Les grands-Prieurés de l'Ordre

Le Grand Prieuré de France
Comme la plupart de nos institutions du moyen-âge, l'Ordre de l'Hôpital Saint-Jean-de-Jérusalem eut une origine assez obscure et des plus humbles. Il se composait, à son début, de simples hospitaliers qui secouraient dans leur maison les pèlerins pauvres ou malades que leurs affaires ou un motif de dévotion amenaient à Jérusalem.

Guillaume de Tyr, Mabillon et autres historiens recommandables font remonter l'existence de l'Ordre longtemps avant la première croisade. Selon eux, il ne serait devenu militaire qu'en 1099, c'est-à-dire après la prise de la cité sainte par Godefroy de Bouillon et ses vaillants compagnons d'armes.
Cette opinion toutefois rencontra des contradicteurs. De ce nombre nous citerons le révérend père Paoli, qui publia à Rome, en 1781, un ouvrage où il soutenait que l'Ordre de l'Hôpital Saint-Jean-de-Jérusalem datait seulement de l'arrivée des croisés en Terre-Sainte; et qu'à son origine, il était à la fois hospitalier et militaire.

Le père Paoli ne pensait pas sans doute qu'il pouvait encore exister des documents authentiques qui prouveraient son erreur. Ces documents se trouvent à Toulouse, dans les archives du prieuré de Saint-Gilles. Ce sont des chartes originales des années 1083, 1084 et 1085, constatant des donations faites alors dans l'Albigeois aux frères de l'Hôpital Saint-Jean-de-Jérusalem (1).

Nous avons trouvé nous même, dans un inventaire analytique des titres d'une ancienne commanderie de Normandie (2), une donation faite en 1060 par Guillaume le Conquérant au même Hôpital, de biens situés sur la Dive et dans la forêt de Gouffrey.

Ainsi il est certain que l'Ordre de l'Hôpital Saint-Jean-de-Jérusalem existait bien avant l'époque fixée par le R. P. Paoli, et que, hospitalier d'abord, il ne devint militaire qu'après s'être transformé et recruté d'une foule de seigneurs accourus aux croisades de tous les points de la chrétienté.
Comme les nouveaux chevaliers appartenaient à des peuples différents, on dut les classer d'après leur nationalité et les diviser par langue ou pays. Ainsi il y eut la langue d'Italie, la langue d'Allemagne, la langue d'Angleterre, la langue de Castille et de Portugal, la langue d'Aragon, Catalogne et Navarre, la langue de Provence, et la langue de France.

Chaque langue, avec les biens qui en dépendaient, était divisée en prieurés ; chaque prieuré en commanderies, et chaque commanderie en membres.
La langue de France renfermait le prieuré d'Aquitaine, chef-lieu Poitiers ; le prieuré de Champagne, chef-lieu Dijon, et le Grand-Prieuré de France, chef-lieu Paris.
C'est de ce dernier que nous nous occupons ici. Il s'étendait du midi au nord depuis la Loire jusqu'à la mer. Borné aussi à l'ouest par la mer, il dépassait à l'est nos frontières et comprenait presque toute la Belgique, c'est-à-dire les Flandres, le Hainaut, le Brabant et le pays de Liège. En un mot, le Grand-Prieuré de France renfermait les anciens diocèses de Paris, Chartres, Orléans, Meaux, Reims, Troyes, Sens, Auxerre, Nevers, Evreux, Lisieux, Rouen, Sées, Bayeux, Coutances, Laon, Soissons, Noyon, Senlis, Beauvais, Amiens, Cambrai, Arras, Térouane, Tournai et Liège. 1. Ces chartes sont rapportées dans un Mémoire de M. Saige, archiviste aux Archives nationales, intitulé : Les origines de l'Ordre de l'Hôpital-Saint-Jean-de-Jérusalem, in-8º, Paris, Alb.-L. Hérold, 1864.
2. La Commanderie de Villedieu-les-Bailleul.


C'est au XIIe siècle qu'il faut remonter pour trouver l'origine de ce prieuré. Le Grand-Maître de l'Hôpital qui résidait alors à Jérusalem avait en France un de ses lieutenants, qu'on nommait Prieur de l'Hôpital, «  Prior Hospitalis in Francia  ». Celui-ci à son tour avait sous ses ordres dans chaque province, un religieux chargé de recevoir les aumônes et les dons qu'on désirait faire à l'Hôpital. Ce religieux s'appelait Commandeur de l'Hôpital, «  Preceptor Hospitalis.  » On trouve de ces commandeurs dans la seconde moitié du XIIe siècle en Champagne, en Normandie, en Artois, en Flandre, dans le Cambrésis, dans te Ponthieu, etc.

Pour assurer aux frères de l'Ordre des moyens suffisants d'existence et contribuer au développement de leur institution, nos rois leur donnèrent d'abord une partie des revenus de leurs villes ; puis, après leur avoir accordé une foule de privilèges, et notamment l'exemption pour eux et pour leurs hommes de toutes tailles et contributions quelconques, ils leur concédèrent des terres dans diverses provinces pour y former leurs établissements.
Le Saint-Siège de son côté voulut, par une faveur spéciale, les affranchir de toute juridiction ecclésiastique, en ordonnant que pour les affaires spirituelles, ils ne relèveraient que de lui seul et directement.

A leur tour, les évêques se montrèrent bienveillants et généreux à leur égard. Ils leur accordèrent des prébendes dans leurs églises, ainsi que le patronage et la collation d'un grand nombre de cures avec les dîmes qui en dépendaient.
En même temps les grands du royaume, les seigneurs, s'empressaient de leur venir en aide en leur concédant des droits d'usage de toute espèce dans leurs domaines pour eux, leurs hommes et leurs animaux domestiques.

Lorsque ces diverses concessions se trouvaient réunies sur un même point ou dans la même contrée, et offraient assez d'importance pour y créer un établissement, les Hospitaliers se hâtaient d'élever là des constructions. Ils y bâtissaient une maison, une église ou tout au moins une chapelle ; et comme dans toutes leurs possessions, ils jouissaient par privilège royal de la haute, moyenne et basse justice, il arrivait souvent que de petits domaines dès l'origine devenaient plus tard en s'agrandissant, très considérables, et formaient des terres et des seigneuries de premier ordre.

Ce sont ces établissements qu'on a nommés depuis commanderies, et qui étaient administrés, selon leur importance, par un nombre plus ou moins grand de religieux, dont le chef avait le titre de Commandeur.
Dans le Grand-Prieuré de France, les commanderies commencèrent à s'organiser vers le milieu du XIIe siècle. Nous citerons parmi les plus anciennes celles de Boncourt et de Cerny dans le Laonais, — de Villedieu-les-Poëles dans le Cotentin, — d'Eterpigny dans le Noyonais, — de Launay dans le Senonais, — de Fieffes dans le Ponthieu, — de Fresnoy dans le Cambresis, — de Bonneville dans l'Orléanais, et de Chiply en Hainaut.

Vers la fin du XIIe siècle, nous en voyons d'autres se former : celles de Corbeil dans l'Ile de France, — de Monthyon dans la Brie, — de Villedieu-la-Montagne, et de Villedieu-les-Bailleul dans la Normandie, — de Senlis dans le Valois, — de la Landelle dans le Beauvoisis, — du Plessis-aux-Eventés dans le Senonais, — de Pilvarnier dans le Gatinais, — du Bois-Saint-Jean dans le Ponthieu, — de Hautavesnes et de Gaudiempré dans l'Artois.

Le commencement du XIIIe siècle en voit naître de nouvelles. Ce sont les commanderies de Louvières en Parisis, — de Melun en Brie, — de Rosnay, d'Orient et de la Chapelle-Lasson dans la Champagne. Vers le même temps, apparaissent les commanderies de Maison-Neuve, près Coulommiers, et de la Croix-en-Brie, ainsi que celle d'Ablainville dans l'Orléanais.

Il y en avait encore d'autres qui devaient être fort anciennes, mais nous n'avons pu trouver l'époque de leur fondation. De ce nombre, nous citerons: le Déluge dans l'Ile-de-France, — Saint-Mauvis dans le Ponthieu, — la Renardière, Saint-Victor, Campigny dans la Normandie, — Maupas dans le Soissonnais, — Waereghem en Flandre, etc.

Le siège du Grand-Prieuré de France dont relevaient ces commanderies, se trouvait, comme nous l'avons dit, à Paris. Cependant au commencement du XIIIe siècle, il fut transféré à Corbeil, au prieuré de Saint-Jean-en-l'Ile, qui venait d'être fondé par la reine Alix, mère de Philippe-Auguste. Il y resta jusqu'au jour où il fut rétabli à Paris dans l'ancienne maison du Temple. Cette dernière translation eut lieu à la suite de la dévolution faite en 1344 au profit des Hospitaliers par le concile de Vienne, de tous les biens des Templiers dont l'Ordre venait d'être supprimé.

Les biens du Temple étaient comme ceux de l'Hôpital, divisés par langues, prieurés et commanderies. La langue de France chez les Templiers formait à peu près la même circonscription que celle du, Grand-Prieuré de France pour les Hospitaliers.

L'Ordre du Temple, moins ancien que celui de l'Hôpital Saint-Jean-de-Jérusalem, fut fondé en 1118 à Jérusalem par plusieurs seigneurs qui s'étaient croisés. Quelques-uns de ses fondateurs dont l'histoire nous a conservé les noms, Hugues de Payns, de la maison des comtes de Champagne, Payen de Montdidier, issu d'une noble famille de Picardie, et Gaudefroy de Saint-Omer, flamand d'origine, vinrent avec quelques autres chevaliers en 1128 au concile de Troyes, pour soumettre aux prélats assemblés les statuts de leur nouvelle institution. Après en avoir obtenu l'approbation, ils se rendirent à Rome auprès du pape Honorius II qui leur en accorda la confirmation; puis ils revinrent en France où ils séjournèrent quelque temps pour enrôler sous leur bannière un grand nombre de chevaliers.

C'est alors qu'en témoignage de tout l'intérêt et de l'attachement qu'ils portaient à l'Ordre fondé par eux, Hugues de Payns lui fit don de sa terre de Payns, près de Troyes ; qu'à son exemple Payen de Montdidier lui abandonna celle de Fontaine-lez-Montdidier, et que Gaudefroy de Saint-Omer obtint de son père, alors châtelain de Saint-Omer, la concession pour ses coreligionnaires, des églises de Slype et de Leffinghe en Flandre, avec les dîmes considérables qui en dépendaient.

Ces donations eurent pour conséquence la fondation des commanderies de Payns, de Fontaine et de Slype qui furent les trois premières commanderies que les Templiers créèrent en France. D'autres encore ne tardèrent pas à se former, car nous trouvons les chevaliers du Temple déjà établis à Puisieux-sous-Laon en 1130, — à Ypres en Flandre en 1132, — au Mont-de-Soissons dans le Soissonnais en 1133, — au Piéton en Hainaut en 1134, — à Arras dans l'Artois en 1140, — à Louvain dans le Brabant en 1141, — au Fliemet en Hainaut en 1142, — à Baugy dans la Normandie en 1148, — à Savigny-le-Temple dans la Brie en 1149, — à Thony en Laonais en 1149.

Parmi les commanderies du Temple qui prirent naissance dans la seconde moitié du XIIe siècle, nous citerons les plus importantes : Bonlieu en Champagne et Coulours en Brie en 1157, — le Saussay dans l'Ile de France en 1159, — Barbonne en Champagne en 1165, — la Villedieu-en-Dreugesin en 1165, — Merlan en Champagne en 1166, — Choisy-le-Temple en Brie en 1168, — Auvernaux en Gâtinais en 1171, — Saint-Marc d'Orléans en 1171, — Sainte-Vaubourg en Normandie en 1173, — Bertaignemont en Laonais en 1173,— Beauvais en Gâtinais en 1184, — Balisy en Hurepoix en 1188, — Villemoison dans l'Auxerrois en 1189, — Sours dans le Pays chartrain en 1195, — et Belle-Église en Picardie en 1196.

Les Templiers jouissaient au spirituel comme au temporel des mêmes droits et privilèges que les rois de France et les papes avaient accordés aux chevaliers de l'Hôpital Saint-Jean-de-Jérusalem. Ils avaient trouvé dès l'origine de puissants protecteurs dans les comtes de Flandre, dans les ducs de Normandie, dans les comtes de Champagne, dans ceux du Ponthieu et de Clermont. Thiery, comte de Flandre, donnait asile dans son palais à un dignitaire du Temple, et lui accordait tous les jours une prébende qu'il tirait de sa table pour la nourriture de cinq personnes.

Le célèbre évêque de Laon, Barthélémy de Vire, Simon Ie, évêque de Noyon, Maurice, évêque de Paris, Gauthier, évêque de Soissons, et Nicolas, évêque de Cambrai, furent les premiers à recevoir les Templiers dans leurs diocèses et à les pourvoir de ce dont ils avaient besoin.

Il n'y avait pas que les riches et les puissants du jour qui s'intéressaient à eux et leur faisaient des aumônes. Les plus déshérités de la fortune, les pauvres même ne les oubliaient pas, et leur obole ne contribua pas peu à grossir les revenus de certaines commanderies, surtout de celle de Saint-Etienne de Renneville en Normandie.

D'un autre côté, les acquisitions qu'ils faisaient n'étaient pas moins importantes que les dons qu'ils pouvaient recevoir. On les voit en 1209 acheter tous les biens du prieuré de la Charité-sur-Loir, au prix de 10,000 livres tournois, somme énorme pour le temps.

Ce serait une erreur de croire que la guerre qu'ils soutenaient en Terre-Sainte devait absorber toutes leurs ressources. Ils possédaient en Palestine et en Syrie des domaines considérables. Le revenu qu'ils en retiraient suffisait pour couvrir les frais de la guerre. Celui des biens de France et des autres pays restait disponible. On le capitalisait pour le faire servir à de nouvelles acquisitions.

Au XIIIe siècle, les chevaliers du Temple étaient arrivés à posséder d'immenses richesses. Ils ne s'appelaient plus comme à l'origine, les pauvres Chevaliers du Christ. Un titre si humble ne pouvait plus aller avec l'opulence qu'ils étalaient. Leur simplicité d'autrefois avait fait place à des airs de grandeur et de fierté qu'on était étonné de Voir chez eux. On leur reprochait d'être parfois hautains et dédaigneux. Animés d'un grand esprit d'indépendance, ils allèrent jusqu'à méconnaître dans certaines circonstances les conseils et même les ordres de la cour de Rome.

Au milieu d'une prospérité toujours croissante, ils ne se souvenaient plus du rôle modeste qu'ils avaient joué dans les premiers temps. Ils semblaient avoir tout oublié: tout, jusqu'à la reconnaissance qu'ils devaient à d'augustes bienfaiteurs. Saint Louis, prisonnier des infidèles, nous donne un triste exemple de leur ingratitude. Ils refusèrent de contribuer au paiement de sa rançon, lorsque leur trésor était là, rempli d'or. «  C'est faut, il ne faut pas prendre ces dire en considération.  »

La passion des richesses les entraîna quelquefois à dés actes injustes et bien condamnables. En voici un exemple : ils savaient très bien qu'il leur était défendu par les statuts de l'Ordre d'aliéner directement ou indirectement la moindre parcelle de leurs propriétés. Malgré cela, il arriva qu'ils baillèrent à rente vers le milieu du XIIIe siècle beaucoup de terres alors incultes et improductives, à la charge par les arrentataires de les mettre en culture et d'y bâtir des fermes. Ces améliorations étaient à peine terminées, qu'ils s'avisèrent de vouloir rentrer en possession de ces terres. A force de démarchés et de sollicitations, le Grand-Maître du Temple obtint, en 1266, du pape Clément IV, une bulle qui déclarait nuls et non avenus comme contraires aux statuts de l'Ordre, tous les actes d'arrentement qui avaient été passés, et dépossédait les arrentataires ou les tiers détenteurs, des biens qu'ils pensaient avoir acquis légitimement.

Jaloux à l'excès de leurs droits et privilèges, ils étaient continuellement en procès avec les seigneurs ou les propriétaires voisins de leurs commanderies. Sous prétexte de sauvegarder et de défendre leurs intérêts, ils oubliaient souvent de respecter ceux d'autrui.

En 1279, Philippe le Hardi eut lui-même des difficultés avec eux, à raison de la justice qu'ils voulaient exercer dans certains quartiers de Paris. Le Roi s'opposa à leurs prétentions et revendiqua ses droits. Il leur fit pourtant une concession, en leur laissant la haute justice dans leur maison du Temple à Paris.

Vers la fin du XIIIe siècle, leur esprit remuant et tracassier leur avait fait beaucoup d'ennemis, surtout parmi la noblesse et le clergé. C'était le moment où ils allaient revenir de la Terre-Sainte. Malgré les revers qui, dans les derniers temps, avaient éclairci leurs rangs, ils étaient encore au nombre de trente mille chevaliers, dont cinq mille français. Le Grand-Maître de l'Ordre vint avec une partie de ces derniers s'installer à Paris dans la maison du Temple, véritable forteresse dont l'étendue égalait le tiers de la cité. Son revenu passait alors pour être de huit millions de livres, ce qui vaudrait au cours d'aujourd'hui plus de cent vingt millions de francs or de 1875.

Le voisinage de pareils hôtes n'était pas de nature à rassurer Philippe le Bel. Le Roi connaissait l'esprit entreprenant des chevaliers du Temple. Il pouvait craindre qu'ils ne lui suscitassent des embarras, surtout au milieu des troubles qui agitaient le royaume, lorsque le mécontentement était général, et que les finances de l'Etat se trouvaient dans une pénurie complète. Cependant Philippe le Bel dissimula ses craintes ; et, comme s'il n'eut rien à redouter de ses puissants voisins, il leur renouvela et confirma, en 1304, tous les droits et privilèges dont ils jouissaient en France. Il est très curieux de lire les lettres patentes qu'il publia à cette occasion. Il faut voir comme le Roi prodigue aux chevaliers du Temple les plus grands éloges et les témoignages de la plus vive sympathie. Il va jusqu'à les appeler ses très-chers amis, «  dilectissimi amici  », et alors peut-être avait-il déjà résolu leur perte et avisait-il aux moyens de la consommer. Ce qui le ferait croire, c'est que leur procès ne tarda pas à commencer. Nous ne discuterons pas ici les fautes et les crimes qu'on leur reprochait dans cette ténébreuse affaire, le jour n'a pu pénétrer suffisamment, et bien des doutes sont restés dans les esprits. Si, parmi les chefs d'accusation portés contre eux, il pouvait s'en trouver de fondés, il y en avait d'autres qui, par leur invraisemblance, paraissaient faux ou exagérés. Comment pouvait-on, par exemple, faire passer pour idolâtre et hérétique une institution qui protestait assez par sa nature contre une pareille accusation, et dont les membres dévoués à la défense de la religion du Christ allaient combattre pour elle au-delà des mers et mourir en martyrs sur les champs de bataille de la Palestine et de la Syrie ? Non, cela n'est pas admissible.

Si l'on passe aux vices et aux habitudes honteuses que les chevaliers du Temple auraient contractés pendant leur séjour en Orient : ce reproche, il faut le dire, pouvait atteindre un certain nombre d'entre eux. Mais alors que devait-on faire ? Arrêter et punir les coupables, épurer et réformer l'Ordre, comme le voulait le pape Clément V, et non envelopper tous ses membres indistinctement dans la même proscription et les vouer au plus cruel des supplices.

Aussi pensons-nous que si l'on veut chercher les causes véritables qui ont amené un dénouement si tragique, on les trouvera moins dans les crimes reprochés aux Templiers que dans la crainte et la cupidité de Philippe le Bel qui voulait se débarrasser d'un Ordre qui lui portait ombrage, et dont il convoitait surtout les richesses.

Cette opinion d'ailleurs est justifiée par la conduite du Roi dans ces circonstances. Le jour même que les Templiers furent arrêtés à Paris, Philippe le Bel se rendit à la maison du Temple et y passa la nuit. Cette visite faite avec tant d'empressement et si prolongée, donna lieu à bien des suppositions. Elle devait avoir évidemment un but intéressé. Tout le monde savait que le Temple renfermait des richesses considérables. Cependant on ne connut jamais l'importance du trésor qui s'y trouvait ni ce qu'il devint. Seul Philippe le Bel le sut : mais il avait sans doute des raisons pour n'en rien dire.

De plus, le Roi ordonna le séquestre de tous les biens que les Templiers possédaient en France. Il s'empressa d'en donner l'administration à ses officiers, baillis ou prévôts de province. Clément V réclama contre cette mesure qui portait atteinte aux droits et prérogatives de l'autorité ecclésiastique. En effet, les Templiers étant un Ordre religieux, leurs biens ne pouvaient être valablement séquestrés qu'entre les mains des évêques.

Philippe le Bel ne tint aucun compte de cette réclamation, et continua de laisser à ses officiers la garde et l'administration des biens du Temple. C'était un moyen fort habile pour tâcher de s'en ménager plus tard la possession définitive.

La disparition du trésor du Temple ne fut pas la seule perte qu'on eut à regretter. Des détournements, des vols d'un autre genre, tout aussi condamnables, eurent lieu dans les provinces. La négligence et l'infidélité de certains officiers du Roi firent perdre à des commanderies beaucoup de biens. Ainsi la commanderie de Choisy-le-Temple fut dépossédée de plus de 900 arpents de terre disséminés sur plusieurs territoires, et qu'on laissa usurper par des seigneurs ou propriétaires voisins.

Il y eut même des officiers qui abusèrent de leur mandat jusqu'à disposer des biens des commanderies, comme s'ils leur avaient appartenu. Un bailli de la Brie ne se fit pas scrupule de donner en dot, à sa fille, une commanderie dont elle resta en possession pendant plusieurs années.

On peut juger du désordre qui régnait partout, et de l'aspect triste et sinistre que présentaient ces grands domaines jadis si florissants et si prospères. Toutes les maisons, ainsi que la plupart des églises et des chapelles étaient fermées. On en avait retiré les meubles, les ornements et tous les objets du culte qu'on avait vendus à vil prix. Le mobilier servant à l'exploitation des terres, avait été également aliéné, de sorte que ces terres ne pouvaient plus être cultivées. On les laissait incultes ou on les affermait à des prix inférieurs à leur valeur, et souvent à des gens peu solvables et qui ne payaient pas.

Cet état de choses dura quatre à cinq ans, c'est-à-dire jusqu'en 1311, où le concile de Vienne, après avoir prononcé la suppression de l'Ordre du Temple, en accorda les biens aux chevaliers de l'HOpital Saint-Jean-de-Jérusalem.

On comprend facilement combien cette décision dût contrarier Philippe le Bel, qui voyait par là ses plans entièrement déjoués. Comme le Roi ne pouvait rien opposer à la décision du concile, il voulut paraître s'y soumettre de bonne grâce en publiant pour son exécution un mandement à tous ses baillis et prévôts de province. Mais en même temps il avait soin d'informer le Grand-Prieur de France, Simon le Rat, à quelles conditions il consentait à le faire mettre en possession des biens qui venaient d'être dévolus à son Ordre.

Ces conditions étaient au nombre de trois :
La première était la remboursement de toutes les dépenses occasionnées par le procès des Templiers, comme si le trésor que Philippe le Bel avait trouvé chez eux ne l'avait pas dédommagé suffisamment et même au-delà de tous ces frais.

La seconde condition demandait la remise d'une somme de 200,000 petits tournois que le Roi prétendait avoir eus en dépôt au Temple. A cette réclamation, le Grand-Prieur de France aurait pu lui opposer la sienne, le remboursement des 500,000 livres que Philippe le Bel avait empruntées des Templiers pour payer la dot de sa soeur (Histoire de l'Église, Dupuy, XIVe siècle.)

Enfin la troisième condition était relative à toutes les sommes que le Trésor royal avait pu encaisser, provenant de la gestion des biens et affaires du Temple. On demandait que ces sommes fussent définitivement acquises au Trésor et ne pussent être, à l'avenir, l'objet d'aucune réclamation ni répétition.

Cette dernière condition devait avoir, aux yeux du Roi, la plus grande importance. Il obtenait par elle, pour lui et ses officiers, une espèce de blanc-seing d'indemnité, une absolution pour les malversations et les détournements qui avaient eu lieu.

On comprend l'embarras du Grand-Prieur de France devant les exigences royales. Il ne pouvait les combattre ni même les discuter sans soulever des questions fort délicates. Il avait à les accepter tout simplement ou à les rejeter. En les acceptant, il ne fit que se soumettre aux nécessités de la situation. L'acte qui s'ensuivit était rédigé et allait être signé, quand le Roi vint à mourir. Son successeur, Philippe le Hutin en fit rédiger un autre où il se montra encore plus exigeant que son père par de nouvelles dispositions qu'il voulut y introduire.

Par cet acte, qui porte la date du 14 février 1315, les Hospitaliers s'engageaient à payer 260 mille petits tournois, dont 200 mille en restitution du prétendu dépôt qui se trouvait au Temple, et 60 mille pour les frais du procès des Templiers. Ils déclaraient, en outre, décharger Philippe le Bel et son successeur de tout rapport, à raison des sommes qu'ils avaient pu toucher provenant des biens du Temple. Voici en quels termes ils faisaient cette déclaration :
«  Nous quittons, délaissons et octroions à mondit Seigneur le Roy, tout ce qui est rechu et levé en quelque manière que ce soit par les genz du roy Philippe, son père, ou par les siens, des biens jadis dou Temple, dors le jour que les Templiers furent pris en réaume de France jusqu'aujourd'hui, et qui seroit trouvé avoir estre conservé en l'usage et en profict dudict Philippe et de li.  »

Et comme si cela ne suffisait pas, Louis le Hutin demanda que, pour le mobilier de certaines églises qui n'avait pas été vendu, il lui en reviendrait les deux tiers de la valeur, comme il profiterait dans les mêmes proportions des sommes qui restaient dues aux Templiers, au fur et à mesure que les Hospitaliers en feraient le recouvrement (1). 1. Archives nationales, K 39 nº 9.

Louis le Hutin étant venu à mourir quelque temps après, ce ne fut pas sans surprise qu'on vit Philippe le Long, son successeur, faire saisir les anciens biens du Temple, parce que les Hospitaliers étaient en retard de payer ce qu'ils devaient par leur engagement du 14 février 1315. Un pareil procédé de la part du Roi excita un blâme général. Philippe le Long devait connaître la position des chevaliers de l'Hôpital. Il savait qu'ils venaient de prendre Rhodes et que, pour s'établir et se fortifier dans cette île, il leur avait coûté beaucoup d'argent. D'un autre coté, la prise de possession des biens des Templiers, les réparations qu'il avait fallu faire aux fermes et aux nombreuses chapelles ou églises qui en dépendaient, leur avaient occasionné des dépenses considérables. Après tout, il n'y avait pas assez de temps qu'ils jouissaient de leur nouvelle fortune, pour qu'ils aient pu en retirer déjà de quoi payer leurs dettes.

Cependant, il fallait aviser au moyen d'obtenir du Roi la mainlevée de sa saisie. Pour cela on eut recours à un emprunt, et on offrit à Philippe le Long le remboursement d'une grande partie des sommes exigibles, ce qu'il accepta en remettant les Hospitaliers en possession de leurs biens par ses lettres patentes du 5 mai 1317 (2). 2. Archives nationales, K 40 nº 11.

A Philippe le Long succéda Charles IV, qui voulut en finir avec les Hospitaliers pour ce qu'ils redevaient encore au Trésor royal. Nous étions alors en 1325. Le Roi leur proposa de les tenir quittes et libérés de toutes leurs obligations, s'ils consentaient à lui constituer sur sa tête et sur celle de Mahaut de Saint-Pol, sa femme, une rente annuelle et viagère de douze cents petits tournois. Les chevaliers de l'Hôpital acceptèrent cette proposition ; et pour assurer le service de cette rente, ils déléguèrent au Roi et à la Reine les revenus de plusieurs commanderies, au nombre desquelles nous trouvons dans le Grand-Prieuré de France, celles de Sennevieres et de Beauvais-en-Gâtinais.

Dans toutes les négociations qui précédèrent ou suivirent la remise des biens du Temple aux Hospitaliers, Philippe-le-Bel et ses successeurs se montrèrent durs et impitoyables envers eux. On y voit percer la jalousie ou un dépit mal déguisé de n'avoir pu s'emparer d'un héritage qu'ils convoitaient depuis longtemps. Ils ne pouvaient pardonner aux chevaliers de l'Hôpital la faveur que le concile de Vienne leur avait accordée et ils voulurent la leur faire payer au prix de bien des vexations et des sacrifices.

Libérés enfin de toutes leurs obligations envers le trésor royal, les Hospitaliers s'occupèrent de la réorganisation de leurs commanderies. L'adjonction qu'on y avait faite de celles du Temple en avait triplé le nombre. Les provinces où les Templiers possédaient le plus d'établissements étaient la Flandre, la Picardie, la Normandie et la Champagne. Les établissements de l'Hôpital-Saint-Jean-de-Jérusalem se trouvaient en grande partie dans l'Ile-de-France, la Brie et le pays de Liège et encore étaient-ils là moins nombreux que ceux qu'y avaient les chevaliers du Temple.

La réorganisation des commanderies donna lieu à un grand mouvement dans le personnel de l'Ordre. On voit dans les registres du chapitre du Grand-Prieuré de France qu'on augmenta au commencement du XIVe siècle le nombre des servants d'armes, sans doute pour mieux veiller à la garde et conservation des domaines ruraux. On institua aussi une foule de chapelains et de prêtres d'obédience pour desservir les nouvelles églises et chapelles. Dans le personnel de la commanderie d'Avaltere, au pays de Liège, on comptait 26 prêtres. Il y avait en outre 6 servants d'armes et 8 donnés.

Par une bonne direction qu'on tâcha d'imprimer aux commanderies on comptait diminuer leurs charges, réparer leurs pertes et accroître leurs revenus. Mais cet espoir fut bientôt déçu. Des malheurs sans fin vinrent fondre sur le pays : nous voulons parler de cette longue série de guerres qui commencèrent vers le milieu du XIVe siècle et se prolongèrent presque sans interruption pendant une centaine d'années.

Bien que la neutralité observée par les Hospitaliers dans les guerres des nations catholiques entre elles, dût leur assurer le respect et la sécurité de leurs personnes et de leurs biens, il était impossible qu'au milieu d'un tel désordre et des ravages de toutes sortes, leurs commanderies fussent épargnées et n'eussent pas beaucoup à souffrir. Les commandeurs étaient souvent obligés d'abandonner leurs domaines et de se réfugier dans les villes. Pendant ce temps là leurs terres restaient incultes et l'Ordre voyait tarir la principale source de ses revenus.

En 1373 la misère était devenue générale et si grande que la plupart des commanderies ne rapportaient presque plus rien. Beaucoup d'entre elles avaient des charges supérieures à leurs revenus. Dans une situation aussi critique, le pape Grégoire XI, qui portait le plus vif intérêt aux affaires de l'Hôpital, demanda au Grand-Prieur de France un état détaillé des biens et du personnel de ses commanderies. Cet état fut dressé, mais avant de l'envoyer à Rome, le Grand-Prieur en fit faire une copie pour être conservée dans les archives de l'Ordre à Paris. Ce document, écrit sur parchemin, formait un registre in-folio qui, à cause de la couleur de sa couverture, fut appelé le Livre vert. Il se trouve aujourd'hui aux Archives nationales, coté S nº 5543. Il est fâcheux qu'il ait subi une grave mutilation : il lui manque presque la dernière moitié de ses feuillets. En tête de ce document se trouve la liste des commanderies qui existaient en 1373 dans le Grand-Prieuré de France. Elles sont rangées par diocèses avec l'indication de leur origine, soit de l'Hôpital ancien, soit du Temple. En voici la liste :

Diocèse d'Amiens

— Fieffes — Hôpital ancien.
— Saint-Mauvis — Hôpital ancien.
— Beauvoir-en-Ponthieu — Temple.
— La Druelle — Temple.
— Fontaine-sous-Montdidier — Temple.
— Grandselve — Temple.
— Moufflières — Temple.
— Montdidier — Temple.
— Oisemont — Temple.
— Sommereux — Temple.

Diocèse d'Arras

— Hautavesnes — Hôpital ancien.
— Saint-Sanson de Douai — Hôpital ancien.

Diocèse d'Auxerre

— Champs — Hôpital ancien.
— Le Plessis de Rebouse (d'Arbouse) — Hôpital ancien.
— Sacy — Hôpital ancien.
— Moneteau — Temple.
— Le Sauce-sur-Yonne — Temple.
— Villemoison — Temple.

Diocèse de Bayeux

— Baugy — Temple.
— Bretleville Larrabel (le Rabet) — Temple.
— Corval — Temple.

Diocèse de Beaurais

— La Landelle — Hôpital ancien.
— Bosdescuz (Bois d'Écu) — Temple.
— Laigneville — Temple.
— Les Quesnois (Esquenoy) — Temple.
— Messelan — Temple.

Diocèse de Cambrai

Hainaut et Cambresis Hôpital ancien et Temple.
(Cette commanderie dont le chef-lieu était le Temple du Piéton près de Mos-en-Hainaut, avait au XIVe siècle, pour membre l'ancienne commanderie de l'Hôpital du Fresnoy dans le Cambrésis)

Diocèse de Chartres

— Champagne — Hôpital ancien.
— Saint-Victor-au-Perche — Hôpital ancien.
— Pays chartrain — Temple (1).
— Launay au Perche — Temple.
— La Villedieu en Dreugusin — Temple.
— La Villedieu-lez-Maurepas — Temple.
— La Renardière — Temple.
(1. Le chef-lieu de la commanderie était Sours près de Chartres)

Diocèse de Coutances

— Villedieu-de-Saucherelle (Sanchevreuil) — Hôpital ancien.
— Valcanville — Temple.

Diocèse d'Évreux

— Chenuz (Chanu) — Temple.
— Fontaines le Cado — Temple.
— La Haye-du-Val-Saint-Denis — Temple.
— Saint-Étienne de Renneville — Temple.
— Villedieu de Grandvilliers — Temple.

Diocèse de Laon

— Boncourt — Hôpital ancien.
— Bretignymont (Bertaignemont) — Temple.
— Puisiex (Puisieux-sous-Laon) — Temple.
— Thony — Temple.

Diocèse de Liège

— Avalteres — Hôpital et Temple.
(Chef-lieu de la commanderie Chantraine en Brabant)

Diocèse de Lisieux

Champigny (Campigny) — Hôpital ancien.

Diocèse de Meaux

— Monthyon — Hôpital ancien.
— Rigny — Hôpital ancien.
— Burberiot (Bilbartaut) — Temple.
— Chauffour — Temple.
— Coulommiers — Temple.
— Lagny-le-Sec — Temple.
— La Ferte-Gaucher — Temple.
— Moisy-le-Temple — Temple.
— Soisy (Choisy) — Temple.

Diocèse de Nevers

— Biches — Temple.

Diocèse de Noyon

— Eterpigny — Hôpital ancien et Temple.

Diocèse d'Orléans

— Orléans — Hôpital ancien et Temple.
(Le chef-lieu était Saint-Marc près d'Orléans.)

Diocèse de Paris

— Corbeil — Hôpital ancien.
— Paris — Hôpital ancien.
— Paris — Temple.

Diocèse de Reims

— Reims — Hôpital ancien et Temple.
— Mellans — Temple.
— Seraincourt — Temple.

Diocèse de Rouen

— Villedieu-la-Montagne — Hôpital ancien.
— Bourgoult — Temple.
— Ivry-le-Temple — Temple.
— Repentigny — Temple.
— Sainte-Vaubourg — Temple.

Diocèse de Sens

— Cerisiers — Hôpital ancien.
— Launoy (Launay) — Hôpital ancien.
— Melun — Hôpital ancien.
— Le Plessis-aux-Eventés — Hôpital ancien.
— Puisivernier (Pilvarnier) — Hôpital ancien.
— Rampillon — Hôpital ancien.
— Roussemel (Roussemeau) — Hôpital ancien.
— Beauvois-en-Gâtinais — Temple.
— Chambeugle — Temple.
— Coulours — Temple.
— Estampois (1) — Temple.
— Provins — Temple.
— Saucoy (Le Saussay) — Temple.
(1. Chef-lieu Chalou-la-Reine, aujourd'hui Chalou-Moulineux.)

Diocèse de Senlis

— Senlis — Hôpital ancien.

Diocèse de Sées

— Viliedieu-les-Bailieul — Hôpital ancien.
— Villedieu-de-Montchevreuil — Hôpital ancien.
— Fresneaux — Temple.

Diocèse de Soissons

— Maupas — Hôpital ancien.
— Compiègne — Temple.
— Le Mont-de-Soissons — Temple.
— Passy-sous-Saint-Gemme — Temple.
— La Sablonnière — Temple.

Diocèse de Thérouane

— Loisons — Temple.
— Gombermont — Temple.

Diocèse de Tournai

— Esclippes (Slype) — Temple.

Diocèse de Troyes

— La Chapelle-Lasson — Hôpital ancien.
— Orient — Hôpital ancien.
— Rosnay — Hôpital ancien.
— Bonlieu — Temple.
— Barbone — Temple.
— Fresnoy-en-Brie — Temple.
— Tréfols — Temple.
— Troyes — Temple.
— Soignies — Temple.
— Vallée (les Vallées) — Temple.

A ces cent cinq commanderies il faut en ajouter neuf autres dont le Livre-Vert ne fait point mention, mais qui n'en existaient pas moins en 1373 :
Le Déluge, près de Marcoussis, au diocèse de Paris.
Auvernaux, dans le Gâtinais.
Montbouy, dans l'Orléanais.
La Croix-en-Brie, Chevru et Maison-Neuve dans la Brie.
Viffort, dans le Soissonnais.
Gaudiempré, en Artois.
La Braque, dans les Pays-Bas

Total: 114 commanderies.

Auparavant, ce nombre était encore plus grand, car nous avons trouvé qu'à la fin du XIIIe siècle et au commencement du XIVe on avait supprimé cinquante-quatre commanderies dont 43 provenaient du Temple et 44 de l'Hôpital ancien.

Ces commanderies étaient :

Environs de Paris

Le Temple de Clichy-en-l'Aunois, le Temple de Balisy et le Temple de Cernay ;

Dans le Gâtinais

Le Temple de Savigny, le Temple de Baudelu, l'Hôpital de Montézat et le Temple d'Étampes ;

Dans la Beauce

Le Temple d'Arville, le Temple de Prunay, l'Hôpital de Châteaudun, le Temple de la Boissière et le Temple de Chartres;

Dans l'élection de Mortagne

L'Hôpital de la Villedieu-Feuillet ;

Dans l'Orléanais : L'Hôpital d'Orléans et l'Hôpital d'Ablainville ;

Dans la Brie

Le Temple de Lagny-sur-Marne, le Temple de Dormelles et l'Hôpital de Dieu-Lamant ;

Dans la Champagne

Le Temple de Payns, l'Hôpital du Perchoir, l'Hôpital de Crilly, l'Hôpital de Saint-Thomas, à Joigny, le Temple de la Madeleine près de Joigny ;

Dans l'Auxerrois

Le Temple de Saint-Bris, le Temple d'Auxerre ;

Dans le Valois

Le Temple de Verberie ;

Dans la Normandie

Le Temple de Rouen ;

Dans le Beauvoisis

Le Temple de Beauvais ;

Dans le Laonais

L'Hôpital de Cerny, le Temple de Catillon et le Temple de Laon ;

Dans le Soissonnais

Le Temple de Sennevières ;

Dans le Vermandois

Le Temple de Rocourt près de Saint-Quentin, le Temple de Péronne et celui du Catelet ;

Dans la Picardie

Le Temple de Bellicour, le Temple de Neuilly-sous-Clermont, l'Hôpital de Montdidier ;

Dans le Ponthieu

Le Temple de Belle-Eglise, le Temple de Bellinval, le Temple d'Aimont, le Temple de Forest-l'Abbaye, le Temple de Bazincamps, le Temple d'Abbeville et l'Hôpital de Bois-Saint-Jean ;

Dans l'Artois

Le Temple d'Arras ;

Dans la Flandre

Le Temple de Douai, le Temple de la Haye-lez-Lille, le Temple de Cobrieux, le Temple d'Ypres et le Temple de Gand ;

Dans le Cambrésis

L'Hôpital du Fresnoy ;

Dans le Hainaut

Le Temple de Saint-Aubin, l'Hôpital d'Ecuelin, l'Hôpital de Chiply ;

Dans le Brabant

Le Temple de Louvain.

Un certain nombre de ces établissements, surtout ceux qui étaient situés dans les villes, servirent pendant les guerres des XIVe et XVe siècles, de maisons de refuge aux titulaires de plusieurs commanderies :
Le Temple de Louvain aux commandeurs de Chantraine;
Le Temple de Douai aux commandeurs de Hautavesnes ;
Le Temple de Laon aux commandeurs de Puisieux;
Le Temple d'Abbeville aux commandeurs de Beauvoir-en-Ponthieu ;
Le Temple de Beauvais aux commandeurs de Sommereux ;
Le Temple de Péronne aux commandeurs d'Éterpigny ;
Le Temple d'Étampes aux commandeurs de Chalou-la-Reine;
L'Hôpital d'Orléans aux commandeurs de Saint-Marc ;
Le Temple d'Auxerre aux commandeurs du Sauce;
Le Temple de Chartres aux commandeurs de Sours;
Le Temple de Rouen aux commandeurs de Sainte-Vaubourg.

Les commandeurs de Boncourt et de Puisieux avaient à Laon chacun leur hôtel, comme ceux de Choisy-le-Temple et de Moisy-le-Temple possédaient le leur à Meaux.

Dans beaucoup de villes il y avait des hôtels de commanderies :
A Ypres pour le commandeur de Slype ;
A Mons, en Hainaut, pour le commandeur du Piéton ;
A Soissons, pour le commandeur du Mont-de-Soissons ;
A Montdidier, pour le commandeur de Fontaine ;
A Compiègne, pour le commandeur d'Ivry-le-Temple ;
A Nemours, pour le commandeur de Beauvais-en-Gâtinais.
A Aumale, à Évreux, à Caen, à Coutances, etc., pour des commandeurs de Normandie.

Au XIVe siècle les commanderies du Grand-Prieuré de France étaient divisées en deux classes ; les plus importantes, celles de première classe, étaient tenues par les frères chevaliers de l'Ordre et les autres par les frères chapelains ou servants d'armes. Les commanderies de première classe étaient, outre celles du Temple et de l'Hôpital ancien, à Paris, les commanderies de Choisy-le-Temple, de Corbeil, de Saint-Marc d'Orléans, de Sours, de Launay-les-Sens, de Troyes, de Sainte-Vaubourg, de Puisieux-sous-Laon, de Boncourt, d'Eterpigny, de Fieffes, de Hautavesnes, de Slype, du Piéton et d'Avalterre.

Parmi ces commanderies, il s'en trouvait une qu'on nommait la Chambre magistrale ; c'était celle que le Grand-Maitre de l'Hôpital avait le droit d'avoir dans chaque prieuré. La chambre magistrale du Grand-Prieuré de France était la commanderie du Piéton.

Il y avait encore une commanderie appelée la Chambre prieurale parce qu'elle était attachée à la dignité de Grand-Prieur de France. Cette chambre prieurale fut d'abord la commanderie de l'Hôpital ancien à Paris, puis le prieuré de Saint-Jean-en-l'île-lez-Corbeil et en dernier lieu la commanderie du Temple à Paris.

Dans chaque prieuré les commanderies étaient données par le Grand-Maître aux frères à qui l'âge ou la santé ne permettait plus de se livrer aux exercices de la guerre. Toutefois il était permis au Grand-Maître comme au prieur, de disposer chacun de leur côté d'une commanderie tous les cinq ans et de la donner à qui bon leur semblait. Mais ils en disposaient le plus souvent en faveur des frères qui s'étaient signalés par d'importants services rendus à l'Ordre.

Aucun frère ne pouvait être nommé commandeur, si, étant devenu veuf, il lui restait quelque enfant vivant de son mariage ; si après avoir pris l'habit, il n'avait résidé au moins cinq ans au couvent de Rhodes ou de Malte ; ou bien encore si, en qualité de chevalier ou de servant d'armes, il n'avait fait trois caravanes, c'est-à-dire trois campagnes sur les galères et vaisseaux de la religion.

Chaque commanderie, d'après sa classe, et l'importance de ses revenus, était taxée envers le Trésor de l'Ordre, d'une contribution annuelle qu'on appelait «  Responsion.  » Cette contribution était ordinairement du cinquième de ce que la commanderie rapportait, mais elle fut parfois du quart et même du tiers lorsque les circonstances étaient difficiles et qu'on avait de pressants besoins d'argent.

Le premier devoir d'un commandeur était de payer exactement sa responsion, car c'était avec cet argent qu'on pourvoyait à l'entretien des chevaliers à Rhodes ou à Malte, aux armements et à l'équipement des vaisseaux, enfin à toutes les dépenses de guerre.

Le commandeur devait résider dans sa commanderie, en administrer les biens, veiller à ce que rien n'en fut distrait et détourné et chercher toujours à en augmenter les revenus par ce qu'on appelait des «  ameliorissements  » ou de nouvelles acquisitions. Comme les commanderies étaient visitées tous les cinq ans par le Grand-Prieur, mais plus souvent par des commissaires qu'il déléguait, il était facile de constater si les commandeurs s'étaient acquittés plus ou moins fidèlement de leurs devoirs. Pour passer d'une commanderie à une autre plus importante, il fallait s'être distingué par une bonne administration et de notables ameliorissements dans sa gestion précédente.

Lorsqu'une commanderie venait à vaquer par le décès du titulaire, son revenu, depuis le jour du décès jusqu'au premier mai suivant, appartenait au trésor commun et le vacant courait encore un an après au profit de l'Ordre. Ce vacant était mis en adjudication entre les commandeurs et il était accordé à celui qui en offrait le prix le plus élevé. Ainsi s'explique la possession que nous voyons parfois de plusieurs commanderies par un seul chevalier ; mais il fallait pour cela que ces commanderies fissent partie du même prieuré.

Les terriers des commanderies devaient être renouvelés tous les vingt-cinq ans. On comprend l'importance qu'on attachait à ces actes éminemment conservatoires, où tous les hommes de l'Hôpital étaient appelés à déclarer ce qu'ils tenaient de l'Ordre et à lui en passer titre nouvel. Cependant aux XIVe et XVe siècles on ne put renouveler les terriers comme d'habitude à cause des guerres et des troubles qui se succédaient dans le pays. Les visites prieurales n'en continuèrent pas moins. Le Grand-Prieur de France, Nicole de Giresme, dans le chapitre général tenu à Rhodes le premier septembre 1458, déclarait que, s'il n'avait pas présenté le rapport de la dernière visite de ses commanderies, c'était à cause que cette visite n'avait pu être entièrement terminée avant son départ, et pour montrer dans quelle triste situation les commanderies se trouvaient, il ajoutait «  qu'il avoit reconnu pour celles qui avoient esté visitées, qu'elles estoient en friche à l'occasion des guerres et pour l'absence des commandeurs qui estoient en partie réduits à chercher leur pain, que les terres estoient pleines de bois, que leur défrichement coûteroit plus que de nouvelles terres à acquérir si elles n'avoient esté amorties, principalement dans les commanderies où il n'y avoit ni gens, ni bestiaux depuis plus de 40 ans, comme Le Plessis-aux-Eventés, Treffoux, Montbouy, Launay-au-Perche, le Déluge, Auvergneaux et Messelan.  »

Malgré cela, les commandeurs continuaient à payer leur responsion souvent de leurs propres deniers et quelquefois à l'aide d'argent qu'ils empruntaient pour leur compte personnel. Ce sacrifice leur était encore moins onéreux que celui des dépenses qu'ils auraient dû faire s'ils avaient voulu rétablir la culture de leurs terres et l'exploitation de leurs domaines. Cependant un pareil état de choses ne pouvait se prolonger indéfiniment. On avisa à le faire cesser et, pour cela, on reforma l'administration des commanderies. Les commandeurs ne furent plus obligés de faire valoir et d'exploiter par eux-mêmes les domaines qui leur étaient confiés. Il leur fut permis de les affermer, sous leur responsabilité, à des prix et à des conditions que le chapitre provincial de l'Ordre se réservait toujours le droit de contrôler et d'approuver. La durée des baux ne pouvait excéder vingt-neuf ans et les preneurs devaient être des hommes probes, religieux et capables, ayant en outre les moyens suffisants de remettre les terres en culture et de réparer les maisons et les fermes qui tombaient en ruines.

Cette réforme administrative donna lieu à une nouvelle suppression de commanderies dont les revenus ne pouvaient plus depuis longtemps couvrir les dépenses. Ces commanderies devinrent des membres de celles que l'Ordre jugea à propos de conserver et auxquelles elles furent réunies, en voici la liste :
La Villedieu-lez-Maurepas et le Déluge, réunis à l'Hôpital ancien de Paris ;
Pilvarnier, réuni à Châlou-la-Reine ;
Melun, réuni au prieuré de Saint-Jean-en-l'Ile-lez-Corbeil ;
Auvernaux, réuni au Saussay ;
Launay-au-Perche, Saint-Victor, La Renardière et Champagne, réunis à la Villedieu-en-Dreugesin ;
Chambeugle et Montbouy, réunis à Saint-Marc d'Orléans ;
La Sablonnière et Monthyon, réunis à Choisy-le-Temple ;
Bilbartaut et Coulommiers, réunis à Maison-Neuve ;
Chauffour, Rigny, Soignies, Trefols, réunis à Chevru ;
Viffort et Frénoy-en-Brie, réunis à la Ferté-Gaucher ;
Le Val-de-Provins et Rampillon, réunis à La Croix-en-Brie ;
Moisy-le-Temple, réuni au Temple de Paris ;
Sentis, réuni à Lagny-le-Sec ;
Passy-sous-Sainte-Gemme, réuni à Reims ;
Bonlieu et Orient, réunis à Troyes ;
Les Vallées, Barbonne, Rosnay, et la Cbapelle-Lasson, réunis à Coulours;
Le Plessis-aux-Eventés, Cerisiers et Roussemeau, réunis à Launay-lez-Sens ;
Moneteau, Villemoison, Champs-sur-Yonne, Sacy et Le Plessis d'Arbouse, réunis au Sauce ;
La Landelle, Compiègne et Messelan, réunis à lyry-le-Temple ;
Saint-Samson de Douai et Gaudiempré, réunis à Hautavesnes ;
Fontaine-la-Cado et la Haie-du-Val Saint-Denis, réunis à Chanu ;
Campigny, réuni à Bourgoult;
Repentigny, réuni à Villedieu-la-Montagne ;
Villedieu-de-Sautchevreuil, Villedieu-de-Montchevreuil, Fresneaux et Villedieu-sous-Grandvilliers, réunis à Villedieu-les-Bailleul ;
Corval, réuni à Baugy ;
Bertaignemont, réuni à Puisieux-sous-Laon ;
Séraincourt et Thony, réunis à Boncourt ;
Maupas, réuni au Mont-de-Soissons ;
Gombermont, réuni à Loison ;
Grandselve et Mouflières, réunis à Oisemont ;
Montdidier et Bois-d'Écu, réunis à Fontaine ;
Esquennoy et La Druelle, réunis à Sommereux.

Les commanderies qui profitèrent de ces annexions acquirent par cela même une nouvelle importance. Aussi les vit-on recherchées et occupées presque toutes par les personnages les plus considérables de l'Ordre. Malheureusement au moment où leur prospérité allait renaître, des événements imprévus vinrent en arrêter l'essor. On était alors au commencement du XVIe siècle. Rhodes paraissait menacée d'une formidable attaque de la part des Turcs. Le Grand-Maître de l'Hôpital, en prévision d'un siège long et terrible, avait fait un appel aux armes à tous les chevaliers et servants d'armes ; ceux mêmes qui étaient chargés de l'administration des commanderies s'y étaient rendus. Ils étaient au nombre de cinq à six mille pour tenir tête à une armée assiégeante de deux cent mille hommes. Le siège de Rhodes ne dura pas moins de trois ans pendant lesquels les Hospitaliers firent une défense héroïque. Mais à la fin, épuisés, décimés écrasés par le nombre, ils furent obligés de capituler et évacuèrent l'Ile le 1er janvier 1523.

La perte de Rhodes pouvait mettre en question l'existence de l'Ordre si Charles-Quint n'était venu à son secours et ne lui eut donné l'ile de Malte pour retraite. Les Hospitaliers en prirent possession en 1530. Leur premier soin fut de fortifier Malte et de recommencer là les mêmes travaux de défense qu'ils avaient faits autrefois à Rhodes, car ils sentaient bien que la lutte avec les Turcs n'était pas finie et qu'elle reprendrait bientôt avec plus de vigueur. Seulement le besoin d'argent se faisait sentir, de grandes dépenses étaient à faire et les ressources ne suffisaient plus. On fut obligé de vendre tous les joyaux et objets précieux qui se trouvaient dans les prieurés. On vendit également tous les bois de haute futaie dans les domaines des commanderies. Mais cela n'était pas encore assez. Il fallut recourir à des emprunts, en attendant que les commanderies eussent rétabli le cours régulier de leurs revenus; ce qui ne tarda pas, car plusieurs de ces commanderies devinrent bientôt si prospères qu'on jugea à propos de les démembrer et d'en former de nouvelles avec une partie de leurs biens. C'est ainsi qu'avec la commanderie d'Avaltere, dont les revenus étaient devenus trop considérables, on forma celle de Villers-le-Temple.

En 1550 on créa en Flandre la commanderie de Caestre avec des domaines tirés de celles de Hautavesnes et de Slype.

En 1647 on rétablit la commanderie de Moisy-le-Temple, qui avait été supprimée au XVe siècle : on créa la même année celle de Louvières et Vaumion.

D'autres commanderies se formèrent encore plus tard ; en 1773, dans la Belgique, les commanderies de Vaillanpont et de Tirlemont ; en 1777, celle de Valenciennes provenant du démembrement du Piéton en Hainaut, de sorte que le Grand-Prieuré de France comptait au moment de la Révolution française cinquante-trois commanderies dont voici les noms :
La commanderie du Temple à Paris, chef-lieu du Grand-Prieuré et son annexe la commanderie de Puiseux-en-Parisis;
La commanderie de l'Hôpital ancien ou de Saint-Jean-de-Latran dans la même ville ;
La commanderie de Corbeil, autrement dite le Prieuré de Saint-Jean-en-l'ile-lez-Corbeil ;
La commanderie de Chalou-la-Reine et d'Étampes ;
Les commanderies du Saussay et de Beauvais dans le Gâtinais ;
La commanderie de Louvières et de Vaumion dans l'Ile-de-France ;
La commanderie de la Villedieu en Dreugesin ;
La commanderie de Sours près Chartres ;
La commanderie de Saint-Marc d'Orléans ;

Les commanderies de la Brie

Choisy-le-Temple, Maison-Neuve près Coulommiers, Chevru, la Ferté-Gaucher, la Croix-en-Brie, Moisy-le-Temple et Lagny-le-Sec ;

Les commanderies de Champagne

Reims, Bou et Merlan, Troyes et Coulours ;
La commanderie du Sauce dans l'Auxerrois ;

Les commanderies de Normandie

Ivry-le-Temple, Chanu, Bourgoult,
Villedieu-la-Montagne, Sainte-Vaubourg, Saint-Étienne-de-Renneville, Villedieu-les-Bailleul, Bretteville-le-Rabet, Baugy et Valcanville ;

Les commanderies de Picardie

Puisieux-sous-Laon, Boncourt, le Mont-de-Soissons, Laigneville, Eterpigny, Sommereux, Saint-Mauvis, Oisemont et Fieffes ;
Les commanderies de Hautavesnes et de Loison en Artois ;
Les commanderies du Piéton et de Valenciennes en Hainaut ;
Les commanderies de Slype et de Caestre en Flandre ;
La commanderie de Chantraine en Brabant ;
Les commanderies de Villers-le-Temple, de Vaillanpont et de Tirlemont au pays de Liège ;
La commanderie de la Braque dans les Pays-Bas ;

Ces commanderies avaient réuni à leurs domaines les biens de celles qui avaient été supprimées aux XIVe et XVe siècles et dont nous avons donné plus haut les noms.

La Révolution, qui avait confisqué en France tous les biens du clergé, s'empara également de ceux des chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem. L'ile de Malte tomba elle-même au pouvoir du gouvernement républicain. Le général Bonaparte, en se rendant en Egypte, passa devant Malte et, sous prétexte d'y faire de l'eau, voulut faire entrer dans le port tous ses vaisseaux. Sur le refus du Grand-Maître d'en y laisser pénétrer plus de deux, ainsi que les règlements le portaient, le général français s'emporta, fit aussitôt débarquer ses troupes et attaqua la ville. Les chevaliers, pris à l'improviste, se défendirent mollement. Leur répugnait-il de se battre contre des soldats qui étaient en grande partie leurs compatriotes ou sentaient-ils, ce qui est plus probable, l'inutilité de leur résistance devant une attaque si imprévue et qui devenait par cela même irrésistible ? Ils auraient dû prendre à l'avance leurs précautions et se mettre à l'abri d'une surprise. Ils ne pouvaient ignorer combien le gouvernement républicain leur en voulait pour le bon accueil que recevaient chez eux les émigrés français. Il n'en fallait pas davantage pour faire décider du sort de Malte. On avait besoin d'un prétexte pour s'emparer de l'île ; on le trouva dans les prétentions injustes soulevées par le général Bonaparte. Toutefois les chevaliers de Malte, en capitulant et remettant l'ile aux Français, dictèrent leurs conditions. Ils demandèrent pour renoncer à tous leurs droits sur ce dont on les dépouillait si perfidement, une indemnité de six cent mille francs, plus une pension annuelle de trois cent mille francs pour leur Grand-Maître et une autre de sept cents francs pour Chaque chevalier. Cette proposition fut acceptée et un traité fut signé par le général Bonaparte au nom de la République française et les principaux dignitaires de l'Ordre, le 12 juin 1798.

Mais ce traité ne reçut jamais son exécution ; c'est ce qui fit toujours considérer la prise de Malte comme un acte Aussi déloyal qu'impolitique. En effet, à quoi servait-il d'arracher cette île des mains de ses légitimes possesseurs pour la laisser passer ensuite en celles des Anglais.

Bien que la perte de Malte mit fin à la mission de l'Ordre, celui-ci n'en survécût pas moins à sa défaite et s'il disparut de France, il continua d'exister dans les États pontificaux, en Espagne et en Prusse, où il jouit encore aujourd'hui de la plus grande faveur comme distinction honorifique.

Pour compléter l'historique du Grand-Prieuré de France nous avons cru devoir donner ici la liste des Grands-Prieurs qui se sont succédé depuis 1130 jusqu'en 1789. En voici les noms :
1130 Jean le Turc.
1173 Geoffroy Breton.
1189 Garnier de Naples.
1191 Ansel.
1198 Pierre Pillot.
1199 Simon I.
1203 Isambart.
1204 Oger.
1209 Guillaume de Villers.
1224 Rigault.
1228 Guérin.
1235 Jean Montgrossin.
1244 André Pollerin.
1249 Simon II.
1253 Guillaume Pyons.
1261 Philippe de Eglis.
1269 Jean de Chevry.
1274 Raoul de Paris.
1283 Jean de Villiers.
1285 Ithier de Nanteuil.
1287 Raoul d'Orléans.
1313 Simon Lerat.
1315 Pierre Simon Le Roy.
1331 Guillaume de Citry.
1337 Florus de Fougerolles.
1339 Guillaume de Mailg.
1345 Jean de Nanteuil, amiral de France.
1352 Nicole Suinet.
1359 Jean de Duison.
1363 Robert de Juilly, depuis Grand-Maître de l'Ordre.
1373 Nicolas de Thionville.
1378 Gérard de Vienne.
1387 Adam Boulard.
1393 Renaut de Giresme.
1403 Robert Aube.
1410 Richard Tricot.
1419 Pierre de Beaufremont.
1431 Hue de Sarcus.
1435 Nicole de Giresmes.
1446 Foucaut de Rochechouart.
1464 Renaut Gorre.
1469 Bertrand de Cluys.
1483 Emery d'Amboise, depuis Grand-Maître de l'Ordre.
1504 Jacques de Château-Châlons.
1506 Antoine Chabot.
1510 Pierre de Pons.
1514 Charles de Brumières.
1518 Nicolas d'Aubusson, depuis Grand-Maître.
1520 Philippe de Villiers Isle-Adam, depuis Grand-Maître.
1523 Pierre de Cluys.
1537 Jacques de Bourbon.
1539 Philibert Bertaut.
1542 Philippe Carleau.
1547 Claude Danssienville.
1549 François de Lorraine.
1563 Pierre de Lafontaine.
1573 Henri d'Angoulême.
1591 Charles d'Orléans, comte d'Auvergne.
1593 Bertrand Pelloquin.
1600 Georges de Régnier Guerchy.
1619 Alexandre de Vendôme, frère naturel de Louis XIII.
1631 Guillaume de Meaux-Boisboudran.
1639 Amador de La Porte.
1653 Hugues de Bussy-Rabutin.
1657 Nicolas Paris de Boissy.
1667 Jacques de Souvré.
1675 Hugues d'Étampes de Valencey.
1681 Philippe de Vandosme.
1719 Jean-Philippe d'Orléans.
1763 Le prince de Conti.
1777 Le duc d'Angoulême.
1789 Leduc de Berry.
E. Mannier — Ordre de Malte — Les Commanderies du Grand-Prieuré de France — Paris Auguste Aubry et Dumoulin — 1872.

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