitaires enfin de refuser de payer lui-même le cens qu'il doit à raison de ses biens.
C'est à porter remède à toutes ces dégradations que s'appliquent les visiteurs de 1657 par leurs ordonnances, dont voici un extrait :

« Nous frères François de Ratte Cambous, chevalier de l'ordre Saint-Jean de Jérusalem, commandeur de Gapfrancès et Pierre Chaillan, prestre religieux conventuet du dit ordre, capiscol en l'esglise collegiale de Saint Jean de Saint-Gilles, commissaires et visiteurs généraux des commanderies dépendantes du grand prieuré de Saint Gilles, suivant la commission et autorité à nous octroyer tant de la part d'illustrissime seigneur frère Pol Albert de Forbin-Bonneval, conseiller du roy en ses conseils d'Etat et privé, grand prieur de Saint-Gilles, que par les statuts et ordinations capitulaires de nostre ordre et en vertu de sainte obédience:
Avons ordonné à Monsieur l'illustrissime baillif frère Jean Pol de Lascaris Castellar, commandeur moderne de la commanderie de Saint-Félix, ce qui s'ensuit: Touchant le membre de Campagnotes ayant trouvé que, Me Jacques Criston, prebstre du lieu de Cazouls se trouve, prouveu par feu Monsieur le commandeur de Cujes d'un, tiltre de vicaire perpétuel de l'esglise dudit membre lequel ne peut qu'avoir esté escroqué par surprise de l'adresse de Me Criston notaire et viguier dudit membre, son père, avec clause de prandre annuellement pour le service vingt cinq cestiers bled fromant et cent livres en argent ce que ledit frère sieur commandeur ne pourrait faire en aulcune fasson, ainsi de faire servir ladite esglise par un prebstre annuel de tant mieux qui ne luy aparaissoit point par aulcune visite auparavant la jouissance que ledit service se baillat a perpétuité ni avec tel entretien qui surcharge ladite commanderie. Aussi lhors de la précédante visite ayant vouleu exhiber le mesme tiltre à Messieurs les commissaires ils ne voulurent pas l'apreuver, et d'autant que ceste possession pourroit estre un jour nuisible aux sieurs commandeurs successeurs, avons enjoint audit seigneur baillif de faire servir ladite esglise par un prebstre à temps avec honneste sallaire n'estant icelle que pour la comodité du chasteau et non point parroisse ni ayant aulcuns habitants à qui faille administrer les sacrements. A ces fins que à sa diligence ledit M. Criston, désistera et ne se qualifiera plus dudit tiltre de vicaire en icelle comme injustement prouveu et par surprise, faisant, inhibitions et deffenses aux sieurs Barthollain et Guillaume Combes frères, fermiers dudit membre, de payer ledit M. Criston de ladite pension à l'advenir à peyne d'en respondre et réitérer payement, déclairons les susdits provisions nulles et invallables, deffandons tres expressement audit seigneur baillif ses successeurs d'en donner de semblables à peyne de mesme nullité, et à tout ce dessus ordonnons au sieur Bertuel de la ville de Béziers son juge et procureur d'y tenir la main et que au plus tôt soit exécuté.
Encorés ordonnons audit seigneur baillif d'orner ladite esglise d'un tableau et image Saint-André, titulaire d'icelle ornée de son cadre bien et demeurant, plus de trois napes d'autel, d'une aube amic et cordon, d'un missel, d'un devant d'autel cuir doré, d'une chasuble noire et une avec colleurs meslées n'en ayant point à pouvoir plus servir pour estre mal soignées et fere fere un coffre pour fermer le tout dans le chasteau. De plus lui ordonnons de faire mettre un ciel sur l'autel pour le deffendre des immondices qui y tombent et faire fermer les trous des fenestres avec du fil de fer pour esviter les oiseaux n'entrent la nuit y fezant tout plain de salletés. Et que le tout soit au plus tôt sans le differer attandu ce de quoy s'agit, enjoignant tres expressement audit sieur Bertuel d'y tenir la main.
Est par advis audit seigneur baillif que quoy que par la précédante visite dudit membre de Campagnolles conste et soit certain que ledit M. Criston notaire et viguier ayt fait déclaration aux sieurs commissaires qu'il avait a son pouvoir deux libvres des recognoissances des directes d'icelluy et mesme qu'il les exhiba dont l'un commence etc... Neantmoings nous avons cognu et trouvé ledit M. Criston dans le dessaing pernicieux de les faire perdre en haine de ce qu'il n'a plus part à l'afferme. Mais il fault qu'il se trouve ne le pouvant esviter sa déclaration estant trop que suffisante. C'est pourquoy ordonnons audit sieur Bertuel mettre en instance ledit Criston au plus tôt pour avoir restitution desdits libvres et le poursuivre sans rellarge par toutes les voyes raisonables au nom dudit seigneur baillif son principal n'estant point juste que ledit M. Criston en demeure plus long temps saisi, n'ayant d'autres intentions que de courir à la perte et ruyne des biens de nostre ordre, ce qu'il fault esviter.

Ayant en outre appris que pendant le maniement que ledit M. Criston a heu desdites directes si est fait beaucoup de friponeries, entre autres que etc... Suit l'énumération des friponneries dont nous avons donné le résumé.
Par toutes ses raisons ne trouvant pas juste que ledit Criston possède plus la charge et qualité de viguier pour ledit seigneur baillif audit Campagnolles s'en estant rendu indigne par ses conspirations au détrimant et ruyne du bien de nostre ordre, l'avons des maintenant destitué de ladite charge de viguier avec deffenses ne se le qualiffier plus apeyne de faux, ordonnons audit seigneur baillif d'y prouvoir au plutost. Et néanmoings sur tout ce dessus et circonstances se prouvoir criminellement contre ledit M. Criston ou aviser ainsin que sera à faire par raison etc...

La nouvelle paroisse
Cependant le notaire Criston et son fils, si malmenés par l'ordonnance qui précède, ne se tinrent pas pour battus. Par ses fonctions, la famille jouissait naturellement d'une certaine influence dans le pays: elle en usa. Pourvu de la cure de Campagnolles, M. Jacques Criston veut la garder. Il obtient que les métayers de dix métairies environnantes se disent paroissiens de Campagnolles, usent de l'église et du curé de Campagnolles pour l'administration des sacrements et pour l'exercice de leurs devoirs religieux, et payent à cet effet la dîme au commandeur.
La dime des blés, vins, huiles, foins et autres menus grains, et surtout le droit de parraconage, consistant dans le dixième de la laine et des agneaux, et valant à lui seul, au dire du curé Criston, environ 500 livres par communes années, constituaient un bénéfice pour la commanderie.
Il déclare que si le prêtre de Campagnolles ne remplit pas les fonctions de curé et n'administre pas les sacrements aux dits métayers et à leurs domestiques, ils refuseront de payer la dîme.
C'est à la ténacité et à l'habileté du curé Jacques Criston que l'on dut la restauration de la paroisse.
Le 15 juin 1662, il obtient du commandeur de Saint-Félix, frère Jean Paul de Lascaiis Castelar, bailli de l'ordre, de nouvelles lettres de provision, malgré toutes les défenses des précédents visiteurs, en acceptant toutefois que sa pension primitive de cent livres en argent et 25 setiers de blé, ce qui valait environ 250 livres, soit réduite à 120 livres.
L'église est réparée et ornée suivant les prescriptions de la dernière ordonnance.
De sorte qu'il se crée une situation de fait très favorable au but poursuivi par Jacques Criston, de faire reconnaître par l'Ordre la nouvelle paroisse de Campagnolles.
C'est en présence de cette situation que se trouvèrent les visiteurs subséquents de la commanderie. La visite générale suivante eut lieu en 1669. C'est le grand prieur de Saint Gilles en personne, frère jean d'Arpajon, conseiller du roi en ses conseils d'Etat et privé, assisté de frère Jean Dom, prêtre, religieux d'obédience et collégial de la maison prieurale de Saint-Gilles, et de Me Raymond Flotard, notaire royal du lieu de Saint-Jean d'Alcas au diocèse de Vabre en Rouergue, comme secrétaire, qui procédèrent à cette visite. Le procès-verbal qui en fut dressé dit connaître la consistance de la commanderie et de la paroisse.
Nous en donnons un extrait à la suite de cette histoire à titre documentaire.
La nouvelle paroisse comprenait en plus de Campagnolles
1° La Prade, appartenant à Me Jean de Bertuel, avocat, du roi au sénéchal de Béziers et actuellement à M. François Vidai, de Cazouls.
2° Trois métairies au lieu de Santa Fé, dont deux à la famille Criston, et l'autre a la veuve Puech. Ces trois métairies, tout à fait au nord de Cazouls, près de Savignac, étaient fort éloignées de Campagnolles. Leur rattachement à cette paroisse s'explique par le fait que leurs propriétaires s'employaient à favoriser le dessein de leur parent, le curé Criston. Le domaine de Santa-Fé appartient encore à plusieurs copropriétaires.
3° Six métairies, contiguës l'une à l'autre par leur terroir, dans le tènement d'Espinasse, appartenant à Pierre Belmon, veuve Jean Martin, Martel, Antoine Fourcat, celle-ci appelée la grange des Fourcats, Paul Courbière et Portesan, de Capestang. Ces métairies paraissent avoir formé l'important domaine de Pignasse, figurant sur la carte, tout près de Campagnolles, propriété actuelle de M. Delacour, héritier de M. Lugagne, de Béziers.
Toutes, au dire du curé, étaient bien peuplées et faisaient « un assez grand et notable nombre et quantité de paroissiens. »
Sans l'approuver, pour ne pas contredire les précédentes, ordonnances, les visiteurs de 1669 laissent acquis cet état de choses qui ne fut emporté que par la tourmente révolutionnaire.
Pièces justicières
Sources: P. Cassan, notaire honoraire. Bulletin de la Société archéologique, scientifique et littéraire de Béziers, Troisième série, tome IX, volume XLI de la collection, pages 4 à 95. Beziers 1911. - Bnf

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