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Les Croisades, les possessions des Ordres Militaires en Orient

L'Histoire des princes d'Antioche
Avant propos
Les historiens des croisades, toujours préoccupés de Jérusalem ont, pour ainsi dire, systématiquement laissé dans l'ombre l'histoire de la principauté d'Antioche en ne lui faisant pas la place qu'elle mérite dans le récit des événements qui s'accomplirent en Syrie au cours de la première moitié du XIIe siècle.

Cependant, en bien peu d'années, ce petit État avait atteint le maximum de son développement, alors que le domaine royal ne se constituait que lentement autour de Jérusalem.
Le 29 octobre 969, les lieutenants de Nicéphore Phocas avaient repris Antioche aux Arabes, et les Grecs l'avaient conservée jusqu'en 1084. Quand, le 3 juin 1098, les croisés s'en emparèrent à leur tour, cette ville était encore aux trois quarts grecque. Aussi, pendant près de deux siècles, les souverains de Byzance firent-ils des tentatives nombreuses pour l'enlever aux Latins tantôt par la ruse, tantôt par la force, et durant tout ce temps ne cessèrent-ils point d'insister pour obtenir le rétablissement du patriarcat grec de cette ville.

L'influence byzantine était demeurée très puissante au sein de la population gréco-syrienne d'Antioche, ce qui explique les ménagements que les princes latins crurent devoir garder à l'égard de cette partie de la population.
La principauté fondée à Antioche par les Francs se développa rapidement. Bohémond et Tancrède, profitant habilement des querelles qui divisaient alors le monde musulman, conquirent en peu de temps les provinces voisines. Dès l'année 1106, le dernier de ces princes était maître d'Apamée, du Sermin, de Cafartab, d'Athareb et dès villes de la Cilicie. A partir de 1119, toute la partie occidentale et septentrionale du territoire d'Alep
Alep
, notamment les districts d'El-Aouaeem, de Leïloun, de Djebel-Halaka et une partie du Djebel-es-Soummak se trouvaient au pouvoir des Francs, qui, maîtres des tours de El-Hader et de Kefer-Haleb, tenaient la cité étroitement bloquée, obligeant ses habitants à partager avec eux les produits des jardins de la ville et à leur payer un tribut annuel de 20,000 dinars.

La principauté avait dès lors acquis un développement considérable; au nord-ouest, elle comprenait une partie de la Cilicie jusqu'au fleuve Djihoun ; mais, depuis la constitution définitive du royaume d'Arménie, la frontière nord-ouest de la principauté d'Antioche fut à la Portelle. Au nord-est, elle était limitée par le comté d'Édesse, dont la frontière passait au sud de Coricie, entre Hazart et Turbessel. Vers l'est, elle comprenait, au-delà de l'Oronte, les territoires et les villes d'El-Bara, de Fémie ou Apamée, de Cafarda, de Maaret-en-Noman appelée alors La Marre. De ce côté, les villes du Cérep, d'Atareb, de Rugia, de Keferlata et du Sermin formaient la ligne des places frontières. Elle était bornée à l'ouest par la mer, au sud par le ruisseau coulant entre Markab et Valenie ainsi que par le contrefort de la montagne des Ansariés, formant alors la limite nord du comté de Tripoli ; au sud-est, enfin, par les cantons montagneux de-Kobeïs et de Massiad, possédés par les Bathéniens. Mais la chute définitive de la principauté d'Édesse, survenue en 1145, modifia profondément cet état de choses dès la seconde moitié du XIIe siècle. La principauté d'Antioche avait comme principaux fiefs Sahone, Harrenc, le Soudin, Margat, Berzieh, Zerdana, le Sermin, Cérep, Marésie, Albin, Telaminia, Hunnine, Turguolant, Vanaverium, Cafartab, Laitor et Anab.

Elle comptait deux, villes, archiépiscopales, du rite latin, Albara et Fémie (Apamée), ainsi que les évêchés d'Artésie, de Laodicée, de la Lische, de Zibel et de Valénie.
Antioche possédait un siège archiépiscopal arménien. Fémie e.t Laodicée étaient la résidence de deux évêques du même rite.
Le patriarche syrien jacobite titulaire d'Antioche habitait généralement au couvent de Mar-Barsauma, dans la principauté d'Édesse.
Dans la Montagne Noire, nommée alors par les historiens orientaux la Montagne sainte ou la Montagne admirable, se voyaient de nombreux monastères des rites grec, syrien et arménien.

Bohémond Ier, prince d'Antioche (1098-1104).
Blason des princes d'Antioche
Blason des princes d'Antioche

La généalogie des princes normands, souche des premiers princes d'Antioche, présente certaines incertitudes.
M. de Saulcy, dans son étude sur Tancrède, apporte au tableau généalogique donné par Du Gange quelques modifitions qui semblent justifiées. D'après lui, Emma, mère de Tancrède, aurait été fille de Robert Guiscard et non de Tancrède de Hauteville, et aurait été, par conséquent, soeur de Bohémond. La chronologie et le surnom de "Wiscardide" donné par Raoul de Caen à Emma et à ses enfants, Tancrède et ses deux frères, ainsi que celui de "Wiscardigena", par lequel le même auteur désigne Bohémond, semblent indiquer une origine commune, c'est-à-dire la paternité de Robert Guiscard. Tancrède serait donc le neveu et non le cousin de Bohémond, ce qui, expliquerait parfaitement l'affection quasi paternelle de ce dernier pour Tancrède et le choix qu'il fit de lui, en 1104, pour lui confier la baillie de sa principauté, au moment de son départ pour l'Occident.

Six écrivains, dont plusieurs contemporains de la première croisade, Tudebode, Robert le Moine, Baudry, Albert d'Aix, Guibert de Nogent et Guillaume de Tyr, nous disent que Tancrède, fils d'Emma et du marquis Eudes de Bon, était, par sa mère, le neveu de Bohémond.
Il est vrai que Jacques de Vitry, Orderic Vital et Raoul de Caen présentent Tancrède comme cousin, "cognatus", de Bohémond plutôt que comme son neveu. Mais ce que nous savons de la date de la naissance et de la mort de certains des personnages dont nous nous occupons, semble corroborer l'opinion des premiers, ce qui me porte à considérer Emma, comme fille de Robert Guiscard et soeur de Bohémond, de Roger et de Guy, opinion que vient pleinement confirmer le passage suivant de Cafaro: "Tanclerium, nepotem Baiamundi ex sorore".

De son mariage avec le marquis Eudes de Bon, elle eut quatre enfants :
D'après ce que nous venons de dire, voici le tableau que l'on peut dresser de la descendance de Tancrède de Hauteville :

Tancréde, né vers 1072 ; Guillaume, mort en 1097 à la bataille de Gorgoni ; Robert, qui ne nous est connu que par un passage de Raoul de Caen, et, enfin, une fille, mariée à Richard du Principat. Cette dernière fut mère de Roger, troisième prince d'Antioche.
Robert Guiscard ayant épousé Albérade vers 1108, paraît avoir eu de ce mariage quatre enfants : Bohémond Ier, prince d'Antioche ; Emma qui, mariée au marquis Eudes de Bon, fut mère de Tancrède ; Roger, devenu plus tard comte de Sicile, et Guy qui prit la croix en 1096 et mourut à Durazzo en 1108.

Bohémond semble être né entre les années 1052 et 1060. En 1085, il accompagna son père dans son expédition contre l'empire grec. Puis, à la mort de Robert Guiscard, il devint prince de Tarente et de Bari. A la première nouvelle de la croisade, prévoyant le profit qu'il en pourrait tirer, il s'empressa d'exciter les Normands de Sicile et de Calabre à prendre part à la guerre sainte. Ces derniers l'élurent pour chef, et, à la fin de l'année 1096, il s'acheminait vers Constantinople, en compagnie de son neveu, Tancrède, et de Richard du Principat, son cousin, amenant un renfort considérable à l'armée latine, campée sous les murs de Byzance. Bohémond, circonvenu par les avances de l'empereur grec, qui, charmé de le voir s'éloigner de la Calabre, ne cessait de l'encourager à se tailler une principauté en Asie, eut alors la faiblesse de prêter, par avance, foi et hommage à Alexis pour les provinces qu'il pourrait conquérir en Syrie. On peut dire, à sa décharge, qu'il ne fut pas seul à agir ainsi ; malheureusement, ce fut le point de départ d'interminables conflits entre les États latins de Syrie et l'empire byzantin, car les trois principautés d'Édesse, d'Antioche et de Tripoli ne cessèrent d'être troublées, durant la première moitié du xiie siècle, par des intrigues qui eurent pour origine les serments d'allégeance prêtés alors par Bohémond et par Raymond de Saint-Gilles.

Au moment de l'arrivée des croisés en Cilicie, le versant sud du Taurus et la région dite de l'Euphratèse étaient divisés en petites principautés arméniennes et musulmanes qui s'étaient formées par suite de la faiblesse et de l'impuissance de l'empire grec.
Bohémond enleva à Baudouin et à ceux qui les occupaient les villes de Tarse, d'Adana, de Missis, d'Anazarbe, dont il se fit confirmer la possession par Thathoul, curopalate de l'empereur Alexis, résidant à Marès, où il portait le titre de légat impérial.

L'armée franque, après avoir forcé le Pont de Fer, était parvenue, le 21 octobre 1097, sous les murs d'Antioche. La ville, prise le 3 juin 1098, fut attribuée à Bohémond à cause de la grande part qu'il avait eue à l'heureuse issue de ce siège.

Le 6 juin, les premiers coureurs de l'armée de Ketboga ou Kiwam-ed-Daula, prince de Mossoul, parurent devant Antioche, et, le 28 du même mois, l'armée persane fut défaite à la bataille livrée sous les murs de la ville.

Le premier acte du principat de Bohémond, qui nous soit connu, est la donation faite par lui aux Génois, le 14 juillet 1098, c'est-à-dire seize jours après cette bataille, de l'église Saint-Jean, dans la ville d'Antioche, église s'élevant dans la rue qui se dirigeait vers la basilique de Saint-Pierre. Cette donation comprenait en outre, un fondouk, un puits et trente maisons situées sur la place voisine de l'église.

C'est alors qu'éclata dans l'armée chrétienne, épuisée par les privations et les fatigues du siège, une maladie épidémique, la peste probablement, qui, pendant trois mois, causa une mortalité effrayante. Au nombre des victimes, se trouvèrent Adhémar de Monteil, évêque du Puy, gui succomba le 1er août, Renaud de Hemersbach, Érard III du Puiset, mort le 21 août, et bien d'autres, car le chroniqueur estime à cinq cents le nombre des chevaliers qui en furent victimes et on ne peut dire ce qu'il mourut de gens du peuple. Cette épidémie prit fin vers le commencement de décembre.

A la suite de la prise d'Antioche, pendant que les troupes de Ketboga investissaient la ville, un certain nombre de croisés, parmi lesquels se trouvaient Guillaume de Grand-Mesnil et Etienne de Blois, comte de Chartres, désespérant du salut de l'armée, s'enfuirent furtivement au port Saint-Siméon et, malgré les protestations de Guillaume de Vieux-Pont, seigneur de Courville, qui refusa de les suivre, ils gagnèrent par mer la côte d'Asie-Mineure, où ils rencontrèrent l'empereur Alexis et de nombreux croisés latins venant rejoindre l'armée franque.

Etienne de Blois, qui, à son passage à Constantinople, s'était beaucoup lié avec l'empereur grec, lui fit un tableau effrayant de la situation de l'armée latine, lui représentant qu'après sa destruction, qui ne pouvait manquer, les Musulmans enlèveraient à l'empire Nicée et toute la Bythinie, que les Francs lui avaient remis après s'en être rendus maîtres. A ces nouvelles déplorables, l'empereur, renonçant à aller plus loin, reprit en hâte le chemin de ses États, malgré les objurgations des croisés et de Guy, frère de Bohémond, qui accusaient de lâcheté les déserteurs de l'armée franque.

Après la bataille du 28 juin et la défaite de Ketboga, les princes croisés avaient envoyé des messagers à l'empereur pur lui annoncer leur succès et l'inviter à venir, suivant sa promesse, prendre part au siège de Jérusalem ; mais ces envoyés ne purent rejoindre l'armée impériale qui avait déjà effectué sa retraite.

Le 1er novembre de cette même année, ou le 24, d'après Kemal-ed-Dîn, Tancrède et le comte de Saint-Gilles attaquèrent la ville de Marrah (Maarat-en-Noman) qu'ils prirent en deux jours ; puis ils s'emparèrent de la ville d'El-Bara. Dés le mois de juillet, le château de Tell Menès avait été remis aux Francs par les Syriens qui l'occupaient. Tout l'hiver 1098-1099 fut employé par les compagnons du nouveau prince d'Antioche à conquérir la région voisine de cette ville.

Vers le commencement du printemps (1099) on vit arriver à Antioche les ambassadeurs de l'empereur Alexis envoyés pour se plaindre de ce qu'au lieu de lui remettre les provinces conquises, les croisés s'y établissaient pour leur propre compte, quand lui, empereur de Byzance, en était le seul et légitime seigneur. On leur répondit que c'était lui-même qui le premier avait violé le pacte en ne secourant pas les Francs ainsi que cela avait été convenu, ce qui libérait ces derniers de leurs engagements.

Les envoyés demandèrent, alors, qu'on attendît l'empereur pour assiéger Jérusalem ; mais les chefs de la croisade déclarèrent qu'ils étaient las des tergiversations des Grecs, qu'il n'y avait plus de temps à perdre pour se porter en avant, et, au mois de mars, l'armée se mit en marcha pour Jérusalem.

Cette réponse exaspéra Alexis ; mais, comme il ne pouvait employer la force contre les croisés, il commença contre eux cette guerre sourde de trahisons et de perfidies incessantes qui est un des côtés les moins connus de l'histoire des principautés franques de Syrie.

S'il faut en croire Ibn-el-Athir, l'empereur, alarmé de la puissance croissante des Francs, ne cessait de la dénoncer au sultan Barkyarok, fils de Malek Shah, comme un danger contre lequel il n'aurait pas trop de toutes les forces de l'Islamisme. En outre, il lui signalait, secrètement, tous les passages des renforts se dirigeant vers la Syrie et les faisait attaquer en Asie-Mineure.

A la fin de l'année 1099, sur l'invitation de Godefroi de Bouillon, le prince d'Antioche se rendit en pèlerinage à Jérusalem pour la fête de Noël.

Au mois de juin suivant, Bohémond, s'étant porté sur Femie, en ravageait les environs, quand Rodohan, prince d'Alep, se mit en campagne, assiégea Athareb et demeura campé devant cette place jusqu'au 5 juillet. Attaqué ce jour-là par les Francs, il fut complètement battu, près du village de Kella, et laissa cinq cents prisonniers, dont plusieurs émirs, aux mains des chrétiens. Le prince d'Antioche se rendit maître alors des tours de Kéfer Haleb et de El-Hader.

A la fin de juillet de cette même année 1100, Bohémond et Richard du Principat assiégèrent Alep. Ils étaient campés à El-Meschrika, sur les bords du Koïk, au sud de la ville, quand ils apprirent l'attaque de Mélitène par l'émir Danischmend Malek-Ghâzy-Mohammed, surnommé Gumuchtekîn. A cette nouvelle, ils levèrent le siège d'Alep et se portèrent au secours de Mélitène ; mais ils essuyèrent, non loin de cette ville, un échec, et Bohémond fut fait prisonnier.

A la suite de cet événement, Djenah-ed-Dauleh, prince d'Émèse, attaqua Asfouna dont il réussit à s'emparer. Les habitants d'Antioche confièrent alors à Tancrède la baillie de la principauté, pendant la captivité de Bohémond, qui dura près de trois ans.

C'est, je crois, en 1102 ou dans les premiers mois de 1103 que doit se placer l'expédition, en Cilicie, de Monastras, stratège byzantin, envoyé par l'empereur Alexis, qui profita de la captivité de Bohémond pour enlever à la principauté d'Antioche les villes de Tarse, d'Adana, de Missiset d'Anazarbe, pendant que l'amiral grec Cantacuzène s'emparait de Laodicée ; mais ces villes ne devaient pas tarder à être reprises par les Latins.

Je dois à la bienveillance de M. P. Casanova, auteur d'une remarquable étude sur la numismatique des princes Danichmendites, la communication de sa traduction française d'un mémoire de M. F. Ouspensky, intitulé "Malek Ghasi et Dhoulnoûn" (Extr. des Mémoires de La Société impériale d'histoire et d'antiquités d'Odessa, 1879, en russe). Ce travail, pour lequel M. Ouspensky s'est servi de tous les documents fournis par les auteurs des croisades tant orientaux qu'occidentaux, contient une foule de détails du plus grand intérêt sur la captivité de Bohémond.

La défaite et la captivité de Bohémond causèrent une grande joie dans tout le monde musulman, et, dès que la nouvelle de cet événement parvint à l'empereur Alexis, qui était en relations avec les Danichmendites, ce dernier s'empressa de charger Georges Taronite, gouverneur grec de Trébizonde, d'offrir à Mélik Ghâzy la somme de 260,000 dinars et un traité d'alliance, s'il voulait lui livrer le prince d'Antioche. L'empereur espérait bien qu'une fois Bohémond en son pouvoir, la principauté ne tarderait pas à tomber entre ses mains. Le prince musulman, très fier d'avoir vaincu un guerrier aussi illustre, traitait Bohémond avec les plus grands égards et lui témoignait une grande confiance. Aussi Bohémond fut-il bientôt mis au courant de ces négociations.

Comme le prince normand connaissait les visées ambitieuses de l'émir, il lui fit espérer qu'avec l'appui des Francs, qu'il se faisait fort de lui concilier, il arriverait, sans peine, à triompher de l'empire grec et à étendre sa domination sur toute, l'Asie-Mineure. Bohémond sut être si persuasif que Mélik Ghâzy préféra l'alliance des Latins à celle des Grecs et que Georges Taronite lui-même se laissa séduire par les espérances que le rusé normand fit briller à ses yeux.

Pendant ce temps Baudouin Ier, comte d'Édesse, et Bernard de Valence, patriarche d'Antioche, s'occupaient de réunir tant dans les provinces franques de Syrie qu'en Pouille et en, Sicile, la rançon de Bohémond que Mélik Ghâzy, après avoir refusé les offres de l'empereur, avait fixée à la somme de 100,000 dinars.

Il fut alors convenu que Mélik Ghâzy se rendrait à Mélitène accompagné de Bohémond, et, c'est là que, chez le prince arménien, Gabriel, au commencement du mois de mai 1103, la rançon fut versée, et le traité d'alliance conclu entre le prince musulman et les francs de Syrie, représentés, je crois ; par le comte d'Édesse et le prince d'Antioche.

Cette convention alarma le Soudan d'Iconium et l'empereur grec, qui la dénoncèrent au calife de Bagdad comme une trahison envers l'islamisme.
Le prince arménien Kog-Vasil paraît avoir participé pour 10;000 dinars à l'acquittement de la rançon de Bohémond.
Bohémond prit part, en 1104, à la tentative de Baudouin, comte d'Édesse, contre la ville de Harran et échappa, au désastre qui en fut la suite.
Les émirs Sokman et Djekermich ayant bientôt, assiégé Édesse, défendue par Tancrède, Bohémond se porta au secours de la ville et infligea une sanglante défaite aux deux princes musulmans qui laissèrent de nombreux prisonniers entre les mains des Francs.

A la fin de cette année 1104, Bohémond, accompagné de Daimbert, patriarche de Jérusalem, et de Frederik de Zimmern, quitta Antioche pour venir chercher des secours en Occident, laissant la principauté à la garde de Tancrède.

Arrivé en France au commencement de 1106, il demanda au roi Louis le Gros la main de sa fille naturelle Constance, qui, mariée à Hugues, comte de Champagne, se séparait de lui pour cause de parenté. Yves, évêque de Chartres, activa de tout son pouvoir cette affaire de divorce.

Le mariage ayant été conclu fut célébré à Chartres, vers le temps de Pâques, et, après la cérémonie nuptiale, le prince d'Antioche, debout sur les marches de l'autel, invita les assistants à suivre l'exemple des premiers croisés. Beaucoup de chevaliers du pays chartrain prirent alors la croix, et au nombre de ces derniers se trouvaient, Hugues du Puiset, vicomte de Chartres, Robert de Maule, Raoul de Pont-Echanfré, Hugues Sans-Avoir, Robert de Vieux-Pont
Robert de Vieux-Pont
, de la famille des seigneurs de Courville, ainsi que bien d'autres qui nous sont inconnus.

De son mariage avec Constance, Bohémond eut deux fils : Jean, mort tout jeune en Pouille, et Bohémond II qui, par la suite, lui succéda dans la principauté d'Antioche.
Aussitôt après son mariage, Bohémond revint en Calabre, y réunit des troupes et envahit, l'année suivante, l'Illyrie ; en 1108, il assiégeait Durazzo quand l'empereur Alexis, effrayé de ses succès, lui fit des ouvertures de paix et l'invita à se rendre à Constantinople. A la suite de longues négociations, l'empereur réussit à conclure avec Bohémond la convention suivante : Alexis concédait, par un chrysobulle, à Bohémond, qui les recevait sous la suzeraineté impériale, tout le territoire dépendant d'Antioche, c'est-à-dire Antioche et son territoire, Suedie, le territoire relevant du duc [d'Antioche], Cauca (Cancra?), le lieu nommé Loulos, la Montagne admirable, Pherésia et ses dépendances, la stratégie de Saint-Hélie, celles de Borze (Berzieh?), de Larissa ou Scheïzar, d'Artésie, de Dalouk et de Germanicia (Marash), le Mont Maurus avec ses châteaux et la plaine qui s'étend à ses pieds ; la stratégie de Pagrae, celle de Palatiza et le thème de Zuma avec ses dépendances. L'empereur lui concéda, en même temps, ses droits sur la région d'Alep (Berroea) et sur les parties de la Mésopotamie situées entre l'Euphrate et Édesse. Enfin, il lui conféra le titre de sébaste. Le prince normand s'engagea, par contre, à installer à Antioche un patriarche du rite grec qui relèverait de l'église de Constantinople et serait désigné par l'empereur. Cette clause devait être, dans l'avenir, l'origine de bien graves difficultés entre l'empire grec et les princes latins de Syrie. Le prince d'Antioche reconnut, en même temps, les droits de l'empire grec sur la Cilicie tout entière, sur les villes de Laodicée et de Zibel, sur les stratégies de Balanée et de Maraclée, ainsi que sur celle d'Antaradus, comme anciennes dépendances du duché d'Antioche. A la suite de cette convention, Alexis envoya à Antioche des commissaires chargés de prendre possession de la principauté en son nom. Mais Tancrède refusa de les recevoir et leur fit une réponse pleine de dignité et de fierté. L'empereur grec aurait bien voulu pouvoir le contraindre par la force, mais ses conseillers lui firent observer qu'il serait plus sage d'attendre le retour de Bohémond en Orient et qu'on obtiendrait alors de lui et du roi Baudouin l'exécution de l'accord conclu.

Revenu en Calabre, Bohémond employa les sommes qui lui Avaient été remises par Alexis à lever de nouvelles troupes, car celles qui l'avaient accompagné en Illyrie étaient fort éprouvées par la campagne et surtout par le siège de Durazzo. Le séjour de Bohémond en Pouille se prolongea encore plus de deux ans et la mort vint le surprendre le 6 mars 1111, au moment où il se disposait à retourner en Syrie. Constance, sa veuve, renonça alors à se rendre en Orient et se retira à Bari, où elle mourut en 1126.

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Sources : E. REY - Revue de l'Orient Latin
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