Les études hospitalières

La Chapelle de Moussy (membre de la commanderie de Genevois)
Département: Haute-Savoie, Arrondissement: Bonneville, Canton: La Roche-sur-Foron, commuen de Cornier — 74

Chapelle de Moussy
Localisation de la chapelle de Moussy

Le prieuré d'Auvergne (1) de l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem s'étendait, d'ouest en est, au-delà de l'Auvergne proprement dite, grosso modo du Limousin au Simplon. Une importante commanderie, celle du Genevois dont le siège était à Compesières (2), couvrait une notable partie de la Haute-Savoie et du canton de Genève. Parmi les « membres » de cet établissement, se trouvait Moussy, aujourd'hui petit hameau sur la commune de Cornier (3). Siège d'un des domaines agricoles dépendant de Compesières, Moussy possédait une chapelle, dont les descriptions lors des visites des membres de l'ordre inspectant les établissements à partir du XVIe siècle, confirment sa dévolution au culte, bien qu'à la fin de l'Ancien Régime certains membres de l'ordre de Malte aient songé à la supprimer. Il n'en fut heureusement rien.

La présence d'une chapelle, d'apparence très ancienne, dans un domaine ne semblant avoir jamais connu de véritable période d'autonomie, montre bien, s'il en était besoin, que ce n'était pas qu'au chef-lieu des commanderies que l'on trouvait des oratoires, les Hospitaliers ayant fait construire, ayant entretenu — voire leur ayant apporté des compléments nouveaux — des édifices destinés à la célébration des offices religieux sur le site de domaines à vocation agricole souvent éloignés du logis du commandeur.

Chapelle-de-Moussy
Chapelle-de-Moussy — Sources: vue du nord-ouest. Cl.: J.-B. de Vaivre

Il est certain que la chapelle de Moussy (figure 1
Chapelle-de-Moussy, vue du nord-ouest.
) n'a pas été, comme cela a été souvent écrit, construite par les Templiers4.Les biens dévolus aux Hospitaliers après la suppression du Temple sont en effet connus, comme La Sauveté (5), située d'ailleurs à proximité, et Moussy ne figure pas sur cette liste. D'autre part, est conservé un acte, passé le jeudi huitième jour après Pâques en 1277, acte de reconnaissance de Luiset de Montagnier dit homme de l'hospital de Mussi en faveur d'Aymon, comte de Genève (6). Cela étant, les chartes et documents antérieurs au XVIIe siècle concernant Moussy, simple membre de la commanderie de Genevois, sont plutôt rares. A compter de 1642, année où intervint une inspection de Moussy, dont le compte rendu est conservé, par les visiteurs de l'ordre, on possède une série de rapports permettant de connaître l'évolution de l'état de l'édifice (7).

Celui-ci n'est curieusement pas liturgiquement orienté. L'axe de cette chapelle est en effet nord-ouest/sud-est, sans doute en raison d'une nette déclivité du terrain au levant. Son aspect extérieur montre que l'édifice se compose de deux éléments construits à des époques distinctes mais d'un même type de matériau, la molasse, grès tendre à ciment calcaire. Le plan et les coupes nord-sud et est-ouest sont ici donnés d'après les relevés de Sylvie Bocquet et Sébastien Talour (figure 2
Chapelle-de-Moussy, Plan de la chapelle. Relevé : S. Bocquet et S.Talour
, figure 3
Chapelle-de-Moussy, Coupe nord/sud. Relevé : S. Bocquet et S.Talour
, et figure 4
Chapelle-de-Moussy, Coupe est/ouest. Relevé : S. Bocquet et S.Talour
). Une nef romane est percée, au mur pignon septentrional, d'un portail axial en plein cintre. Les faces est et ouest sont, chacune, épaulées par trois contreforts d'un calcaire plus dur, manifestement édifiés postérieurement à la nef. Des arcatures courent sur les gouttereaux, surmontées d'une corniche et supportées par des modillons, sculptés de motifs géométriques, végétaux voire parfois anthropomorphiques dont Blavignac, qui les avaient relevés avant 1850 c'est-à-dire à une époque où ces éléments du décor roman étaient plus lisibles, a donné la représentation (figure 5
Chapelle-de-Moussy, Détail de quelques modillons romans relevés par Blavignac au milieu du XIXe siècle
). Ces arcatures se poursuivent au mur pignon nord, qui mesure 9,90 m de large sur 7,90 de haut (figure 6
Chapelle-de-Moussy, Façade nord.
). Leur disposition montre bien que l'aspect actuel de la façade de l'édifice est fort différent de celui voulu initialement par le maître d'œuvre. La toiture a en effet été modifiée lorsque, après l'écroulement de la voûte primitive de tuf en berceau, dont avaient subsisté quelque temps les premiers voussoirs (8). On remplaça alors la couverture de l'édifice par un plancher, arasant le pignon à rampants de la façade, obstruant la plus grande partie de la rose éclairant la nef (figure 7
Chapelle-de-Moussy, Détail de l'ancienne rose.
), ne laissant qu'une petite ouverture rectangulaire aux arêtes chanfreinées dont le linteau comporte un écu orné de la croix de Malte et qui accuse les dernières années du XVe siècle (9).

Chapelle-de-Moussy
Coupe est/ouest — Sources: Relevé: S. Bocquet et S. Talour.

Chapelle-de-Moussy
FIG. 6. — Façade nord. — Sources: Cl.: J.-B. de Vaivre.

Chapelle-de-Moussy
FIG. 7. — Détail de l'ancienne rose — Sources: Cl.: J.-B. de Vaivre.

Le portail (figure 8
Chapelle-de-Moussy, Portail.
) est en plein cintre, encadré de quatre colonnes aux chapiteaux ornés de motifs végétaux et dont le tailloir carré est creusé sur chaque face de deux gorges (figure 9
Chapelle-de-Moussy, Chapiteaux est du portail.
). Les impostes se composent d'un cavet surmonté d'un boudin encadré de deux filets. Les bases, à deux tores encadrant une scotie, possèdent une agrafe recouverte d'une feuille. Les piédroits de la porte sont surmontés d'un corbeau à palmettes portant chacun trois cannelures. Le tympan plat était polychrome car subsistent des traces ocre, ivoire et noire. L'archivolte présente deux ressauts correspondant au plan des tailloirs. L'ensemble se dégage d'un massif rectangulaire (figure 10
Chapelle-de-Moussy, Portail se dégageant d'un massif rectangulaire.
) de 4 m de haut sur 3,20 de large, couronné par une corniche formée d'un quart de rond à billettes et d'un larmier en talus. Au-dessus, trois corbeaux supportaient le toit d'un porche, attesté par des textes du XVIIIe siècle, couvert en tavaillons, qui a permis, durant des siècles, la bonne conservation de ce portail qui, depuis sa disparition, ne cesse de se dégrader. On notera que la disposition du portail dans un massif est analogue à celle de la chapelle des Hospitaliers de Saint-Jean des Près à Montbrison (figure 11
Chapelle-de-Moussy, Portail de la chapelle de la commanderie de Saint-Jean des Prés à Montbrison. Etat actuel.
).

Chapelle-de-Moussy
FIG. 8. — Portail. — Sources: Cl.: J.-B. de Vaivre.

Des murs gouttereaux, on se bornera à indiquer qu'ils étaient percés de fenêtres ébrasées dont l'extrados est contourné par un cordon. Il a été dit que les contreforts étaient très postérieurs à la nef (figure 12
Face est de la chapelle de Moussy.
). Le biseau de leur base est en effet plus élevé que celui des murs; leur talus cache certains modillons, l'un de ceux du nord obstrue en partie la porte romane latérale et d'autres enfin sont appuyés sur le mur gothique.

Fut en effet ultérieurement ajoutée à la nef romane, et cela au sud (figure 13
Chapelle-de-Moussy, Face sud. Etat en 1989.
), une seconde construction, de 7 m sur 5,60 m, recouverte d'une voûte d'arêtes en tuf appareillé sur croisée d'ogives et arcs formerets (figure 14
Chapelle-de-Moussy, Détail de la voûte méridionale du choeur.
). Ces arcs se rejoignent aux angles pour former des tas de charge cylindriques, reposant sur des colonnes demi-engagées avec chapiteaux (figure 15
Chapelle-de-Moussy, Détail des colonnes du choeur d'après le relevé de Jacquet.
). Ces derniers comportent un cavet surmonté d'un tore séparé du tailloir prismatique par un autre cavet et portant sur leur face médiane un écusson ayant conservé sa polychromie. Il est d'or au chevron de sable (figure 16
Chapelle-de-Moussy, Ecu aux armes de Guy de Luyrieux.
).

Chapelle-de-Moussy
FIG. 9. — Chapiteaux est du portail. — Sources: Cl.: J.-B. de Vaivre.

Chapelle-de-Moussy
FIG. 10. — Portail se dégageant d'un massif rectangulaire. — Sources: Cl.: J.-B. de Vaivre.

Chapelle-de-Moussy
FIG. 12. — Face est de la chapelle de Moussy. — Sources: Cl.: J.-B. de Vaivre.

Chapelle-de-Moussy
FIG. 14. — Détail de la voûte méridionale du chœur. — Sources: Cl.: J.-B. de Vaivre.

Chapelle-de-Moussy
FIG. 16. — Ecu aux armes de Guy de Luyrieux. — Sources: Cl.: J.-B. de Vaivre.

L'édifice ainsi complété est éclairé par une baie en tiers point (figure 17
Chapelle-de-Moussy, Baie gothique méridionale.
) aux arêtes dotées d'un double cavet se perdant dans le talus légèrement concave de l'appui. Le meneau central sert de point d'appui à deux arcs brisés surmonté de soufflets et de mouchettes (10). Cette partie de la chapelle en constitua donc le nouveau chœur mais séparé de la nef par un mur, percé d'une porte en tiers point, donc contemporaine de la nouvelle construction et accosté de deux petites ouvertures rectangulaires permettant de suivre, depuis la partie ancienne de l'édifice, la célébration d'un office dans le nouveau chœur (figure 18
Chapelle-de-Moussy, Mur de clôture du choeur.
).

Les armoiries qui se voient encore sur les chapiteaux du chœur gothique permettent d'attribuer la construction de celui-ci à Guy de Luyrieux, titulaire de la commanderie de Genevois de 1450 aux années 1460. Il appartenait à une illustre famille du Bugey (11). Elle avait donné un bailli de Bresse dès 1320, un bailli de Savoie un peu moins de cent cinquante ans plus tard, et comptera un chambellan et conseiller du duc de Savoie à la fin du XVe siècle. Guy de Luyrieux est, dans l'inventaire de 1755, nommé commandeur de Clermont en 1439 et en 1444 pour Hauterive mais son nom n'est mentionné pour Compesières qu'en 1452.

Edmond Ganter, qui se fit l'historien de la commanderie de Genevois — et fit part de cette thèse tant dans son livre sur Compesières qu'un article sur les chapelles-hôpitaux de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem —, pensait qu'à Moussy la nef de l'ancienne chapelle romane avait vocation d'hôpital, les trois baies du mur de séparation permettant, lorsqu'elles étaient ouvertes, aux malades d'assister à la célébration de l'office. Un passage de la description des visiteurs de l'ordre lors de leur inspection de Moussy en 1788 indique en effet que « la nef est séparée du chœur par un mur de toute hauteur où il a deux fenêtres et une porte (...). On peut voir par lesdites fenêtres le prêtre lorsqu'il est à l'autel. Sous lesdites fenêtres sont à main droite en entrant un tronc en bois de peuplier garny de toutes les ferrures nécessaires et sous l'autre à main gauche est une pierre, servant de bénitier ». La position d'un bénitier, non à la seule entrée de la nef (12) mais à celle du chœur, montre en effet que la nef n'était, en tout cas à cette date (13), probablement plus affectée alors à un usage cultuel (14).

Chapelle-de-Moussy
FIG. 18. — Mur de clôture du chœur. — Sources: Cl.: J.-B. de Vaivre.

Cela étant, la théorie d'Edmond Ganter, généralement admise jusqu'à aujourd'hui, peut être mise en doute, s'agissant des quatre derniers siècles de l'Ancien Régime. Tout d'abord Moussy ne fut, ni aux premiers temps connus de son existence, ni à la fin du XVe siècle, le siège d'une commanderie mais n'était qu'un simple membre, à vocation essentiellement agricole, même si y existait une chapelle, comme d'ailleurs sur de nombreux domaines secondaires. Si Moussy eut, comme les textes le prouvent, une vocation hospitalière au XIIIe siècle, il semble que tel n'était plus la cas, et ce depuis un certain temps déjà, à la fin du XVe, aussi bien sur ce site qu'au chef-lieu de Compesières ou d'autres de ses dépendances.

Il est également souhaitable de noter que l'édification du mur de séparation de la nef et du chœur est conforme à un usage ancien et notamment aux mesures encore édictées, quelques décennies plus tôt, par l'évêque Jean de Bertrand lors de sa visite pastorale de 1411 des églises paroissiales du Genevois. Cet évêque donna en effet l'ordre de rendre ce type de clôture hermétique et de les rehausser jusqu'à la toiture (15). Devant l'irritation suscitée par cette instruction empêchant les fidèles de suivre la célébration des offices, l'évêque de Genève accepta ensuite la création de fenêtres dans ces murs de séparation. En Dauphiné, les évêques demandèrent, beaucoup plus tard dans le courant du XVe siècle, la destruction de telles séparations car on trouve encore des témoignages en ce sens entre 1455 et 1494 (16). Les textes indiquent que ces murs furent donc, par la suite, remplacés par des grilles de bois ou de fer. Il apparaît d'ailleurs que le cas de la chapelle de Moussy n'est pas isolé chez les Hospitaliers.

Ainsi, la chapelle de l'hôpital de Hauteville (17), autre membre de la commanderie de Compesières, aujourd'hui totalement ruiné, présentait des dispositions analogues à celles que l'on observe à Moussy; le procès-verbal de la visite de 1735 contient à cet égard les précisions suivantes « le cœur de ladite chapelle est vouté, séparé de la nef par une muraille sur laquelle est un clocher soit chèvre de pierre de taille en bon estat ou sont suspendues deux cloches pesant chascunes environ un quintal » (18). Le membre de Musinans (19), toujours dépendant de Compesières avait aussi une petite chapelle. Les mêmes visiteurs y notent qu'elle est « longue d'environ vingt piés sur huit de large, ayant son cœur vouté dans lequel sont deux fenestres l'une derrière lhotel et l'autre du costé de l'Epitre, celle de derrière lhotel est vitré et l'autre est grillée de fert avec un chassy de papié, dans le cœur du ciosté de l'epitre est un bois de sapin, le cœur est séparé de la nef par un mur de hauteur dapuy » (20). Même chose dans un troisième membre de Compesières, l'hospital de Saint-Jean de Droise (21), où les visiteurs disent être entrés dans « la chapelle par un portaille de pierre de taille sans porte, [puis sont allés] au cœur qui est séparé de la nef par une forte muraille qui supporte un clocher de pierre de taille dans lequel est suspendu une cloche » (22). Toujours dans le ressort de Compesières, le membre de La Sauveté (23) présentait la même particularité.

Les visiteurs écrivent en effet:
« Nous nous sommes transportés en ladite chapelle nous y sommes entrés par un portail de pierre de taille fermant bien nous avons veu que la nef est en voute peinte en carraux de diverses couleurs et le soubspied carrelé, de la nous sommes entrés dans le cœur séparé de la nef par une muraille, lequel est vouté tout comme la nef et les souspied de mesme. » (24).

Enfin, et cela montre à quel point ce mode de séparation de la nef et du chœur était répandu dans les chapelles des Hospitaliers dans cette région, l'hôpital de La Trousse dit aussi Saint-Jean de Vulpillières (25) possédait une petite chapelle dont, écrivent encore les visiteurs, « le cœur qui est vouté et séparé de la nef par une muraille avec une porte de pierre de taille et deux fenestres aux costés grillés de fert » (26).

A la commanderie de Laumusse (27), près de Macon, la chapelle, aux murs épais et aux étroites fenêtres en plein cintre éclairant le chœur et la première travée de la nef, comportait nombre de caractéristiques de l'époque romane. Une note ancienne de M. de Fréminville qui posséda cette propriété au XIXe siècle, précisait en effet que « l'autel avait été repoussé contre le mur du fond et la nef avait été séparée du reste de la chapelle par un mur recouvert d'une épaisse couche de plâtre. Deux fenêtres surmontaient dans ce mur la porte d'entrée. Ces deux fenêtres donnaient sur l'infirmerie et permettaient aux malades de s'associer aux cérémonies religieuses » (28). Située un peu plus à l'ouest, en Charolais, la chapelle de la commanderie d'Epinassy (29), malheureusement détruite en 1928, présentait des dispositions analogues car selon les termes du procès-verbal de la visite de 1614 (30), « le chœur était séparé [de la nef] avec des barreaux de bois, avec sa porte ».

Il apparaît donc que, dans le cas des églises paroissiales, cette séparation de la nef, où se tenaient les fidèles, et de l'espace liturgique que constituait le chœur où officiait le clergé, correspondait d'une certaine manière au jubé que l'on trouvait essentiellement dans les grands sanctuaires. Cette disposition ne permettait donc pas aux fidèles de suivre convenablement la célébration du service divin. D'où l'exigence manifestée de plus en plus d'assister à la consécration de l'hostie après l'introduction de l'élévation dans le rituel (31).

S'agissant de Moussy, la nef, sans doute affectée à un usage non strictement cultuel, devait accueillir, dès la modification des dispositions de la chapelle durant la seconde moitié du XVe siècle, des fidèles habitant les environs proches ou travaillant sur le domaine tandis que l'espace liturgique, désormais restreint, était réservé au célébrant et aux membres de l'ordre, lorsqu'ils étaient présents. Si en effet, dans le cas d'édifices homogènes construits au XIIIe siècle, la nef séparée du chœur pouvait avoir été affectée aux malades soignés dans les petits établissements de l'ordre qui eurent une vocation hospitalière, la chapelle de Moussy, dans sa configuration actuelle qui remonte à la seconde moitié du XVe siècle, n'accueillait alors plus de malades.

Il est peu probable que le mur de séparation entre la nef romane et le chœur édifié par Guy de Luyrieux soit, en dépit de son épaisseur, une réutilisation du mur pignon méridional de la chapelle primitive comme cela s'est produit ailleurs (32) et cela pour plusieurs raisons. L'arc de la porte, aux claveaux à crossette, est parfaitement intégré, comme les deux petites baies qui l'accostent, à l'appareil de cette paroi. En outre, le prolongement de ce mur de séparation sur la paroi intérieure méridionale d'une étroite porte à l'arc en plein cintre de la construction romane primitive ne peut laisser penser qu'il se serait agi là d'un parti imaginé par le maître d'œuvre de la première construction. Enfin, des éléments du décor de la chapelle romane, provenant probablement des parties démolies, se retrouvent dans le mur de séparation: ainsi un bloc barlong sculpté de billettes se remarque encore sur la face externe du mur de séparation (figure 19
Chapelle-de-Moussy, Fragment roman noyé dans la maçonnerie gothique.
) tandis qu'un fragment de tête romane demeure encore en partie noyé dans sa partie supérieure mais sur la face interne (figure 20
Chapelle-de-Moussy, Tête romane noyée au-dessus du mur de clôture.
). Une piscine, dans une niche en accolade, aujourd'hui en très grande partie noyée dans la maçonnerie moderne plaquée sur la paroi orientale du chœur, était encore visible au début du XXe siècle lorsqu'elle fut dessinée par Jacquet (figure 21
Chapelle-de-Moussy, Dessin de la piscine gothique, relevé autrefois par Jacquet.
).

C'est dans le chœur gothique qu'était, depuis son adjonction, placé l'autel. Il était, dit le procès-verbal de la visite de 1788, « d'une seule pierre, couverte d'une table en bois [de] sappin, dans laquelle est incrustée un marbre sacré ». Le procès-verbal de la visite de 1735 donnait une précision supplémentaire, indiquant qu'il y avait aussi dans la nef un autel « de pierre où sont les armes de la Religion, et au-dessus une statue de Saint-Jean Baptiste ». Cette statue n'est pas mentionnée ultérieurement. Si elle a quitté depuis des années la chapelle, elle a été recueillie par une famille implantée depuis longtemps dans les environs. De facture locale, elle constitue cependant un témoignage intéressant du décor intérieur de cet oratoire (figure 22
Chapelle-de-Moussy, Statue de Saint-Jean-Baptiste.
).

Au chœur de la chapelle avait été également placée une croix qui a été sauvée et est aujourd'hui exposée dans l'intéressant musée de Compesières (figure 23
Chapelle-de-Moussy, Crucifix du milieu du XVe siècle.
). Edmond Ganter a rapporté que cette croix fut acquise à Moussy par un ecclésiastique qui la remit, plus tard, en 1970, au petit musée de l'ordre de Malte à Compesières (33). Mesurant 1,88 m avec des bras d'une envergure de 1,09, elle était plaquée contre les murs de la nef et était ornée de rinceaux rouges, de l'inscription INRI en caractères gothiques et supportait un Christ, de facture plus tardive que les motifs peints. En l'arrachant de la paroi apparut alors, au verso, un Christ peint sur un fond vert très foncé, entouré de monogrammes IHS et XPS en lettres gothiques, également peintes de blanc et de rouge, c'est-à-dire aux couleurs de l'ordre. Les bras de la croix ne laissaient plus voir que quelques traces mais il apparut que la facture du dessin du Crucifié présentait de fortes similitudes avec les œuvres de l'atelier de Giacomo Jaquerio, mort en 1453 et actif durant sa vie en Savoie et Piémont. Il est donc hautement probable que cette croix fut commandée et placée dans le nouveau chœur peu après sa construction par le commandeur Guy de Luyrieux.

Chapelle-de-Moussy
FIG. 20. — Tête romane noyée au-dessus du mur de clôture. — Sources: Cl.: J.-B. de Vaivre.

Chapelle-de-Moussy
FIG. 21. — Dessin de la piscine gothique, relevé autrefois par Jacquet. — Sources:Cl.: J.-B. de Vaivre.

En ce qui concerne le chœur, celui qui subsiste fut édifié sur l'ordre de Guy de Luyrieux, qui a donc fait démolir le chœur primitif de la chapelle romane. On ne saurait dire en l'absence de fouilles archéologiques si celui qui existait initialement était à chevet plat ou en cul-de-four. Le commandeur en charge du Genevois au milieu du XVe siècle ajouta un nouvel espace liturgique, dont l'accès fut vraisemblablement limité aux officiants et aux membres de l'ordre, ne manquant de faire placer à la clef de voûte du chœur (34) et aux chapiteaux supportant les arcs (35) les armes de sa famille, pour marquer la part prise par lui à la réfection de la chapelle. En cette période de la fin de la guerre de Cent

Chapelle-de-Moussy
FIG. 22. — Statue FIG. 23. Crucifix de Saint-Jean-Baptiste du milieu du XVe siècle provenant de la chapelle de Moussy. autrefois dans le chœur Collection particulière de la chapelle de Moussy. (cl.X). — Sources: Cl.:J.-B.de Vaivre

Ans qui se caractérise par une floraison de nouvelles constructions, Guy de Luyrieux avait ainsi tenu à imprimer la marque de son passage à la tête de la commanderie de Genevois (36) en faisant sculpter aux retombées des voûtes comme à la clef, les armes de sa famille d'or au chevron de sable (37).

Il n'est pas indifférent de rappeler en outre qu'exactement à la même époque, le frère de Guy de Luyrieux, Aynard, prieur du Bourget-du-Lac (38), entreprit une importante campagne de construction et de restauration des bâtiments de cet établissement, édifiant notamment la nouvelle église dans sa forme actuelle et sans doute un premier cloître, œuvre poursuivie après son départ par son successeur qui n'était autre que leur neveu commun, Odon. Aynard avait surélevé la nef de l'église dont les clefs de voûte furent alors ornées des armes familiales. Odon (39) de son côté fonda la chapelle Saint-Claude et édifia donc peu après la maison prieurale et le cloître (figure 24
Chapelle-de-Moussy, Cloître du prieuré du Bourget-du-Lac.
), où il sema à profusion les écus au chevron de sa maison et (figure 25
Chapelle-de-Moussy, Ecu d'Odon de Luyrieux dans le cloître du Bourget.
figure 26
Chapelle-de-Moussy, Ecu d'Odon de Luyrieux.
). Armes que l'on y retrouve sur des vitraux comme sur sa dalle tumulaire (40) figurant un squelette partiellement décharné, l'inscription funéraire rappelant la part prise à l'édification des bâtiments et notamment du cloître, achevé avant sa mort en 1482 (figure 27
Chapelle-de-Moussy, Dalle tumulaire d'Odon de Luyrieux.
). D'autres membres de la famille de Luyrieux contribuèrent aux travaux de construction. C'est ainsi que l'un des nombreux cousins prénommé Guillaume, qui brisait les armes pleines d'un croissant chargeant le chevron, fit aussi placer ses armes sur l'une des portes menant au cloître (figure 28
Chapelle-de-Moussy, Ecu de Guillaume de Luyrieux.
).

Chapelle-de-Moussy
FIG. 25. — Ecu d'Odon de Luyrieux dans le cloître du Bourget. — Sources: Cl.: J.-B. de Vaivre.

Chapelle-de-Moussy   Chapelle-de-Moussy
FIG. 26. — Écu d'Odon de Luyrieux. FIG. 27. — Dalle tumulaire dans les bâtiments prieuraux du Bourget. d'Odon de Luyrieux dont l'épitaphe rappelle ses travaux de bâtisseur. — Sources: Cl.: J.-B. de Vaivre.

L'adjonction, en cette époque du XVe siècle, d'un nouveau chœur à des édifices beaucoup plus anciens constitue un phénomène qui n'a, à mon sens, pas été suffisamment étudié et dont subsistent pourtant maints témoignages, comme celui de Saint-Jeoire-Prieuré (41), également en Savoie, à mi-chemin entre Moussy et Le Bourget-du-Lac comme aussi celui de l'église du prieuré de Perrecy-les-Forges en Charolais (figure 29
église du prieuré de Perrecy-les-Forges en Charolais
), où le prieur Antoine Geoffroy remplaça à la même époque le chevet roman par une construction gothique, lui non plus, ne manquant pas de faire sculpter ses armes, comme il l'avait fait à Charlieu où il remodela fondamentalement la chapelle prieurale (42).

Chapelle-de-Moussy
FIG. 29. — Église romane de Perrecy-les-Forges à laquelle le prieur Antoine Geoffroy ajouta au XVe siècle un chœur gothique. — Sources: Cl.: J.-B. de Vaivre.

Les titulaires de certains établissements religieux avaient manifestement décidé alors, en cette période intense de reconstruction, de rajeunir l'aspect de lieux de culte dont ils avaient la charge, modernisant cet espace liturgique et y semant à profusion leurs armes. Ce fut le cas dans des communautés de réguliers mais aussi dans l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, comme le montre le cas de Moussy où Guy de Luyrieux fit sculpter sur les chapiteaux du nouveau chœur et à la clef de voûte, l'écu au chevron de sable de sa famille, séparant matériellement le nouveau chœur, depuis lors réservé aux membres de l'ordre, de la nef où devaient se tenir les autres fidèles venant assister aux offices.

Les dispositions conservées de la chapelle de Moussy, qui faillit être tronquée (43) et ne subsista telle qu'elle fut remaniée au XVe siècle qu'en raison des bouleversements entraînés par la Révolution, permettent donc de relever à la fois un ancien usage suivi dans des édifices cultuels de l'ordre des Hospitaliers et la volonté de moderniser un oratoire d'un simple membre d'une commanderie que le titulaire mena à bien en y laissant sa marque.

 

Toponymie et défrichements

Plan cadastral du XVIIIe siècle
Plan cadastral du XVIIIe siècle

Temple de la Sauveté à La Sartaz (La Foulaz), commune de Passeirier.
Plan du XVIIIe siècle. Archives départementales de Haute-Savoie. Sources offertes par M. Christiane Boekholt.

 

ANNEXES I
MM. Bernard POTTIER et Philippe CONTAMINE interviennent ci-dessous.
1277 [le jeudi après l'octave de Pâques]
Levée par Pierre Finet, notaire impérial à La Roche (44), d'un acte enregistré par feu Jean de Versonay, son prédécesseur, selon lequel Luysetus, de Montaney, homme de l'Hôpital de Moussy, reconnaît devant témoins à La Roche devoir à Aymon, comte de Genève, un cens annuel de quatre huitains (« octavas ») d'avoine, mesure de La Roche, payables à la Saint-Michel.
A. ORIGINAL SUR PARCHEMIN. ARCHIVES DEPARTEMENTALES DE HAUTE-SAVOIE, SA 123, Nº3.
[Signum] Anno Domini Mo CCmo LXXmo VIImo indictione quinta, die jovis post octabas festi Pasche. Serie presentis instrumenti cunctis fiat siquidem notum quod coram Johanne de Versonay, notario publico quondam, et testibus infrascriptis, constitutus personaliter Luysetus de Montagnier, homo Hospi-talis de Mussicao, confessus fuerit pro se et heredibus suis perpetuo se debere domino Aymoni, comiti Geberani, quatuor octavas avene censuales ad mensuram Ruppis (45), nomine Garde Boue, in festo beati Michaelis annuatim et interesse fidelis et juvare dictum dominum comitem, promettens idem Luysetus habere predicta omnia rata grata et firma inviolabiliter, quod observare et non contra facere vel venire, renuncians omni jure omnique exceptioni doli, vis, metus, actioni in factum juri dicenti « Confessionem factam extra judicium et non coram suo judice non valere » omnique alii juri canonico et civili, quo contra dictam facere vel venire posset, et juri dicenti « Generalem renunciationem non valere nisi processerit specialis ». Notum Ruppe, presentibus Petro de Compeis, Henrico de Villeta, Petrus Panater, Saderis de Ruppe, Johannes de Mersie, Jacobo Estha-queti et pluribus aliis testibus ad predictam vocatis. Ego vero Petrus Finet de Ruppe, clericus imperiali auctoritate notarius publicus, hoc instrumentum de prothocollis dicti quondam notarii auctoritate judiciaria michi super hoc concessa, levavi, scripsi et in hanc formam publicam redigi signisque meis consuetis signavi fideliter et complevi [Signum].

 

ANNEXES II
11 mai 1735 Extrait du procès-verbal de la visite du membre de Moussy en 1755.
A. ORIGINAL. CAHIER SUR PAPIER. ARCHIVES DEPARTEMENTALES DU RHONE, 48 H 161.
[fº 29 vº]
« ... Nous, commissaires et visiteurs généraux susd. toujours accompaignés comme dessus et de notre secrétaire notaire pour continuer nostre visite sommes partis le onzième may mille sept cents trente cinq, de la ville danissy et nous sommes transportés ledit jour au lieu et hopital de Mussy situé en la paroisse de Cornier un des membres despendants de la dite commanderie de Genevois ou Compezières distant de son chef de trois lieux et demy lieu de la ville de La Roche où estant arrivés avons trouvés Joseph Tabuis cultivateur des biens fonds du dt hopital âgé environ soixante et quinze ans et Claude Leage âgé environ cinquante cinq ans tous deux dud lieu auxquels après leur avoir faits preter le serment accoutumé nous les avons demandés s'ils sca-voient en quoi concistoit les revenus dud. membre et hopital, ils nous ont respondu le scavoir et onts promis de nous les fidèlle-ment déclarer et nous dire la vérité.

Premièrement ils nous ont dits deppendre dud membre et hopital une chapelle soit église dans laquelle ils nous ont conduits, nous y sommes entrés par une porte de pierre de taille ferment bien, sur nostre droite avons veu un bénitier de pierre, ensuite continuant notre visite, nous sommes entrés dans le cœur de la dte église par une porte aussy de pierre de taille fermant à la clée où estant nous nous sommes mis à genoux et fait notre prière après quoy nous avons monté trois degrés de pierre de taille et avons trouvés led hotel aussy de pierre garny de sa pierre sacrée, de deux nappes dont l'une est doublée et dessus un tapis de toile pinte, ensuite deux grandins de bois sur lequel est une croix de bois avec son crucifix de buy et deux chandeliers de bois avec un tableau où est peint un crucifix avec la Ste Vierge à la droite St-Jean Baptiste à la gauche et ste Madeleine au pied de la croix sur ledt tableau sont peintes les armoiries de monsieur d'Evieu, du costé de l'Evangile il y at un buffet garnis de sa porte ferment bien dans lequel nous avons trouvé un calice d'argent doré en dedans et en dehors avec sa pateine de mesme sut le pied duquel sonts gravée les armoiries de Monsieur le Grand Prieur qui la donné. Plus trois chasubles, dont deux sonts de ligatures de plusieurs couleurs et lautre noires garnies de leurs étoles et manipules, deux bourses l'une noire et l'autre comme les chasubles. »

 

ANNEXES III
9 décembre 1788 Extrait du procès-verbal de la visite du membre de Moussy de 1788
A. ORIGINAL. CAHIER SUR PAPIER. ARCHIVES DEPARTEMENTALES DU RHONE, 48 H 1912.
[fº 38vº]
« ... Ce même jour que dessus [9 xbre 1788] nous sommes partis de la ville de La Roche pour nous transporter accompagnés comme dessus au membre de l'Hôpital de Mussy distant de la dite ville d'environ une lieue et du chef lieu de Compesières de quatre lieues. Etant arrivés aud Mussy, nous y avons trouvés rd Jean Valentin Pugin, chanoine de l'insigne collégiale de la Roche, desservant la chapelle dudit membre, lequel nous a conduit à icelle, et après nous avoir offert de l'eau bénite, nous a conduit au pied de l'autel où nous avons fait nos prières et entendu la sainte messe. Après quoi, nous avons commencé la visite de la dite chapelle dont la porte extérieure est en molasse ornée de quatre piliers et couverte d'un toit descendant.
Nous avons visité l'autel qui est d'une seule pierre couverte d'une table bois sappin dans laquelle est incrustée un marbre sacré en bon estat. Le dit autel est orné d'un petit retable qui y a été transporté de [fº39] la chapelle de La Sauveté et couvert par une nappe pliée en trois. Il y a sur le gradin quatre chandeliers de bois, ainsi que quatre vases à fleurs artificiels. Le tableau dudit autel représente Notre-Seigneur en croix, au pied de laquelle est ste Madeleine. Sur le dit autel, il y a un Te igitur, Lavabo et Evangile collés sur bois, le tout en bon état, ainsi que le marche pied de l'autel qui est en bois sapin. Le devant du dit autel est d'une toile peinte dont le cadre est en bois noyer en assez bon état. D'un côté est la Sainte-Vierge et de l'autre Saint-Jean Baptiste notre patron, sous le vocable duquel est la dite chapelle.
Il y a trois marches de pierre pour descendre du sanctuaire au chœur, au bas desquelles marches est placé un prie-Dieu bois sapin en assez bon état.
Le chœur de la dite chapelle est éclairé par une grande croisée placée derrière l'autel, bien vitrée, garnie de quatre barraux de fer et huit en traverse.
Le sous-pied du sanctuaire ainsi que celui du chœur sont en très bon état et voûtés.
La nef est séparée par un mur du haut en bas, au milieu duquel est une porte en mollasse à cindre dont la fermeture est bois sappin bien fermante, dans le dit mur sont deux fenêtres d'environ deux pieds en carré, garnies chacune de trois barraux de fer et trois traverses, le tout en bon état.
Nous avons vu dans le chœur une armoire pour renfermer les ornements de la dite chapelle, et ayant requis rd sr. Pugin de nous les présenter, il nous a d'abord fait voir un calice en vermeil aux armes de feu Mr le baillie de Lescheraine avec sa patenne.
Plus deux chasubles complètes de ligature en ramage de toutes couleurs.
[fº39 vº]
Plus deux chasubles d'une petite étoffe noire garnie d'une petite tresse blanche qui forme la croix. Les dites chasubles sont complètes.
Plus, nous a fait voir trois aubes, trois amicts, quatre corporaux, douze purificatoires, une singule, le tout en très bon état.
Plus trois missels en bon état.
Plus un porte-missel en bois noyer en bon état.
Une partie de ces ornements ont été transportés à Mussy dès la chapelle de La Sauveté.
A côté de l'autel et du côté de l'épitre dans le mur du chœur est une niche sans fermeture où sont quatre burettes d'étain en bon état.
Du côté de l'Evangile est un placard pratiqué dans le mur fermant avec une porte bois noyer garnie de ferrements nécessaires et en bon état. Au milieu de la voûte du chœur et à la pierre qui en forme la clef est un écusson sculpté est en or au chevron d'azur. Les mêmes armoiries sont pareillement aux quatre piliers qui soutiennent la voûte. En sortant du chœur pour aller dans la nef, nous avons vu à main droite un hautel en pierres de taille à côté duquel à main gauche est une niche dans le mur. Le sous-pied de ladite nef a été refait à neuf et en bon état. La dite nef est éclairée par des fenêtres bien vitrées, son plancher a été refait à neuf et est en très bon état.
De la dite nef, nous sommes montés par un escalier bois sappin garni d'une main courante et bordée de planches dont le haut est en forme de tambour. Le dit escalier est soutenu par un pilier bois sappin. Le dit escalier conduit à un grenier qui est au dessus de la nef ayant deux jours l'un au nord, l'autre au couchant.
[fº40]
Le plancher et l'escalier sont en très bon état. Nous avons examiné la charpente du sanctuaire du chœur et de la nef, qui sont en très bon état, ayant été refait à neuf par Mr le commandeur actuel, il y a cinq ou six ans ainsi que la charpente du clocher, lequel clocher est situé entre le chœur et la nef, et garni d'une cloche pesante environ un quintal et demi.
Nous sommes ensuite redescendus du susdit grenier et avons remarqués qu'à droite de l'entrée de la nef est placé un bénitier en pierre de taille, la fermeture extérieure de la dite chapelle est à deux battants en très bon état. Nous somme ensuite sortis pour visiter les murs de la dite chapelle que nous avons trouvés dans le meilleur état possible. Nous avons vu que les jours du grenier susmentionnés sont garnis de barraux de fer. Le couvert du chœur, du sanctuaire et de la nef de ladite chapelle est en paille en bon état. Le couvert du clocher ainsi que celui du petit toit qui est au-dessus de la porte d'entrée de la dite chapelle est en tavaillons, ayant remarqué qu'il manquait au susdit clocher quelques tavaillons, nous avons ordonné à Mr le commandeur actuel qui était avec nous de les faire remplacer. Lequel a aussitôt envoyé chercher un charpentier demeurant au village et lui a donné le prix fait pour les remplacer. Lequel se monte à neuf francs qu'il lui a payés en notre présence.
Ayant requis rd sr. Pugin de nous déclarer quelles sont les obligations de ladite chapelle, il nous a dit être obligé de dire une messe par semaine et qu'attendu son grand âge et que depuis longtemps il étoit chapelain de la dite église, Mr le commandeur actuel lui avait permis d'acquitter lesdes messes dans l'église collégiale de La Roche sans préjudice et sous réserve de tous les droits de Mesr le commandeurs.
[fº 40 vº]
Il nous a en outre déclaré que la rétribution qu'on lui donnoit était de vint six livres de piémont, que le sous-fermier lui paye.
Observations sur ladite chapelle
Mr le commandeur actuel nous ayant observé que la susd chapelle était trop grande et que l'on pourrait aisément la réduire à l'emplacement du sanctuaire et du chœur qui serait suffisant en faisant une porte collatérale et murant toutes les ouvertures qui sont dans le mur qui sépare la nef du chœur, on pourrait alors se servir de la dite nef pour y faire la maison des grangers, d'autant que lad maison des grangers, que nous allons décrire est trop petite, que d'ailleurs il y a au-dessus de ladite nef le grenier des grangers. En outre, ce serait un bâtiment de moins à entretenir attendu que la commanderie de Compesières en a beaucoup à sa charge et nous a prié de lui obtenir la permission pour faire ce changement à sa commodité.
Nous croyons l'observation de Mr le chevalier de Villefranche, commandeur actuel, très juste, et pensons que S.A.E. et la Vénérable Langue peuvent lui accorder sa demande par un prompt délibéré mis au bas de la visite priorale de lad. Commanderie. »
Sources: M. JEAN-BERNARD DE VAIVRE, CORRESPONDANT DE L'ACADÉMIE. Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Année 2006, Volume 150, Numéro 4, pages 2141-2172. Sources numériques Persée.fr

 

Notes, Chapelle de Moussy
1. Les origines du prieuré d'Auvergne ont été précisées dans J.-B. de Vaivre, « Les six premiers prieurs d'Auvergne de l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem », CRAI 1997, fasc. IV (novembre-décembre), p. 965-996.
2. Compesières: Hameau sur la commune de Bardonneix, au canton de Genève, en Suisse.
3. Cornier: Haute-Savoie, arr. Bonneville, cant. La Roche-sur-Foron.
4. La chapelle de Moussy a été peu étudiée. La première mention intéressante est celle de J. Blavignac, Histoire de l'architecture sacrée du quatrième au dixième siècle, Paris, 1853, dont l'atlas de planches représente notamment, pl. XLVIII à L, en bien meilleur état qu'on ne peut l'observer aujourd'hui, le détail des modillons de l'arcature romane qui court sur les faces est et ouest de l'édifice. Ed. Ganter, Compesières au temps des commandeurs Histoire de la commanderie de Genevois de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, dit de Rhodes, dit de Malte. Genève, 1971, p. 259-265, en a donné une description dans son bel ouvrage sur la commanderie de Genevois. Des quelques articles publiés, on retiendra essentiellement celui de P. Jacquet, « La chapelle de Moussy », Revue savoisienne, 51e année, 1910, p. 170, qui est précis et comporte l'avantage de décrire l'édifice avant les modifications apportées postérieurement pour transformer le chœur en logement, supprimant malheureusement certains des éléments du décor intérieur gothique. Enfin, plusieurs années après la rédaction initiale de la présente étude, deux étudiants, S. Bocquet et S. Talour, La chapelle de Moussy, se sont livrés à une minutieuse description archéologique de l'édifice, dressant des plans et relevés architecturaux très précis, dont certains sont repris ici, avec l'autorisation des auteurs, que je remercie de leur courtoisie.
5. La Sauveté: Haute-Savoie, commune de Passeirier, arr. Bonneville, cant. La Roche-sur-Foron. Les autres biens reçus du Temple par la commanderie de Genevois furent Genève, Cologny-sous-Banz et Tréloup.
6. Le texte en est donné en Annexe.
7. Des extraits en sont donnés en Annexe.
8. Ce point avait été noté par Jaquet, op. cit. (n. 4) à une époque antérieure à de fâcheux remaniements.
9. Il paraît donc probable que cette modification de l'aspect de la façade remonte à l'époque de l'adjonction du nouveau chœur.
10. Sur la paroi intérieure, de chaque côté de cette baie, ont été peints au XVIIe siècle deux écus esquissés en rouge. L'un à droite, très endommagé après une tentative d'effacement, porte les armes de la Religion, l'autre, davantage lisible, également entouré d'une patenôtre, celles du commandeur de Cordon d'Evieu (commandeur de 1617 à sa mort, survenue en 1646), au chef de la Religion, timbré d'un heaume à lambrequins. La vie de ce commandeur a fait l'objet d'un ouvrage du Père M.-A. Calemard, Histoire de la vie d'illustre frère Jacques de Cordon d'Evieu, chevalier de l'ordre de Saint-Jean de Hierusalem commandeur de Genevois en Savoye, Lyon, 1662.
11. Cette famille était originaire de Béon, Ain, arr. Belley, cant. Champagne-en-Valromay, où se trouvait le château de Luyrieux. Leur généalogie a été donnée par S. Guichenon, Histoire de Bresse et du Bugey, 1650.
12. Il y avait cependant encore le bénitier originel à l'entrée de la nef.
13. Aujourd'hui, la nef a été séparée dans le sens de la hauteur et fragmentée en pièces à usage d'habitation mais nous n'en tenons pas compte ici, concentrant cette étude sur la structure de l'édifice et l'aspect qu'il avait sous l'Ancien Régime.
14. Comme la suite du procès-verbal de visite le montre.
15. L. Binz, « Les bâtiments d'églises dans le diocèse de Genève vers 1400 » dans Des pierres et des hommes. Hommage à Marcel Grandjean, Lausanne, 1995, p. 153: « Le visiteur de 1411 se préoccupe de rendre cette clôture hermétique; quand le mur ne s'élève pas jusqu'à la toiture, il faut le rehausser. »
16. P. Paravy, De la chrétienté romaine à la Réforme en Dauphiné. Évêques, fidèles et déviants vers 1340-vers 1530, Collection de l'École française de Rome 183, Rome, 1993,1.1, p. 211
17. Saint-Christophe d'Hauveville ou Hauteville-sur-Fier: Haute-Savoie, arr. Annecy, cant. Rumilly.
18. Procès-verbal de la visite de mai 1735, fº 22 vº.
19. Musinans ou Musinens-en-Michaille, sur la commune de Bellegarde-sur-Valserine: Ain, arr. Nantua, chef-lieu de cant.
20. Procès-verbal de la visite de mai 1735, fº 17 rº.
21. Saint-Jean-de-Droise, sur la commune de Mognard, Savoie, arr. Chambéry, cant. Albens.
22. Procès-verbal de la visite de mai 1735, fº 24 vº.
23. La Sauveté: Haute-Savoie, commune de Passeirier.
24. Procès-verbal de la visite de mai 1735, fº 31 vº.
25. Vulpillières, sur la commune de Cercier, Haute-Savoie, arr. Saint-Julien-en-Genevois, cant. Cruseilles.
26. Procès-verbal de la visite de mai 1735, fº 33 vº.
27. Laumusse: on écrivait autrefois La Musse. Cet établissement se trouvait sur l'actuelle commune de Crottet, Ain, arr. Bourg-en-Bresse, cant. Pont-de-Veyle. Il ne subsiste plus de l'ancien établissement médiéval que le chœur et la première travée orientale de la chapelle.
28. P. Fisch, Une commanderie de Templiers en Bresse. La commanderie de La Musse entre Macon et Bagé, s. l., 1964, p. 32.
29. Epinassy: Saône-et-Loire, commune de Changy, arr. et cant. Charolles.
30. J.-B. de Vaivre, « Peintures murales disparues ou en péril d'anciennes chapelles de l'ordre des Hospitaliers », CRAI 2006, fasc. II (avril-juin), p. 1037-1065.
31. Ce point est bien mis en lumière par Paul Binz, op. et loc. cit. (n. 15) qui précise que, dans le diocèse de Genève, l'évêque Jean de Bertand (évêque de 1411 à 1418) ordonna de créer des fenêtres dans ces murs de séparation.
32. Ainsi, au midi de la chapelle templière d'Epailly avait existé, probablement contemporaine de la nef et du chœur édifiés d'un seul jet dans les toutes premières années du XIIIe siècle, une sorte de salle capitulaire à laquelle on accédait par une porte latérale du vaisseau. Lorsque, au siècle suivant, les Hospitaliers édifièrent, contre les travées occidentales de la nef, une tour abritant en son niveau inférieur la chapelle Saint-Jean, où furent inhumés certains prieurs de Champagne, on supprima la salle capitulaire mais on réutilisa une partie de son mur occidental qui constitua dès lors la muraille orientale de la nouvelle construction. Voir J.-B. de Vaivre, La commanderie d'Epailly et sa chapelle templière durant la période médiévale, Paris, 2005, p. 110-113.
33. C'est là une occasion de dire mes remerciements à Mme Michèle Zanetta, conservatrice de ce musée, qui m'y a toujours accueilli avec bienveillance et s'attache à donner vie à d'intéressantes collections dans le cadre du logis des anciens commandeurs du Genevois.
34. L'écu devait être rapporté au centre de la clé mais il s'est détaché ou a été postérieurement ôté.
35. Le procès-verbal de la visite de 1788 indique qu'« au milieu de la voûte du chœur et à la pierre qui en forme la clef est un écusson sculpté dont le blason est d'or au chevron d'azur. Les mesmes armoiries sont pareillement aux quatre piliers qui soutiennent la voûte ». En réalité, le chevron est de sable.
36. Les modifications importantes apportées au logis du commandeur et la substitution d'une nouvelle église paroissiale à la chapelle de Compesières ne permettent pas de savoir s'il avait apporté des compléments à ces deux constructions.
37. C'est donc par erreur, en se fiant apparemment à une description donnée par la Revue savoisienne en 1996, que M. Francou, « A propos de brisures. Le cas des Luyrieux, du Bugey (Ain), au XVe siècle » dans Archives héraldiques suisses Aº CXII (1998), II, p. 138-139, dit que le chevron est d'azur et que cela constitue une brisure. Bien que l'on connaisse des cas de chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem ayant modifié par brisure les armes de leur famille, Guy de Luyrieux n'avait, en aucune manière, apporté une modification aux armes pleines de sa maison. Le court article précité, dont plusieurs autres points mériteraient précisions ou rectifications, comporte l'intérêt de donner la photographie d'une pierre sculptée, provenant de l'ancien château de Luyrieux au village de Béon, où figure l'écu rappelant l'alliance de Guillaume de Luyrieux, seigneur du lieu et de Champagne, Flacey et Beaufort, conseiller et premier chambellan de Philippe de Savoie, qui avait épousé par dispense sa cousine germaine, fille aînée d'autre Guillaume de Luyrieux le 7 avril 1443 à Lyon.
38. Sur le prieuré du Bourget-du-Lac, on peut consulter mais en le rectifiant grâce à l'étude citée ci-dessous de Théodore Reinach, l'article d'E. Burnier, « Le château et le prieuré du Bourget. Étude historique », Mémoires et documents publiés par l'Académie savoisienne d'histoire et d'archéologie, 1866, p. 73-207 et, dans la même publication, celui, paru en 1906 de A. de Buttet d'Entremont, « Notes historiques sur les ruines du château du Bourget ». Enfin, toujours dans la même série, parut en 1912 un article de J. Barut: « Le château-prieuré du Bourget ».
39. Th. Reinach, « La date et l'auteur de la restauration de l'église du Bourget-du-Lac au XVe siècle », Mémoires et documents publiés par l'Académie savoisienne d'histoire et d'archéologie, p. 103-144. Théodore Reinach avait en effet trouvé, dans le château de La Motte-Servolex qu'il avait acquis, des pièces d'archives anciennes, dont une quittance notariée du 3 décembre 1460 exposant que Aynard de Luyrieux, prieur du Bourget, récemment décédé, a laissé pour héritier universel, en vertu du droit de dépouille, l'abbé de Cluny, Jean de Bourbon. Or si les procès-verbaux des visites épiscopales de la fin du XIVe siècle — notamment celui du 21 mai 1399 — disent l'église délabrée, celui du 21 mars 1458 constate que la nef et la crypte ont été de fond en comble reconstruites et que les verrières sont en parfait état, seul le clocher exigeant encore réparation.
40. Fr. Rabut, « Notice sur une dalle tumulaire existant dans l'église du Bourget près de Chambéry », Mémoires de l'Académie de Savoie, t. II, 1854, p. 223-234. Rabut a donné un dessin de la dalle telle qu'on la voyait encore au milieu du XIXe siècle, peu de temps après sa redécouverte en 1834. La lecture de l'épitaphe qu'il tente de restituer n'est cependant pas toujours correcte et il faut sur ce point suivre encore Théodore Reinach qui proposait:
HIC.JACET.FRATER.ODDO./
DE.LUYRIACO.HUJUS.ECCL[es]lE.PRIOR.CAPELLE.ISTIUSQ[ue].FU[n]DATOR./
CLAUSTRI.DOM[us].QUOQ[ue]./
HEDIFICATOR.EIUS.NOSTRA.P[re]CE.A[n]l[m]A.REQUIESTAT (sic).
IN.PACE.AMEN.
Sur l'un des phylactères accostant le squelette décharné du prieur, on lit, à gauche de l'observateur: MISERERE MEI DEUS /1482. et, sur l'autre, CONSUMMATUR IN BREVI SIT TRANSIT GLORIA MUNDI.
41. Saint-Jeoire-Prieuré, Savoie, arr. Chambéry, cant. Chambéry-Sud.
42. J.-B. de Vaivre, « Constructions adventices du XVe siècle aux prieurés de Charlieu et de Perrecy », Bulletin monumental 141-IV (1983), p. 375-403. Une petite chapelle, probablement à l'usage personnel du prieur, avait existé sur un plan parallèle à la grande église de Charlieu mais les murs en furent totalement repris par Antoine Geoffroy qui plaça ses armes aux retombées des voûtes et aux clefs.
43. Le commandeur de Tulle de Villefranche, dernier titulaire de Genevois à la fin de l'Ancien Régime, avait en effet sollicité l'autorisation de détruire plusieurs chapelles des membres dépendant de Compesières, « toutes inutiles, situées à la campagne et peu fréquentées. Elles n'ont aucune utilité pour le public, comme l'attestent les commissaires de la dernière visite ».
44. La Roche: La Roche-sur-Foron, Haute-Savoie.
45. Quatre huitaines d'avoine, mesure de La Roche.

Sources: M. JEAN-BERNARD DE VAIVRE, CORRESPONDANT DE L'ACADÉMIE. Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Année 2006, Volume 150, Numéro 4, pages 2141-2172. Sources numériques Persée.fr

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