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Les Croisades, les possessions des Ordres Militaires en Orient

Le comté de Tripoli dans sa plus grande extension
Raymond de Saint Gilles, l'un des principaux chefs de la Première Croisade, qui en fut même quelque temps le commandant suprême se vit, peu après la prise de Jérusalem, obligé de quitter la Palestine. A la fin de 1099 il s'installa à Laodicée (Lattaquié), puis se rendit au printemps de l'année 1100 à Constantinople et prit part à la Croisade d'Anatolie de 1101 qui fut un désastre. Revenu sur la côte il dut renoncer à ses prétentions sur Laodicée et sur Antioche et chercha alors à se constituer un État au Liban qui allait devenir après de longs combats le Comté de Tripoli. Raymond ne put qu'ébaucher cette conquête au cours des quelques années qui lui restaient à vivre.
Il mourut le 28 février 1105, au château de Mont-Pèlerin qu'il avait construit, devant Tripoli dont il n'avait pu s'emparer (1). Il fut enterré dans le château (2).
Le Comté de Tripoli situé entre le Royaume de Jérusalem au Sud et la Principauté d'Antioche au Nord, occupait le long de la Méditerranée une étendue de 130 kilomètres environ.
Au Sud le Nahr al-Mu'amiltain, près du village de Juine (DjouniTempliers.net
Cap de Djouni frontière du comté de Tripoli
) fermait la frontière (3). En cette région le Comté ne pénétrait guère dans l'intérieur des terres que sur 25 kilomètres. Au milieu, entre Tripoli et Tortose, il atteignait en profondeur environ 60 kilomètres jusqu'au voisinage de l'Oronte, sur les rives duquel s'élevaient les grandes cités musulmanes de Homs et de Hama. Au Nord de Tortose il était limité d'Ouest en Est :
1° par la Principauté d'Antioche ; la frontière se trouvait au Sud de la ville de Valénie (Banyas) et du château de Margat, donc à un des ruisseaux qui coulent au Sud du Nahr Banyas, probablement le Nahr el Bas. Ce ruisseau était situé entre le Khrab Marqiyé appartenant au Comté de Tripoli et l'éminence que couronne le château de Margat relevant de la Principauté d'Antioche. Le domaine chrétien n'occupait là qu'une étroite bande de terrain : le Djebel Ansarieh, dont les contreforts approchent de la côte, ne laisse place qu'à l'antique route qui longe le rivage. La puissante forteresse de Margat (Marqab) à l'extrême pointe sud de la Principauté d'Antioche gardait ce passage. La ville de Maraclée, la dernière au Nord du Comté, siège d'une importante seigneurie, était fortifiée (4).
2° par le Territoire des Assassins, du terme Hashshashin, fumeurs de hachich (au singulier Hashash), ces Ismaéliens musulmans schismatiques, qui à partir de 1132 avaient commencé à s'immiscer dans le massif du Djebel Ansarieh, où ils formèrent une population d'environ 60.000. Ils y avaient dix châteaux. Les Francs durent prendre des précautions contre ces voisins redoutables et construire des forteresses non loin de leur domaine.
A l'Est du Djebel Ansarieh s'étend une vaste plaine qui dépendait des seigneurs musulmans de Sheïzar, puissante forteresse dominant le cours moyen de l'Oronte qui fait là un coude vers l'Ouest (5).
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Les défenses du litoral
Au cours de la première Croisade, en février 1099, des chevaliers de l'armée de Raymond de Saint Gilles avaient enlevé la grande place de TORTOSE. La possession de cet excellent port avait décidé les chefs de l'expédition à faire suivre désormais à leurs troupes la route du rivage pour gagner la Palestine. Ainsi l'armée des Croisés fut-elle régulièrement ravitaillée par plusieurs flottes : corsaires boulonnais de Guynemer, corsaires anglais d'Edgard Aetheling, navires génois, vénitiens et byzantins qui transportaient du port Saint-Siméon voisin d'Antioche et de celui de Laodicée, de Chypre, de Rhodes et d'îles de la Grèce du blé, du vin, de l'huile et des provisions de toute sorte.

Lorsque Raymond de Saint Gilles revint au Liban après son expédition en Anatolie de 1101, son connétable qu'il avait laissé dans la Syrie du Nord avec ses anciens compagnons de la Ire Croisade n'avait pas su conserver cette précieuse conquête.

Un état musulman indépendant, sous une lointaine vassalité, s'était formé sur la côte. La famille des Banu Ammar occupait Tripoli, Archas (Arqa), et avait repris Tortose. Aidé de quelques seigneurs qui avaient combattu avec lui en Anatolie, et ayant reçu le concours inespéré d'une flotte génoise de 18 vaisseaux, Raymond de Saint Gilles assiégea par terre et par mer Tortose qui capitula au bout de peu de temps (en février, mars ou avril 1102) (6).
Ce port était excellent. Raymond en fit le point de départ de ses chevauchées à la conquête de son futur État. Selon Raoul de Caen (7) il n'avait avec lui que 400 combattants. On verra les prouesses qu'il accomplit avec une troupe si peu nombreuse. Il semble que vers ce temps Raymond de Saint Gilles organisa des expéditions vers l'Est en direction de l'Oronte jusqu'aux territoires de Touban, Rafanée, Montferrand, Theledehep et Cartamare qui devaient former l'extrême limite du Comté de Tripoli en formation. Nous parlerons plus loin de ces positions (8).

Les grandes villes de la côte étaient munies d'une citadelle et d'une ou même deux enceintes ; leurs ports étaient aussi fortifiés. On voyait en outre sur le littoral des tours de garde qui surveillaient la route du rivage.

Depuis le Nahr al Mu'amiltain formant la frontière sud et où René Dussaud a situé le Passas Pagani, le Pas païen (9), on rencontrait l'embouchure du Nahr Ibrahim, le fleuve Adonis de l'Antiquité, puis le Nahr Fedar.
On atteignait ensuite l'importante cité de GIBLET (l'antique Byblos, aujourd'hui Djebeil). Elle était aux mains de la puissante famille des Banu Ammar. Avec l'aide d'une flotte génoise de 40 vaisseaux qui était arrivée en 1103 à Laodicée, Raymond de Saint Gilles bloqua le port et la ville sur laquelle il lançait les projectiles de ses mangonneaux. Giblet se rendit le 28 avril 1104 (10). En reconnaissance de l'aide de la flotte Raymond de Saint Gilles concéda à Gênes un tiers de Giblet. Un peu plus tard, la ville tout entière et ses environs devenaient le fief d'un seigneur génois, Guillaume Embriac. La noble famille des Embriaci devait se maintenir à Giblet jusqu'à la fin du XIIIe siècle. La seigneurie de Giblet occupait une assez grande étendue au Sud du Comté de Tripoli.

La ville franque était pourvue d'une enceinte que dominait au Sud-Est un château muni d'un donjon. Nous étudierons plus loin ces fortifications. L'entrée du port était défendue par deux tours.

La petite ville maritime du BOUTRON (Batroun) (11) avait une certaine importance puisque c'était le siège d'un évêché. Son château était au bord de la mer (12). La ville du Boutron dut être occupée vers 1104. Elle était entourée de vignobles dont le vin était réputé. La seigneurie du Boutron appartenait à la famille d'Agoult d'origine provençale (13).
Il est question dans ce voisinage du château de Geoffroy d'Agoult qui n'est pas précisément situé. Jean Richard a pensé que ce pouvait être tout simplement le château qui protégeait la petite ville du Boutron (14).

A 3 km à l'Est de la côte et à 4 km au Sud-Est de Batroun se trouve à SMAR DJEBEIL un petit château composé d'un donjon entouré d'une enceinte qui est une construction franque du début de l'occupation. Nous sommes allés le reconnaître en 1953 avec M. l'architecte Jean Lauffray. Il défendait au Sud l'approche du petit port du Boutron (Batroun). Ne serait-ce pas « le château de Geoffroy d'Agoult (15) ? »
A 3 km au Nord de Batroun se trouvent sur un rocher dominant la mer les restes d'une de ces tours de garde que nous avons signalées sur la côte : c'est BORDJ SELAA — Bordj Selaa « la tour du feu » pouvant servir de phare (16).

Après Batroun on franchit le Nahr el-Djoz. A 3 km de son embouchure se dresse, dans un étroit défilé, entre la rive droite du fleuve et une route ancienne conduisant de Batroun à Tripoli, un rocher isolé dont les parois presque à pic ne laissent guère de prise à l'escalade. Ce rocher est couronné par un petit château, QAL'AT MOUSEILIHA — Qal'at Mouseiliha (17) ; ses murs sont bâtis dans le prolongement de cette base, dont ils épousent la forme capricieuse.
Ce château de Mouseiliha n'a pas l'aspect d'une oeuvre des Croisés (18), il est même de basse époque, mais il a remplacé des constructions plus anciennes (19) et il paraît évident que les Francs avaient fortifié cette position stratégique qui commandait un passage entre le massif du Ras Chaqqa (Theouprosopon) et les premiers contreforts du Liban. Ce passage était plus fréquenté que la route côtière, parce que plus court.

Il est vraisemblable que la tour que décrit Albert d'Aix (20) dans la marche de la première croisade en 1099 se trouvait là. Grousset (21) l'a observé. Jean Richard (22) l'a remarqué aussi.

LE PUY DU CONNÉTABLE — Le Puy du Connétable (23) a été situé au village d'Héri sur une colline dominant la route à l'Est du Cap Theouprosopon (Ras Chaqqa). C'est bien probablement le « Castrum Constabularii » donné en 1109 par le Comte de Tripoli, Bertrand de Saint Gilles fils de Raymond, à l'Église Saint-Laurent de Gênes (24). Les seigneurs du Puy figurent parmi les connétables du comté (25).

A 9 km à l'Est du Puy du Connétable se trouvait le fort de BESMEDIN - Besmedin (aujourd'hui Beshmezzin) qui appartenait à des membres de la famille des Embriac, seigneurs de Giblet (26).

Sur la côte, à 8 km au Nord d'Héri, sont les ruines du château de NEPHIN - Nephin (27), aujourd'hui Enfé (en arabe « le nez », c'est-à-dire le cap). Une ligne de rochers s'avance dans la mer. C'est sur ce cap long de 400 mètres et ayant dans sa plus grande largeur 150 mètres qu'était bâti le château « in mare fere totum » dit Burchard de Mont-Sion (28), véritable repaire facile à défendre, dont il ne reste que quelques vestiges.

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Enfé (Anfeh), vestiges du château de Nephin - Sources image : Yann Arthus-Bertrand

Entre Nephin et Tripoli se trouve CALAMON - Calamon (el-Qalmoun) cité dans un acte de 1115 (voir plus haut). Il s'y trouvait, près d'une source, un fort dont il ne reste pas trace (29).
A quelques km au sud de Tripoli à la hauteur du couvent de Mar Yaqoub le chemin est très resserré entre la montagne et la mer. Ce passage s'appelait la Passe Saint-Guillaume (30).

La grande ville de TRIPOLI - Tripoli (que les Croisés appelaient TRIPLE) est formée de deux agglomérations nettement séparées par de vastes jardins remplis d'orangers et de citronniers (31).
1° Le Port (El-Mina, que les Francs appelaient La Marine) qui constituait la ville avant la Première Croisade (32).
2° La Ville proprement dite où coule le Nahr Abou Ali qui s'appelle vers son embouchure l'Ouadi Qadisha. Elle est divisée par le fleuve en deux quartiers disposés sur deux collines : sur la rive droite Qoubbé et sur la rive gauche Abou Shamra ; c'est sur cette colline, au Sud de ce quartier, que s'élève au-dessus du Nahr Abou Ali le château fort construit par Raymond de Saint Gilles pour avoir une base d'attaque contre la ville musulmane. Il était situé à 3 km du Port, et à 4 km de l'extrémité du cap. Raymond de Saint Gilles avait donc construit ce château à une certaine distance de la ville musulmane qui, nous le répétons, n'était constituée que par le quartier d'El-Mina. Il s'appela Mont Pèlerin (Mons Peregrinorum) (33) et ce château porte encore aujourd'hui le nom de Qal'at Sandjill conservant ainsi le nom du chef Croisé.

Jean Richard (34) a découvert une charte qu'on peut considérer comme l'acte de naissance du château de Tripoli.
C'est une donation datée de 1103 sans plus de précision, à l'église Sainte Marie latine de Jérusalem, d'un emplacement dans le faubourg du nouveau château de Mont Pèlerin pour y bâtir une église.
Elle commence ainsi : « Moi comte de Toulouse et, avec l'aide de Dieu, de Tripoli, je donne à Dieu et à l'église Sainte Marie latine de Jérusalem... » ; et la charte s'achève par ces termes : « je fais cela pour mon âme et celle de mon épouse Gelvire (Elvire de Castille) et pour que le bon début apporté à parfaire le nouveau château s'achève de la meilleure façon... moi, comte de Saint Gilles, je confirme ce don... (35) »
Ainsi il est bien attesté que le château du Mont Pèlerin était en cours de construction en l'année 1103.
Pour élever cette forteresse, Raymond de Saint Gilles avait obtenu le très utile concours de l'empereur Alexis Comnène : des navires byzantins transportaient de Chypre des matériaux de construction (36).
Le seigneur de Tripoli, le Qadi Fakhr al-Mulk ibn Ammar, de la grande famille des Banu-Ammar, avait fait de cette ville une place très forte d'où il envoyait des navires attaquer les positions déjà occupées sur la côte par les Provençaux de Raymond de Saint Gilles et sa ville recevait vivres et munitions des ports égyptiens.
Mais une fois qu'il eut construit son château de Mont Pèlerin, le seigneur franc put créer de sévères difficultés à Ibn Ammar, coupant les conduites d'eau, empêchant tout ravitaillement du côté de la terre et harcelant sans cesse les abords de la ville. Non seulement il avait, avec lui ses vieux compagnons d'armes mais aussi l'aide de la population chrétienne indigène, les Maronites du Liban qui s'enrôlaient dans ses troupes (37).

En août-septembre 1104, les troupes d'Ibn Ammar firent une sortie, attaquèrent le château de Saint Gilles et mirent le feu aux faubourgs (38). Il s'agit évidemment ici des baraquements de bois de l'armée de siège, mais aussi peut-être des premières installations de la ville qui allait se former au voisinage du château. Au cours de cette attaque, Raymond de Saint Gilles aurait été blessé par les flammes (39). Il mourut au Mont Pèlerin le 28 février 1105 et y fut inhumé selon Albert d'Aix (40). Dans ce château lui était né d'Elvire de Castille son second fils Alphonse Jourdain (41) qui fut comte de Toulouse et qui mourut empoisonné à Césarée alors qu'il venait prendre part à la 2e croisade.
Tripoli ne fut prise qu'en 1109 (42).

La grande plaine d'Akkar étant défendue à l'intérieur par de nombreuses forteresses et aucun port important n'existant entre Tripoli et Tortose, on ne rencontre aucun château fort sur la côte. A 14 km au Nord de Tripoli se trouvait la bourgade d'Artésie (43) (aujourd'hui Ard Artousi) bâtie à l'embouchure du Nahr Barid sur les ruines de l'antique Orthosia. On y voit un khan ruiné qui pourrait avoir utilisé une tour des Croisés gardant la route du rivage. On franchit le Nahr Arqa ; à l'Est à 8 km de la côte se trouvait sur une éminence l'importante ville d'Archas (44) (aujourd'hui Arqa) qui remontait à une très haute antiquité. De cette éminence on découvre toute l'étendue de la plaine d'Akkar. Sa fertilité procurait d'abondantes ressources à l'État Franc. Archas était alimentée d'eau par un aqueduc venant d'Akkar. Il en reste des vestiges. Elle se dressait au débouché de la montagne dominant la vaste plaine, non loin du littoral, entre Tripoli et Tortose. Elle surveillait aussi une route, allant vers l'intérieur du Comté qui, arrivée à la Boquée, se ramifiait pour conduire à Homs et, par Rafanée et Masyaf d'une part à Hama, d'autre part à Apamée et Antioche.

Les premiers Croisés la trouvèrent si bien fortifiée qu'ils l'assiégèrent en vain de février à mai 1099 ; elle ne fut prise qu'en mars-avril 1109 après trois semaines de siège par Guillaume Jourdain, cousin de Raymond de Saint Gilles, qui avait continué son oeuvre au Liban.

A moins de 6 km au Nord-Ouest d'Arqa et à 2 km à l'Est du rivage, se trouve dans la Plaine d'Akkar sur une légère hauteur, près de l'embranchement de la route du littoral et de la route de Tripoli à Homs, le Fort de COLIATH - Coliath (Qouleïat, Kleiate). Puis on franchit le Nahr Akkar et, à 6 km au Nord, le Nahr el Kebir Sud vient se jeter dans la mer.
Plus au Nord le Nahr Abrash, au confluent d'un de ses affluents, les ruines du Château d'ARIMA - Arima (Areymeh) ; l'Aïn Zerqa (la source bleue) près de laquelle est le château appelé QAL'AT YAHMOUR — Qal'at Yahmour (latin CASTRUM RUBRUM — Castel Rouge) ; le Nahr Amrit auprès duquel sont les ruines de la grande cité d'Amrit, puis le Nahr Ghamqé, tout près de Tortose.

TORTOSE - Tortose (Tartous, l'antique Antartous) occupée en février 1099 par des chevaliers de Raymond de Saint Gilles, perdue, puis reprise par celui-ci au début de 1102, avait été la base de départ à la conquête du comté de Tripoli, « la Provence libanaise » selon l'heureuse expression de René Grousset. Plus tard, Tortose devait être confiée à l'Ordre du Temple qui en fit une place de guerre formidable, avec des ouvrages militaires d'une puissance extraordinaire au magnifique appareil; il n'en reste malheureusement que peu de vestiges.
En face de la ville, un peu au Sud, à 2.500 m du rivage se trouve l'île de Rouad (Aradus), qui fut aussi fortifiée.

Après la chute de la grande Place forte de Saint-Jean d'Acre (mai 1291) les Croisés abandonnèrent les dernières positions qu'ils tenaient encore sur la côte. Les Templiers évacuèrent Tortose le 3 août. Ils se maintinrent encore quelques années dans l'île de Rouad. Les Musulmans s'en emparèrent de vive force en août-septembre 1302. Les sergents syriens furent massacrés, les Templiers survivants emmenés en captivité au Caire. La forteresse construite par les Francs fut abattue (45).

Au-delà de Tortose, on franchit le Nahr Houssein, puis le Nahr Marqiyé et à 4 km on rencontre sur le rivage le lieu-dit Khrab Marqiyé que R. Dussaud a identifié avec MARACLÉE (46).
Maraclée était la place la plus septentrionale du Comté. Les seigneurs de Maraclée comptaient parmi les principaux de cet État. Ils avaient des domaines au nord de Chastel Blanc et du Crac des Chevaliers ; ils possédaient là les châteaux du CAMEL - Camel et du SARC - Sarc. Entre 1277 et 1285 Barthélémy de Maraclée, construisit dans la mer sur un haut fond, à petite distance du rivage un ouvrage, la Tour de Maraclée, dont il reste les fondations (47).
Après avoir énuméré les défenses du littoral, nous examinerons les ouvrages militaires protégeant le pays intérieur jusqu'à ses frontières naturelles ; nous signalerons ensuite les postes placés en grand' garde.
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Le Liban
La partie méridionale du Comté était défendue par la puissante barrière du Liban derrière laquelle le domaine chrétien était en sûreté. Des cols franchissent cette chaîne de hautes montagnes pour atteindre la BEQA, cette plaine opulente encaissée entre le Liban et l'Anti-Liban. Elle est longue de 120 km ; deux fleuves aux sources voisines y coulent en sens contraire, l'Oronte montant vers le Nord tandis que le Nahr Litani descend jusqu'à l'extrémité de la chaîne du Liban et là, bifurque à l'Ouest pour gagner la mer au Nord de Tyr.
On pouvait des ports de Giblet et de Tripoli gagner Baalbek (carte). Le passage assez difficile joignant Giblet à Baalbek était défendu par le Fort du MOINETRE (48) (Mouneitira, Mneitri, Matri, en arabe le petit belvédère) au Nord-Est d'Afqa où sont les sources du Nahr Ibrahim. Le fort, à 1.260 mètres d'altitude, couronne un piton isolé.

La vallée du Nahr Qadisha, qui traverse Tripoli, permettait d'accéder plus facilement à Baalbek. Le château de BUISSERA (49) (Besharé) au voisinage du fameux bois de cèdres, surveillait la route. A mi-chemin le Fort de CAFARACHA (Kafr Aqa) (50) dont on a signalé des vestiges, commandait un passage à 1.400 mètres d'altitude.

LA BEQA, pouvait procurer d'abondantes ressources au comté de Tripoli. Les Francs s'efforcèrent dès le début de leur occupation de s'assurer une partie des récoltes. En 1109-1110, ils concluent avec Togtekin, atabeg de Damas, un traité par lequel ils s'abstiendront de piller la Beqaa, à condition que le tiers des produits de la terre leur soit remis (51). Maintes fois ils allèrent faire des razzias dans cette vallée (52) où ils tenaient deux postes fortifiés dont nous parlerons quand nous examinerons les positions avancées vers l'Oronte.
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La plaine d'Akkar, La Boquée et les territoires entre le Liban et le Djebel Asarieh.
Si au Sud et au Nord, la plaine côtière est resserrée par les montagnes, au centre, du parallèle de Tripoli à celui de Tortose, elle s'étend largement vers l'Est. C'est la PLAINE D'AKKAR, grenier d'abondance du Liban Nord qui eut depuis la plus haute antiquité un rôle considérable dans l'Histoire.

A l'Est, elle est bordée de basses collines basaltiques et au-delà, c'est la petite plaine de la Boquée (Bouqaia c'est-à-dire la petite Beqaa) qui est la « vallée de Sera » dont parle l'Anonyme de la première Croisade (53), parcourue par de nombreuses rivières qui alimentent le Nahr el Kébir Sud. Mais outre les grands cours d'eau, la Boquée est remplie de sources qui s'entrecroisent. On dirait un immense jardin potager qu'on aurait irrigué d'un quadrillage de canaux. Au bord de ces innombrables ruisseaux, on rencontre des tortues en quantité. Pline parlait déjà des tortues de l'Éleuthère.
Au Sud-Ouest de la Boquée, le Nahr el Kébir tourne brusquement à l'Ouest pour traverser la plaine d'Akkar et se jeter dans la mer entre Tripoli et Tortose. Tout ce territoire occupé par les Francs ne présente aucun relief accusé. Il était traversé par plusieurs routes et constituait de la mer à l'Oronte des communications faciles aux échanges commerciaux, mais redoutables pour la sécurité du Comté.

Ces plaines ont toujours été d'une extraordinaire fertilité. Burchard de Mont-Sion qui y passa vers 1283 s'extasie sur les richesses qui y abondent (54). Il dit qu'elles sont arrosées de nombreux ruisseaux, qu'on y voit beaucoup de métairies, de grandes plantations d'oliviers, de figuiers et d'arbres de plusieurs essences, que les Bédouins y vivent sous des tentes avec leur familles et leurs bestiaux. Ce qui le frappe surtout, ce sont les immenses troupeaux de chameaux qu'on y rencontre. Et c'est sans doute qu'on y pratiquait l'élevage des chameaux car Albert d'Aix, au début du XIIe siècle appelle cette région « vallis quae dicitur camelorum (55). »

Les troupes musulmanes de Homs et de Hama sur la rive droite du fleuve, pouvaient aisément envahir le domaine chrétien et attaquer les grandes villes de la côte, Tripoli et Tortose. Les Francs prirent donc les mesures de sécurité nécessaires et construisirent un réseau d'ouvrages fortifiés pour protéger toutes les voies traversant la plaine d'Akkar. Deux forteresses surveillaient ce passage qu'on appelle aujourd'hui la Trouée de Homs : perché sur un des derniers contreforts septentrionaux du Liban, le FORT D'AKKAR, appelé par les Francs GIBELACAR ou GUIBELACARD, à 700 mètres d'altitude, dominait le Sud de la Boquée ; le CRAC des CHEVALIERS (56) dressé sur le dernier éperon du Djebel Ansarieh, à 670 mètres, est situé à l'extrémité Nord de la Boquée. Face à face à 25 km à vol d'oiseau, ces deux forteresses fermaient comme une tenaille l'accès du territoire chrétien.

Du petit château d'Akkar juché sur un piton difficilement accessible, le regard s'étend sur un vaste horizon ; on aperçoit au Nord, le Crac et au Nord-Ouest SAFITA (le CHASTEL BLANC), puis à l'occident la mer. Ce poste-vigie d'Akkar permettait de communiquer à vue avec les forteresses de la plaine et les villes de la côte. Par des feux allumés sur une tour, on pouvait signaler les mouvements de l'ennemi. Le Crac des Chevaliers gardait au Nord l'entrée de la Boquée, mais il surveillait aussi vers le Nord-Est un couloir entre le flanc oriental du Djebel Ansarieh et le Djebel Helou (la montagne de la douceur) dont le sommet le plus élevé dépasse 1000 mètres. Ce couloir est parcouru par la vallée du Nahr Sarrout qui, prenant ses sources non loin d'Aïn Halaqin et de l'antique cité de Rafanée, monte vers le Nord pour se jeter dans l'Oronte entre Hama et Sheïzar. Ce fut depuis une haute époque une grande voie de communication.

C'est par ce chemin que passa la première croisade, venant du Nord. Le 13 janvier 1099, Raymond de Saint Gilles, Tancrède et une partie de l'armée descendirent vers le Sud par Cafertab, franchirent un gué de l'Oronte près de Sheïzar et gagnèrent Rafanée. Arrivés probablement le 27 janvier dans la Boquée, les Croisés firent une expédition en direction du château des Curdes (57). Ils se heurtèrent aux montagnards qui l'occupaient et retournèrent chargés de butin. En chemin ils furent surpris dans un défilé situé, semble-t-il entre le château des Curdes et la tour d'ANAZ, et subirent des pertes. Raymond de Saint Gilles se trouva un instant isolé et faillit être tué (58). Le lendemain les Croisés revinrent à l'attaque et trouvant le château abandonné par ses défenseurs, ils y campèrent quelques jours (59). Vers le 11 février l'armée franque s'éloignait et suivait le Nahr el Kébir pour aller faire le siège d'ARCHAS (Arqa), ville importante située à 8 km de la côte.

Trois ans plus tard, après s'être emparé du port de Tortose (début de 1102) Raymond de Saint Gilles alla assiéger, le fort de Touban (60) situé dans le Djebel Helou, à environ 30 km de Homs, puis le château des Curdes, en avril 1103, au sud-ouest de Touban (61). Mais à ce moment, ayant appris que l'émir de Homs, Djenah ed Dauleh avait été assassiné dans la Grande Mosquée par trois Ismaéliens (en mai 1103), il alla tenter de s'emparer de cette ville. Mais le frère de Djenah ed Dauleh, Duqaq, émir de Damas, s'étant porté avec une armée au secours de Homs, Saint Gilles dut se retirer (62).

C'est vers le même temps, sans doute, que ce prince s'empara de la cité de RAFANÉE et qu'il construisit tout près le château de MONTFERRAND. Nous savons par Ibn al Qalanisi que cette ville et ce château étaient aux mains des Francs dès avant 1105 (63). On voit déjà se dessiner ainsi, dans ses grandes lignes, la frontière orientale du territoire qui devait devenir le comté de Tripoli.
Nous verrons plus loin que Tancrède, prince d'Antioche, s'empara en 1110 du Château des Curdes, Hosn el Akrad, que Raymond de Saint Gilles avait assiégé en 1103. Tancrède, avant de mourir en 1112, donna ce château au jeune Comte Pons de Tripoli.
Nous verrons aussi qu'après la chute en 1135 et 1137 des places du Comté les plus avancées vers l'Oronte, le Comte Raymond II, fils de Pons, constatant l'importance stratégique d'Hosn el Akrad pour la sécurité de son État, renonça à en assurer plus longtemps la garde et le céda en 1142 à l'Ordre de l'Hôpital qui était plus apte que lui à augmenter sa puissance défensive et à assumer aussi les frais considérables d'une nombreuse garnison. Grâce aux architectes de l'Ordre, le modeste château des Curdes devait devenir le CRAC DES CHEVALIERS.

Entre AKKAR et le CRAC, des forts gardaient les accès vers la Plaine de la Boquée. Dans l'acte de 1142 où Raymond II, Comte de Tripoli, cédait à l'Hôpital le Crac, il lui donnait aussi le CASTELLUM BOCHEE et les forts de FELICIUM et de LACUM, ces deux derniers acquis de Gilbert de Puylaurens moyennant mille besants (64).
Le CASTELLUM BOCHEE paraît être, comme le propose M. Jean Richard (65), la Tour d'Anaz dont il reste les fondations à 2 km au Sud-Est du Crac. Ce devait être un château assez important ; en 1207 Malek el Adel Aboubakr, frère de Saladin, s'en empara il fit prisonnière la garnison composée de 500 hommes (66).

LACUM doit être identifié avec le village de Tell Kalakh (67) situé au Sud au pied de la montagne que couronne le Crac. On y voit les restes d'un ouvrage fortifié. Situé sur une légère éminence, il surveillait la plaine et la route de la mer. Dans leurs transpositions de noms arabes les Francs ont souvent procédé par aphérèse : ils ont fait de (Tell) Kalakh, Lacum, comme d'Abou Senan, Busenem ; d'Abou Qobeis, Bochebeis ; de Dabouriyé, Burie.

FELICIUM est QAL'AT EL FELIZ que Dussaud a retrouvé au sud de Tell Kalakh, sur la rive gauche du Nahr el Kebir, à son confluent avec le Nahr Mendjez (68). Ce château surveillait le cours du grand fleuve et, au sud, une route conduisant vers Tripoli par El Biré et Archas, ainsi qu'une autre route allant de la Boquée à Akkar par Andeket et Qoubayat. C'était donc un passage de Tripoli et d'Archas vers l'Oronte que contrôlait ce fort. Il semble qu'il communiquait à vue avec le grand château de Safita.
Il reste quelques vestiges du Fort de Felicium (69). On y voit des pierres taillées à bossages.

Près d'Archas, à 4 km au Nord-Est était le fort d'ALBE (Halba) (70). A 6 km au Nord d'Archas on rencontre à peu de distance du rivage, sur une légère éminence, à la jonction de la route venant de Tell Kalakh avec celle du littoral, le fort de COLIATH qui paraît un ouvrage reconstruit par les Francs au XIIIe siècle. Coliath est la transcription de Qoulei'at, pluriel diminutif de Qal'a Dussaud (71) observe que ce pluriel al Qoulei'at signifie les fortins et qu'en effet il y avait là, à proximité, deux autres fortins aujourd'hui disparus.
Les Francs ont dû par la suite reconstruire Coliath. En mai-juin 1266 une armée de Beibars envahit le comté de Tripoli et enleva les châteaux de Qoulei'at, Halba et Arqa (72). Van Berchem observe que ces trois places formaient un triangle défendant Tripoli contre une attaque venant de Homs ; leur chute était le prélude indispensable à la prise de Tripoli.

A l'Ouest de la Boquée, on rencontre d'abord quelques collines puis c'est la grande plaine qui s'étale jusqu'à la mer, largement arrosée par les affluents du Nahr el Kébir : Nahr el Khalife, Nahr el Arouz et son affluent le Nahr es Sabté, plus au Nord Nahr Abrash. Ces rivières creusent leur lit à travers des vallonnements ; çà et là, sur une croupe on aperçoit la masse d'un château avec son donjon, ou la ruine d'un fort qui se dresse au coude d'un fleuve ou au confluent de deux cours d'eau. Ces ouvrages militaires sont appelés selon leur importance Qal'a, Hosn ou Bordj, ce dernier terme signifiant fortin ou tour. On trouve ainsi d'Est en Ouest : BORDJ ZARA et BORDJ MAKSOUR, puis entre le Nahr Khalifé et le Nahr el Arouz, BORDJ ARAB qui doit être le château situé près du Tell Khalifé dont parle Ibn Fourat. Bordj Mouhash (73) entre le Nahr Arouz et le Nahr Abrash, à 6 km au Sud de Safita ; puis BORDJ MIAR entre Qal'at Yahmour et Arima.

Dans ce voisinage se trouvent trois châteaux : ARIMA (Qal'at Areymeh), sur un éperon dominant une vaste plaine au confluent du Nahr Abrash et du Nahr Krach, son affluent ; cette place paraît avoir appartenu à l'Ordre du Temple. QAL'AT YAHMOUR qui a été identifié avec le CASTRUM RUBRUM ou CASTELLUM RUBRUM donné à l'Hôpital en octobre 1177 par Raymond III de Tripoli (74). Enfin le CHASTEL BLANC (SAFITA), grande forteresse des Templiers qui gardait vers l'intérieur leur citadelle de Tortose.

Arima et le Chastel Blanc ayant été démantelés par Nur ad-DIN au cours de sa campagne victorieuse de 1167, puis ruinés par des tremblements de terre en 1170, puis encore mutilés par Nour ad-DIN en 1171 (75), on peut penser que c'est vers cette époque que les deux châteaux furent confiés à la garde des Templiers, d'autant plus qu'en 1172 Raymond III de Tripoli, libéré après huit ans de captivité à Alep, avait trouvé son domaine dans une situation précaire. Sa rançon avait été de 80.000 besants et il s'était endetté notamment envers l'Hôpital. Il faut remarquer qu'après le grave tremblement de terre qui fit tant de ravages dans les forteresses du comté et particulièrement au Crac, le roi de Jérusalem Amaury, bayle du comté pendant l'absence de Raymond III, donna les châteaux d'Archas et d'Akkar à l'Hôpital à charge pour cet Ordre de les reconstruire (76). Sans doute, lui ou le comte une fois rendu à la liberté, agirent-ils de même avec l'Ordre du Temple. Et nous venons de voir que Raymond III donna en 1177 le Castrum Rubrum à l'Hôpital.

A 18 km au Nord-Ouest du Crac, la ville chrétienne de SAFITHA occupe entre deux vallées à 400 m d'altitude une éminence au milieu de laquelle se dresse le puissant donjon rectangulaire, entouré de deux enceintes que gardaient les chevaliers du Temple. Les Francs y trouvèrent sans doute une position déjà fortifiée car elle commandait une route importante dès l'Antiquité qui conduisait de Tortose à Rafanée, à Masyaf et à Hama. Si le Crac était la principale forteresse de frontière vers l'Orient, le Chastel Blanc assurait cette même protection vers le Nord pour défendre le domaine chrétien contre ses redoutables voisins les Ismaéliens ou Assassins enfermés dans le massif impénétrable du Djebel Ansarieh. Le plus méridional de leurs dix châteaux, KHAWABI n'était qu'à 20 km du Chastel Blanc.
A petite distance au Nord-Ouest de Safita (6 km) apparaît, sur une ligne de collines le Djebel Terlil qui masque l'horizon, un poste-vigie la tour de TOKLÉ. Et à 8 km au Nord de Toklé, se trouve un lieu-dit TEFFAHA situé à près de 20 km de Tortose. Teffaha appartenait à l'Ordre du Temple qui l'avait donné en fief à un chevalier (77). Sans doute y-avait-il là un ouvrage fortifié.

* * *

Le Comté devait avoir d'autres Forts avancés vers sa frontière septentrionale. C'est sans doute au Nord de Safita et du Crac des Chevaliers qu'il faut rechercher trois châteaux qui ont exercé la sagacité des historiens des Croisades : Le Camel, le Sarc et la Colée. Sans prétendre les situer exactement, nous avons essayé d'apporter quelques précisions : Lo CAMEL, Kamel, Le Charnel, est mentionné cinq fois :
1° en 1126 (78) dans une donation de Pons, comte de Tripoli, à l'Hôpital où il confirme des dons de son père et de son aïeul : « ... Omnia etiam que data sunt in civitate Tortose, vel in territorio ejus, sive in Lo Camel sive alibi, confirmo et laudo eidem Hospitali... »
2° en 1127 (79) dans des donations et confirmations du même : «... Omnia etiam quae ei data sunt in civitate Tortose vel in omni territorio ejus, sive in castro quod dicitur Kamel sive alibi, confirmo eidem Hospitali et nominatim molendinos quos habet apud Kamel... »
3° en 1180 (80) Guillaume de Maraclée avec l'agrément du comte Raymond III donne à l'Hôpital par l'intermédiaire du Grand Maître Roger de Moulins et de Jean de Anio, châtelain du Crac, trois casaux : « ... tria casalia que sunt de pertinamento Cameli, Marmonizam, Erbenambram, Lebeizar... »
4° en 1199 (81) Bohémond IV, comte de Tripoli, rappelle qu'il a donné jadis à l'Hôpital, le dominium de Maraclée et du Camel et demande de le reprendre sa vie durant, sous certaines conditions, par crainte du Maître des Assassins «... pro timoré domini Assessinorum... »
5° en 1241 (82) un accord intervient entre l'Ordre de l'Hôpital et Bohémond V, prince d'Antioche et comte de Tripoli sur «... Maraclée et (sur) sa seigneurie et (sur) le Charnel et ses appartenances (83). »
Les trois casaux « de pertinamento Cameli » donnés par Guillaume de Maraclée à l'Hôpital paraissent faciles à identifier au Nord du Crac : Marmoniza doit être Marmarita, Erbenambre : Hab Nemra et Lebeizar : Beit Zara.
Nous constatons que Le Camel est cité en même temps que MARACLÉE, ville toute voisine des monts Ansarieh, que ces deux places appartenaient à l'une des principales familles du comté (84), que Le Camel (85) doit être à proximité du territoire des Assassins puisqu'on 1199 le comte de Tripoli précise qu'il l'avait antérieurement confié à l'Hôpital en même temps que Maraclée. Nous proposons de le situer à KAMLIÉ, près de la source Ouadi el Ayoun ; or il est question dans l'acte de 1127 des moulins que possède Le Camel. Ce serait le poste de défense le plus avancé du comté en face des châteaux des Assassins. Kamlié est à environ 14 km de Masyaf et d'El Kahf, 9 km de Resafi, 10 km de Qadmous et à environ 20 km à l'Est de Khawabi. Il se trouve à 28 km au Nord du Crac et à 23 km au Nord-Est de Safita (86).
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Il nous faut parler maintenant des châteaux d'Eixserc ou Le Sarc et de LA Colée.
René Dussaud (87) a voulu rapprocher Eixserc d'un château mentionné dans les textes arabes sous le nom de Hisn esh Sherqi qui portait aussi celui de Hisn el Khariba et qu'il faudrait situer au Nord de Rafanée près d'Abou Qobeis (Bokebeis dans les textes occidentaux). Claude Cahen a discuté cette question (88). Il semble qu'il faut localiser le château franc beaucoup plus au Sud et dans le voisinage du Crac. Nous suggérons Qal'at el Qser à 10 km au Nord-Est du Crac où se trouvent quelques ruines (89).
Dans les textes occidentaux Eixserc ou Le Sarc est deux fois cité : 1° En 1163, c'est une cession à l'Hôpital par Guillaume de Maraclée du Castellum Eixserc. (90)
2° En 1243 (91) un accord est conclu entre l'Hôpital et le Temple à propos d'une contestation qui avait eu lieu entre le Crac, à l'Hôpital, et le Chastel Blanc, au Temple, au sujet de divers casaux dépendant du Sarc et de la Colée. Le Sarc ayant été vendu en 1163 à l'Hôpital, il est évident que la Colée dépendait du Temple et que l'un et l'autre étaient voisins des deux grandes forteresses.
C'est dans ce seul acte de 1243 qu'il est question de LA COLÉE.
L'acte de 1163 dit ceci : « ... vendimus ... castellum quod dicitur Eixserc et vallem de Luchen ... pro mille et quadringentis bisantiis ... et pro quodam casali in territorio Tortosano nomine Nubia (92). »
Dans l'acte de 1243, il est dit que l'Hôpital et le Temple ont pris, pour une rectification de limites, des arbitres : ... « et alasmes tuit V sor le contenz qui estoit del Crac et del Chastel Blanc, ce est à savoir en la pertenance del chastel del Sarc et del chastel de la Colée. Dont nous V en un acort nous concordâmes que le chasel de Fonteines et le chasel de la Mesquie et le chasel qui s'apele le Teres et la gastine de Asor doit remeinoir à l'Ospital ; et la gastine de Genenn et le chasel de Betire et la gastine de Reusemeine doit remenoir au Temple jusque au devises qui sunt coneues en ces lius motiz, ce est à savoir : del ruissel Forchie dont les deus parties commencent à monter, montant jusque au toron del Lucan, alant à un autre toron, descendant à la moitié de la cave de Asor jusque au fom de la cave au ruissel qui s'en va contreval la cave... »
Nous proposons les localisations suivantes :
Chasel de Fontaines : Ayoun el Ouadi.
La Mesquie : peut-être Mechta.
Teres : Terez.
La gastine de Asor : Kheurbet Hazzour (ruines d'Hazzour) au Nord de Terez qui sont la part de l'Hôpital.
Et pour les biens du Temple nous proposons : Gastine de Genenn : Djenin à l'Ouest de Terez.
Le chasel de Betire : Beteresh entre Djenin et Safita, mais ce peut-être comme l'a proposé Dussaud (p. 97, n. 6) Bétaré ou Btar au Sud-Est de Terez. Enfin la gastine de Reusemeine (non identifié).
A la fin de l'acte on mentionne le toron del LUCAN, toponyme qui se reconnaît dans « vallem de Luchen » (93) de l'acte de 1163. Nous proposons de les situer à AIN HALAQIN au Nord des lieux indiqués ci-dessus : les Fontaines, Terez et Azor. Justement la fin de l'acte de 1243 parle des limites qui partant d'un « ruissel Forchie » montent au « toron del Lucan », vont à un autre toron puis descendent « à la moitié de la cave de Asor. » Or Aïn Halaqin est à 4 km à l'Est des ruines antiques d'Hosn Soleiman, ce qui nous amène à rechercher le château de LA COLÉE dans ce voisinage.
Rey, dans sa nomenclature des localités de la Syrie au temps des Croisades (94) avait désigné La Colée comme un château gardant une des passes de la montagne des Ansarieh et dont les ruines sont encore nommées El Coleiah. Or nous trouvons tout près de là, à petite distance au Nord-Ouest d'Hosn Soleiman, sur la carte de Dussaud (VIII A3) Qoleia; sur la carte ottomane de 1920 : Kala ; sur la carte française de 1936 au 200.000e Kléa. Une note du major Deyrolle en 1924 signalait à l'Est de Dreikich un Kléa avec une ruine paraissant un ouvrage des croisés. A notre passage à Masyaf en 1928, le lieutenant Vuilloud nous avait indiqué Qal'at el Qoleïat perché sur une aiguille rocheuse ; il ne restait qu'un pan de muraille de 4 mètres de hauteur avec des pierres à bossages. C'est ce même nom avec à côté le vocable français La Colée qui figure sur la carte accompagnant le guide Orient-Syrie-Palestine de Chauvet et Isambert. Enfin le Guide Bleu de 1932 signale près d'Hosn Soleiman un col à 1.000 mètres d'altitude d'où l'on aperçoit au sommet d'un à pic une petite forteresse en ruine dominant le village de (95). Nous sommes persuadé qu'il s'agit du château de LA COLÉE cité dans l'acte de 1243 (96). Il est très proche des casaux que cet acte signale comme dépendant des châteaux du Sarc et de la Colée (97).
Ainsi ces trois petits châteaux, le Camel, la Colée et le Sarc paraissent avoir été voisins et se trouver tous les trois au Nord du Crac des chevaliers et de Safita : le Camel à 29 km du Crac et à 23 km de Safita, la Colée à 20 km du Crac et à 18 km de Safita, le troisième étant le plus méridional.

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Paul Deschamps — Les Châteaux des Croisés en Terre Sainte, tome III — La Défense du comté de Tripoli et la principauté d'Antioche. Editions Paul Geuthner Paris 1977.


Notes - comté de Tripoli
1. John H. Hill et Laurita L. Hill, Raymond IV de Saint Gilles ; Toulouse, édit. Privât, 1959, page 140.
2. Albert d'Aix, Liber Christianae expeditionis, I. IX, c. 32, Historiens occidentaux des croisades, tome IV, page 610.
3. Max Van Berchem, Noies sur les Croisades, dans Journal Asiatique, 1902, page 397-400. René Dussaud, Topographie de la Syrie antique et médiévale, 1927, page 63. C'est au cap de Djouni que Dussaud a situé le passus pagani des textes médiévaux, ce pas païen tirant sans doute son nom des vestiges antiques qui se trouvent en ce lieu.
4. Guillaume de Tyr, XVI, c. 29, Historiens Occidentaux des Croisades tome I, page 754 : «... comilalus Tripolilanus, a rivo supradiclo (inter Byblium et Berythum) habens initium, finem vero in rivo qui est inter Maracleam et Valeniam... » XIII, c. 2, ibid., page 558 «... a rivo Valeniae qui est sub castra Margath. — Jacques de Vitry : Historia Orientalis seu Hierosolymitana, « in rivo qui est inter Valeniam, sub Castro Margath, et Maracleam » édition Bongars, Gesta Dei per Francos (1611) tome I, page 1068. — Voyez Dussaud page 127 : Une tradition qui remonte à Ptolémée et que l'on retrouve dans l'Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem, fixe la limite Nord de la Phénicie immédiatement au Sud de Banyas. De même Guillaume de Tyr cite Maraclée comme « la première des citez de la terre de Fenice quand l'en vient devers bise » Brades VII, c. 17. Historiens Occidentaux des Croisades, tome I, page 302.
5. Les Croisés paraissent avoir occupé dans les premiers temps quelques positions non loin de Sheïzar qu'ils assiégèrent plusieurs fois sans succès, mais il semble que ces forts relevaient de la Principauté d'Antioche. Nous ne nous en occuperons donc pas ici.
6. Le 18 février 1102 d'après Hagenmeyer, Chronologie du royaume de Jérusalem, dans Revue de l'Orient latin, 1903-1904, pages 400 à 405. Date confirmée par J. et L. Hill, Raymond IV de Saint Gilles, Toulouse 1959, page 135. Voir René Grousset tome I, page 336. Mais dans le tome II de son Histoire des Croisades, appendice, pages 887-888, chronologie du Comté de Tripoli, René Grousset propose le 21 avril 1102 d'après une nouvelle édition d'Ibn al-Qalanisi (édit. Gibb., page 55) Enfin Grousset, tome III, addenda page 765 dit : mars 1102.
7. Raoul de Caen, c. 145, Historiens Occidentaux des Croisades, tome III, page 707.
8. Voir plus loin, page 23.
9. Guillaume de Tyr, tome I, XIV, chapitre 14, Historiens Occidentaux des Croisades tome I, page 626. Gestes de Chryprois, page 83. Voir R. Dussaud, page 63.
10. Albert d'Aix, tome IX, 26, Historiens Occidentaux des Croisades tome IV, pages 605-606. — Caffaro, Liberatio... Orientis, 26, ibid., V, page 71. Caffaro, Annales Genuenses, M. G. H. Script., XVIII, page 14 lignes 50-55. Voir Hagenmeyer, Chronologie du royaume de Jérusalem, Revue de l'Orient Latin, tome XII, 1909-1911, pages 93-95. René Grousset, tome I, pages 340-1.
11. Jean Richard, Le Comté de Tripoli... (1945) pages 75-76.
12. Il fut rasé en 1276 par Guillaume de Beaujeu, Grand Maître du Temple, au cours d'un grave conflit que l'Ordre du Temple, allié à Guy de Giblet, eut avec Bohémond VII, Prince d'Antioche et Comte de Tripoli (R. Grousset, tome III, page 687).
13. Du Cange-Rey, Les Lignages d'Outremer, page 257-259. Jean Richard, Le Comté de Tripoli..., page 75 ; et Questions de topographie tripolitaine, dans Journal asiatique, 1948, page 55-56. Agoult serait aujourd'hui Goult, canton de Gordes (Vaucluse). Brades, 23, 34, Historiens Occidentaux des Croisades, tome II, page 51, n. 2.
14. Acte du 1115. Cartulaire général des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem tome I, page 40. Rohrieht, Reg., page 18 n° 78: « a Castro Gaufredi de Agolt nominato usque ad Calamonem ». Allusion aussi dans une bulle de Calixte II du 19 juin 1119, Rôhrieht, Reg., page 20, n° 88.
15. Voir notices sur les forteresses, page 303 Smar Djebeil, plan et photo de Jean Lauffray.
16. Cette tour figure sur la carte du Liban établie par le Capitaine Gelis en 1862. Plus au Sud près du rivage sont deux tours isolées qui pouvaient surveiller la mer et la route côtière et transmettre des signaux. L'une Bordj Mouheish, est tout près de Giblet au Sud, l'autre Tabardja est un peu au Nord du Nahr al-Mu'amiltain.
17. Carte Batroun au 50.000e : Kalat M'Sallah.
18. Renan, Mission de Phénicie, page 148; Van Berchem, page 113-116 et PI. VI-VII; R. Dussaud, page 81-83.
19. Il semble bien que Strabon a fait de ce site un repaire de brigands. Pompée détruisit là un ouvrage fortifié. Voir R. Dussaud, page 82.
20. Albert d'Aix tome V, chapitre 38, Historiens Occidentaux des Croisades tome IV, page 457.
21. Histoires des Croisades, tome I, page 142.
22. Questions de topographie Tripolitaine, Journal asiatique 1948, page 56.
23. Rey, Colonies franques, page 371. — Lammens, Notes de géographie syrienne, dans mélanges Fac. Orientales, I, 1906, page 268-270. — Dussaud, page 82. — Marino Sanuto le place à 5 milles au Sud de Nephin et à 6 milles au Nord de Batroun : Liber secretorum fidelium Crucis, page 85 et l'appelle Puteus Conestabilis. — Amadi, Chronique, édit. R. de Mas Latrie, dans Documents inédits 1891, page 152, n. 1.
24. Rohricht, Regesta.., page 11, n° 55.
25. J. Richard, Le comté de Tripoli.., page 49-50. — Dans un acte de 1277, Guillaume de Farabel porte le titre de Connétable de Tripoli et seigneur du Puy (Rohricht, Regesta.., page 366, n° 1412). Un combat eut lieu en 1276 ou 1277 près du Puy du Connestable dans la guerre qui opposa Guy de Giblet et les Templiers à Bohémond VII, comte de Tripoli (Grousset, III, page 687-688).
26. Notamment Guillaume, sire de Besmedin (1165-1199) 4e fils de Guillaume II de Giblet (Rey, Les Seigneurs de Giblet, R.O.L., III, 1895, page 412), Grousset, III, page 147-148 et201, et voir à la fin de ce tome le tableau généalogique de la maison de Giblet. Les derniers sires de Besmedin passèrent à Chypre après la chute des États de Terre Sainte.
27. Rey, Colonies franques, page 370. — J. Richard, Le comté de Tripoli, page 74-75. Heyd, Histoire du Commerce du Levant, page 357, n. 2. Dussaud, page 77.
28. Burchard de Mont-Sion, éd. Laurent; page 27-28.
29. Renan, Mission de Phénicie, page 140. — Le Strange, Palestine.., page 476. — Dussaud, Hisn Qalamoun, page 77 et n. 4. — Jean Richard, Le Comté de Tripoli.., page 76. On rencontre dans les actes du comté : Joscelin de Calmont 1139-1145, P. de Calmont 1145, Guillaume de Calmont 1174-1199.
30. Eracles, Historiens Occidentaux des Croisades, page 101. — Rey, Colonies franques, page 370.
31. Burchard de Mont-Sion (p. 28) en 1283 vante la beauté de ces jardins et estime, dans les années favorables, leur revenu à 300 000 besants d'or.
32. Après la chute du Comté de Tripoli les Musulmans élèveront du côté de la mer 7 tours pour défendre El-Mina. La plus connue est la tour des Lions (Bordj es-Sba) construite au bord de l'eau à la fin du XIVe siècle. Dussaud page 77, pense pourtant qu'une de ces tours, à l'Est de l'embouchure de la Qadisha (Bordj el-Adès) fut construite par les Francs pour protéger Tripoli d'une agression du côté de la terre.
33. Guillaume de Tyr, X, 27, Historiens Occidentaux des Croisades, tome I, page 441. — Caffaro, Liberatio..., Historiens Occidentaux des Croisades, tome V, page 70. Grousset, tome I, page 342.
34. Jean Richard, Le Chartrier de Sainte-Marie latine et l'établissement de Raymond de Saint Gilles à Mont Pèlerin, dans Mélanges dédiés à la mémoire de Louis Halphen, 1951, page 605-613. Voir aussi John et Laurita Hill, Raymond de Saint Gilles comte de Toulouse (Toulouse, Éd. Privât 1959), page 137-138 qui estiment que la construction du château a pu être commencée en 1102.
35. « In nomine Domini ego Raimundus, comes Tholosanus, vel gratia Dei Tripolitanus, dono Deo et Sancte Marie Latine constructe ecclesie intra menia Jérusalem, in suburbio montis Peregrini noviter edificati castri... totam illam planiciem ad construendam ecclesiam... Hec omnia pro anima mea et uxoris mee Gelvire et ut bonum inicium perficiendi, castri novi meliori fine terminetur. Facta est hec carta anno incarnationis M° C° III° . Ego Raimundus comes Sancti Egidii, confirmo hoc donum in manu Stephani monachi ».
36. Alexiade, livre 11, page 106. — Chalandon, Alexis Comnène, page 232. — Ibn-al-Athir, Kamel.., Historiens Orientaux des Croisades, I, page 236. Grousset tome I, page 341 suivantes.
37. Ibn al-Athir, Kamel.., Historiens Occidentaux des Croisades, tome I, page 212.
38. Ibn al Qalanisi, page 65.
39. Selon Ibn al-Athir, il serait mort dix jours après cette blessure, Kamel.., ibid., page 235.
40. Guillaume de Tyr, I. XI, c. 2, Historiens Occidentaux des Croisades, tome I, page 452. — Albert d'Aix, IX, 22, Historiens Occidentaux des Croisades, tome IV, page 610. — Cafaro, Liberatio... ibid., V, page 72. Voir John H. Hill et Laurita L. Hill, Raymond IV de Saint-Gilles, Toulouse, éd. Privât, 1959, page 140.
41. Guillaume de Tyr, X, 27, ibid., I, page 441. On lit dans Eracles, par suite d'une traduction erronée, qu'il naquit à Tortose. — Guillaume de Tyr, XVI, 28, ibid., I, page 754.
42. Le 10 juin 1109 selon Guillaume de Tyr, 1. XI, c. 10, Historiens Occidentaux des Croisades, tome I, page 467-468 ; le 12 juillet 1109 selon Ibn al Qalanisi, édit. Gibb, page 89, — c'est la date du 12 juillet 1109 qu'a adoptée R. Grousset. Michel le Syrien, 1. XV, ch. 14, éd. J. B. Chabot, t. III, page 215 parle aussi de la prise de Tripoli.
43. Rey, page 361. Guillaume de Tyr, 1. XII, c. 2, Historiens Occidentaux des Croisades tome I, page 558. A ne pas confondre avec la grande Place d'Artésie (ARTAH) à l'Est d'Antioche.
44. Rey, page 360. — R. Grousset, tome I, page 136.
45. Aboul Féda, Annales, Historiens orientaux des croisades, I, pages 164-165. — Geste des Chyprois, éd. Raynaud, pages 304-310. — Jorga, Philipe de Mézières, page 35. — Dussaud, pages 121-122.
46. Dussaud, Topographie.., page 126. Voyage.., dans Revue Archéologique, 1896, pages 22-28 et 1897, pages 340. — Van Berchem, Notes.., dans Journal Asiatique, 1902, page 425.
47. Voir plus loin 2e partie : Les forteresses : Maraclée.
48. Guillaume de Tyr, XXI, 2, H. Occidentaux, tome I, page 1022. — Nour ed-din l'enleva en 1166. — Rey, Colonies franques, page 368.
49. En décembre 1204, Mansellus de Buissera apparaît comme témoin. Cartulaire Général des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome II, page 43, n° 1198.
50. Rey, Colonies franques.., page 364. En 1145 P. de Cafaracha est témoin de l'acte confirmant la cession du Crac à l'Hôpital opérée en 1142 (Cartulaire Général des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome I, page 1304 n° 160. — Rôhricht, Reg., page 60, n° 236. On trouve aussi un Petrus de Cafarca en 1202 (Rôhricht, Reg., page 210, n° 788) témoin dans un acte de Plébain, seigneur du Boutron, qui se trouve à proximité à l'Ouest.
51. Ibn al-Qalanisi, éd. Gibb, page 93. — Grousset, tome II, page 167.
52. A la fin de l'été 1110, en 1116-1117, en 1144, 1170, 1176, 1217-1218, 1280.
53. Histoire anonyme de la Ire Croisade, éd. Bréhier, page 182-183.
54. Éd. J. C. M. Laurent, Peregrinatores..., 1864, page 28.
55. V, 31, H. occidentaux, IV, page 451. Albert d'Aix parle aussi (XI, 8, ibid., page 666) de la terra de Camolla qui paraît bien être la plaine d'Akkar.
53. En arabe Hosn el Akrad, le Château des Curdes. Les textes latins du XIIe siècle ont fait de Akrad : Cratum. Au XIIIe siècle on écrivit le Crac de l'Hospital par analogie avec le grand château de Transjordanie Kerak dont on avait fait Crac (le Crac de Montréal ainsi nommé à cause de son voisinage avec le château de Montréal construit par le roi Baudouin Ier).
54. Anonymi gesta Francorum, éd. Hageumeyer, page 420-421. — Histoire anonyme de la première Croisade, éd. et trad. L. Bréhier, page 182-185.
55. Raymond d'Aguilers, Historia.., c. 14, H. occidentaux, tome III, page 274.
56. Voir pour plus de détails Paul Deschamps, Le Crac.., page 113-115.
57. Ibn al-Athir, Kamel.., H. orientaux, tome I, page 212-213. Ph. de Touban, pi. XCII.
58. D'après Ibn al-Fourat, trad. Jourdain, Bibliothèque nationale, ms. arabe 1596, page 70. — Aboul Féda, Annales H. orientaux, tome I, page 6-7.
59. Kamal ad-din, Chronique d'Alep, place le siège de Homs le 5 mai 1103, H. orientaux, tome III, page 589-591. — Ibn al-Qalanisi, page 57-58.
60. Voir plus loin page 22.
61. Cartulaire Général des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem tome I, page 116-118, n° 144.
62. J. Richard, Le Comté de Tripoli.., page 63. — Rôhricht, ZDPV, X, 1887, page 259, proposait de l'identifier avec Bordj Maksour, l'un des nombreux fortins de la plaine d'Akkar, mais ce lieu est trop éloigné de la Boquée.
63. Maqrizi, Histoire d'Egypte, trad. Blochet, R.O.L., IX, 1902, page 137. — Aboul Féda, Annales, H. orientaux, tome l, page 83.
64. On a proposé pour Lacum d'autres sites qui ne peuvent convenir : Hisn el-Aqma, qui doit être Raqmé, dans le Djebel Ansarieh ; el-Alma près de Tripoli ; Akoun à l'Est d'Akkar. Voir Dussaud, page 95, n. 3.
65. Dussaud, Voyage.., Revue archéologique, 1897, page 308-309 ; identification acceptée par Lammens..., R .0. Chr., 1899, page 378 et par Rôhricht, Regesta.., add. page 9, n° 118. Lammens.., Musée belge, IV, page 279. — Voir Dussaud, page 95, n.2.
66. En 1128 l'Hôpital possédait déjà une maison à Felicium. Cartulaire Général des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem tome I, page 76-78, n° 82. — Rôhricht, Regesta.., page 29, n° 118.
67. Dussaud, page 80, n. 3. Van Berchem, Voyage en Syrie, page 134. — Dussaud, Voyage en Syrie, oct. nov. 1896, dans Revue archéologique, 1897, page 306.
68. Dussaud, page 85 et 90.
69. Aboul Féda, Annales, Historiens orientaux, tome I, page 151.
70. Appelé aussi Qal'at Mohash (carte V de Dussaud : Mahoush, Emm Haouch ; carte au 200.000e de 1936 : Ibn Hoche). Lammens dit construction franque dans Musée Belge, t. IV, 1900, page 283-4.
71. Cartulaire Général des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem tome I, page 353-354, n° 519 et page 371, n° 549. — Voir Dussaud, page 120. — L. de Laborde, Voyage de la Syrie pl. XII, page 22. — Renan, Mission de Phénicie, page 105-106 et 852. — Van Berchem, Voyage en Syrie, page 97 et 306. — Ce château occupait le site antique de Jammura. Dussaud pense que par confusion entre Yahmour et ahmar (rouge) on a appelé ce château Castrum Rubrum.
72. Ibn al-Athir, Kamel.., H. Orientaux, tome I, page 584. — Id., Atabegs de Mossoul, ibid., II b, page 279-280. — Abou Chama, Livre des deux Jardins, ibid., IV, page 155. — Grousset, II, page 563.
73. Delaville le Roulx, Les Hospitaliers en Terre Sainte..., 1904, page 75.
74. Identifié par Rey, page 366 : Elteffaha. — Voir Mas Latrie, Histoire de Chypre, III, page 238. Il est question en 1276 dans la guerre qui opposa Bohémond VII comte de Tripoli à Guy de Giblet et aux Templiers, d'un seigneur du comté, Paul de Teffaha. Celui-ci partisan de Guy de Giblet, tenta avec douze Templiers de forcer la porte de la forteresse de Nephin. Ils furent faits prisonniers (Gestes des Chyprois, page 781 et suivantes. Voir Grousset, tome III, page 687). On mentionne encore Paul de Teffaha dans la 2e guerre qui eut lieu entre Bohémond VII et Guy de Giblet en 1282 (Rôhricht Regesta..., page 375-377, n° 1444).
75. 28 décembre 1126. Cartulaire Général des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem tome I, page 74-75, n° 79. Cet acte de 1126 prouve que Raymond de Saint Gilles, grand-père de Pons, avait entre 1102, date de la prise de Tortose et 1105, année de sa mort, étendu loin vers l'intérieur le domaine du futur comté ; il poussa bien plus à l'Est en construisant le château de Montferrand à côté de la grande ville de Rafanée. Nous reverrons ceux-ci plus loin. — Voir aussi Rôhricht, Regesta..., page 26, n° 108.
76. 8 février 1127. Cartulaire Général des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome I, page 76-77, n° 82. — Rôhricht, Regesta.., page 29, n° 118.
77. Août 1180. Cartulaire Général des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome I, page 400-401, n° 589. — Rôhricht, Regesta..., page 158, n° 595.
78. 6 septembre 1199. Cartulaire général des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome I, page 682, n° 1096. — Rôhricht, Regesta.., page 202, n° 759. — J. Richard, Le comté de Tripoli.., page 66.
79. 18 novembre 1241. Cartulaire général des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome II, page 594-595, n° 2280. — Rôhricht, Regesta., page 286-287, n° 1102.
80. Il est question dans cet acte d'un casau Tolee qui est probablement Talaa au Sud de Safita.
81. J. Richard, Le Comté de Tripoli.., page 74.
82. Il faut prendre garde à ne pas confondre Le Camel avec La Chamelle, nom sous lequel les Francs désignent la ville de Homs. Ainsi en juin 1184, le comte Raymond III donne à l'Hôpital « civitatem Chamelam » c'est-à-dire Homs cédée préventivement en vue d'une conquête par cet Ordre. Il ne semble pas qu'il y ait lieu de faire un rapprochement entre Le Camel et la « terra de Camolla » et la « vallis quae dicitur Camelorum » d'Albert d'Aix qui, nous l'avons vu, désignent plutôt la plaine d'Akkar.
83. Il ne paraît pas possible d'identifier Le Camel avec le château d'Al-Akma ou Lakma qui d'après les textes arabes fut perdu par les Francs en 1108-1109 (Ibn al-Athir, Kamel.., H. orientaux, tome I, page 269). Dussaud (p. 148) et J. Richard, page 17, n. 1, et Questions de topographie.., Journal Asiatique, 1948, page 54, n. 1, situent Al-Akma aux environs de Montferrand. Or nous trouvons Raqmé à 18 km au Nord-Ouest de Montferrand qui nous paraît convenir d'autant plus qu'en 1138 Zengî, ayant obtenu de l'État de Damas la ville de Homs, l'échange avec Muin al-din Unur contre la forteresse de Barin (Montferrand) qui avait dû être reprise aux Francs et Al-Akma (Kamal ad-din, Chronique d'Alep, Hist. orientaux, tome III, page 679).
84. Dussaud, page 145 et suivantes.
85. Claude Cahen, La Syrie du Nord.., page 175-176.
86. On pourrait penser aussi à Kefroun i Zérik à 10 k. au Nord-Ouest du Crac.
87. 19 janvier 1163. Cartulaire général des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome I, page 228, n° 317. — Rôhricht, Regesta.., page 99, n° 378.
88. 31 mai 1243. Cartulaire général des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome II, page 602-603, n° 2298. — Rôhricht, Regesta.., page 289, n° 1111.
89. Pour Nubia, J. Richard propose Aannabiyé à 5 km au Sud-Est de Tortose (carte au 50.000e), Questions de topographie.., Journal Asiatique, 1948, page 54, n. 1.
90. J. Richard a déjà fait ce rapprochement dans Questions de topographie.., Journal Asiatique, 1948, page 54, n. 1).
91. Rey, Colonies franques.., page 365.
92. Guide Bleu, 1932, page 247.
93. Van Berchem (Journal Asiatique, 1902, page 443), Dussaud (p. 42) et Claude Cahen (p. 174) n'ont pas accepté les suggestions de Rey concernant la localisation de la Colée parce qu'ils recherchaient cette position dans le Djebel Ansarieh. Un al-Qolei'a est désigné par un géographe arabe du XIVe siècle, Al-Omari, comme le plus septentrional des châteaux ismaéliens. Ce site ne peut convenir à notre recherche. Qolei'a veut dire fortin et plusieurs ruines portent ce nom.
94. Le nom de la Colée a été porté par une famille. On voit en 1151 un Rogerius de Colea, témoin d'un acte de donation de maisons à Chastel Blanc et de casaux au voisinage de ce château (Rôhricht, Regesta.., page 68, n° 270). Jacques de la Colée en 1263 (ibid., page 347, n° 1327) ; sans doute le même Jacobus de la Colea, miles, en 1286 (ibid., page 383, n° 1467). En 1276, un Roger de la Colée est pris dans le combat du Puy du Connestable livré entre Bohémond VI dont il était partisan et Guy de Giblet (Gestes des Chyprois, III, paragraphe 393. Voir Grousset, tome III, page 688).

Paul Deschamps — Les Châteaux des Croisés en Terre Sainte, tome III — La Défense du comté de Tripoli et la principauté d'Antioche. Editions Paul Geuthner Paris 1977.
Note 18 : René Dussaud — Château de Mouseiliha
Au point de vue topographique, deux questions sont à signaler. La première est soulevée par une inscription latine découverte par Renan et fixant la limite du territoire d''Arqa, devenue Césarée du Liban, avec celui de Gigarta : « Fines positi inter Caesarenses ad Libanum et Gigartenos de vico Sidonior[um] jussu... » Ce texte a été vu par Renan au village de 'Abrin, mais il provenait du château de Mouseiliha. Renan en a déduit d'abord que Gigarta devait s'élever dans le voisinage du château de Mouseiliha, appuyé en cela par les auteurs anciens. Strabon oppose aux places d'armes Sinna et Borrama, construites sur les sommets du Liban, celles qui, comme Botrys (Batroun) et Gigarta, en défendent les parties basses. D'autre part, Pline cite dans l'ordre suivant les villes de cette région : Botrys, Gigarta, Trieris, Calamos.

Cette indication de Pline prend une valeur particulière si l'on observe que le site de Trieris est à identifier avec Heri, immédiatement au nord du Théouprosopon, qui paraît en conserver le nom. L'importance de cette localité apparaît encore au moyen âge puisqu'on s'accorde pour y placer le Puy du Connétable (1). Sources : René Dussaud - Topographie Historique de la Syrie Antique et Médiévale - Editeur Paul Guthner Paris 1927

1. Le Puy du Connestable, casal tenu en fief par G. de Farabel, connétable de Tripoli, et qui semble avoir tiré son nom de la charge de son possesseur.
Ce casal, qui donnait son nom au mouillage voisin, paraît devoir être retrouvé dans le village d'Ubreh, au nord du cap Theoprosopon.
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Sources : René Dussaud - Topographie Historique de la Syrie Antique et Médiévale - Editeur Paul Guthner Paris 1927
Note 27 : Rey, Colonies Franques — Château de Nephin
Nephin, fief important du comté de Tripoli. Les restes du château se voient encore, couronnant un petit cap à l'ouest du village moderne d'Anfeh, qui a remplacé la bourgade du moyen âge, et où se trouve une jolie église du douzième siècle.
Edrisi désigne ce village sous le nom de Anf el Hadjar (promontorium lapidis), étymologie certaine du nom qu'il porte aujourd'hui.
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Sources : Les colonies Franques de Syrie au XIIe et XIIIe siècle par E. Rey. Editeur Alphonse Picard Paris 1883
Note 29 : René Dussaud — el-Qalmoun
Actuellement, aucune ruine antique n'est visible, car les recherches attentives poursuivies par Max Van Berchem ont établi que les tours ruinées qui jalonnent le rivage au voisinage de la Marine de Tripoli, n'ont pas été construites avant l'époque des sultans mamlouks (1). On conçoit que la défense de la ville du côté de la mer s'impose à partir de 1289, date de la prise de Tripoli par le sultan Qelaoun (2). Nous pensons, cependant, qu'on doit faire une exception pour la septième tour, à l'est de l'embouchure du Nahr Qadisha, appelée actuellement Bourdj el-'Ades ; nous croyons, en effet, qu'il faut l'identifier avec le Hisn Abou el-'Adas cité par Idrisi. A vrai dire ce fortin appartenait à un autre système de défense, visant à protéger la ville contre des attaques terrestres et comprenant, au sud, un arrêt au défilé du Théouprosopon, sur lequel nous reviendrons ci-après, puis Anaf el-Hadjar, Anafe, Nephin, qu'une profonde entaille coupe de la terre et permet de définir « in mare fere totum », Hisn Qalamoun (fort construit sur une source) l'ancienne Calamos, Hisn Abou el-'Adas et Artousia.

Idrisi, à qui nous devons ces renseignements, ajoute que, parmi les domaines appartenant à Tripoli, les plus célèbres étaient esh-Shafiqa — peut-être à lire es-Sofeina, — ez-Zeitouniya (peut-être ez-Zouweitina), er-Ra'ibiya, non identifié, el-Hadath dans la haute montagne au sud-ouest d'Ehden et 'Amyoun, gros village au sud de Tripoli.
1. c'était déjà l'opinion de Rey. La plus remarquable de ces tours est dite tour des Lions.
2. Sur la prise de la ville, sa destruction et sa reconstruction vers le Nahr Qadisha, voir Maqrizi, dans Quatremère, Histoire des sultans
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Sources : René Dussaud - Topographie Historique de la Syrie Antique et Médiévale - Editeur Paul Guthner Paris 1927
Note 45 : René Dussaud — Aradus et Antaradus.
L'importance stratégique de la petite île de Rouad, l'ancien Arwad ou Aradus, à 2.500 mètres environ de la terre, se marque à toutes les époques critiques. Malgré son exiguité, elle constitue une base de domination ou de résistance par rapport à la région qui s'étend entre l'Eleuthère et Lataquié. De là les nombreuses campagnes menées par les pharaons d'abord, par les rois d'Assyrie ensuite, contre le royaume aradien. Le pays était riche en blé, en huile, en vin et la razzia était d'un bon rapport.

Alexandre le Grand se rendit compte de la nécessité de soumettre la Phénicie avant de s'engager plus avant en Asie. Sans la réduction de cette ligne perse, il ne pouvait songer à poursuivre son ennemi. Au seul bruit qu'il se dirigeait vers le Sud, Straton, le fils de Gérosirate, roi d'Aradus, alla à sa rencontre pour lui offrir, avec une couronne d'or, la soumission du royaume aradien, qui comprenait non seulement la côte, mais aussi l'intérieur du pays jusqu'à Sigon et Mariamme.

Cette soumission rapide n'était pas dans les habitudes des Aradiens ; il est vrai qu'Alexandre n'éprouva pas le besoin de mettre le pied dans Aradus même. En général, l'île était la dernière place de résistance. Ventidius, revenant de combattre les Parthes et maître de toute la Syrie, dut réduire Aradus par un long siège (vers 38 av. J.-C.).

De même, toute la Syrie était tombée aux mains des Arabes qu'Aradus continuait à servir de base navale à l'empire byzantin. Mou'awiya dut entreprendre la conquête de Chypre avant de réussir, après deux tentatives, à enlever la petite île.

Après la prise de Saint-Jean-d'Acre (1291) par el-Malek el-Ashraf, le sultan Qelaoun s'empara de toute la côte, notamment de Tortose ; mais ce n'est qu'en août-septembre 1302 que les musulmans prirent possession d'Aradus et en détruisirent les murailles dont la ruine paraît remonter à cette époque. Jusque-là l'île avait servi aux Francs à mener des attaques contre le littoral voisin (1).

1. Gestes des Chyprois, éditions Raynaud, page 304 et suivantes. L'île fut défendue par les Templiers, ibid., pages 309-310 : Les musulmans firent trancher la tête « à tous les sergans syriens, pour ce qu'ils firent grant défense et grant damage as Sarazins, et les frères dou Temple furent menés à Babiloine hontouzement. »
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Sources : René Dussaud - Topographie Historique de la Syrie Antique et Médiévale - Editeur Paul Guthner Paris 1927
Note 46 : René Dussaud — Aradus et Antaradus.
Pour étudier la côte, à partir de Carné, nous possédons un document très important, le "Stadiasmus maris magni" dont, malheureusement, le texte offre nombre d'incertitudes que nous discuterons.

Templiers.net
Localisation de Maraclée - Sources : René Dussaud

Ni le Stadiasme ni aucun géographe ancien ne mentionnent Maraclée, entre Carné et Banyas. Ce nom apparaît pour la première fois dans l'itinéraire de Bordeaux à Jérusalem sous la forme de Maraccas qui est exacte, car le vocable Maraclée a été construit par les Francs sur le type d'Héraclée ; on trouve d'ailleurs fréquemment Héraclée au lieu de Maraclée (1).

Nous avons reconnu l'emplacement de Maraclée au lieu dit Khrab Marqiyé, un peu au nord du Nahr Marqiyé et la confirmation de cette localisation nous a été fournie par la tour carrée, d'environ seize mètres de côté, que nous avons retrouvée et que Barthélémy, seigneur de Maraclée, avait fait élever en mer, sur un haut-fond situé à quelque distance du rivage. M. G. Schlumberger a signalé que l'image de cette tour fameuse apparaissait sur un sceau de sa collection au nom de Meillor de Ravendel, sire de Maraclée.

1. Dans Historiens occidentaux, tome III, à l'index, on trouve Araclea et Eraclea, à côté de Maraclea (donné par les Gesta Francorum, voir éditions Hagenmeyer, page 428), mais aussi Marachea qui est la forme correcte.
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Sources : René Dussaud - Topographie Historique de la Syrie Antique et Médiévale - Editeur Paul Guthner Paris 1927
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