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Création de la Milice des pauvres chevaliers du Temple de Salomon

Création de La Milice du Temple et la fondation de l'Ordre du Temple

Comment on devenait frère du Temple
Noviciat, Profession, Vie de couvent, Chapelain, Aumônes, Chapitres locaux.
Les statuts originaux (1) parlent d'un noviciat exigé, comme dans les Ordres purement religieux, avant la profession; dans la règle française, il n'en est plus question.

Ce qu'il y a de certain, c'est que le noviciat était encore de rigueur en 1163 et en 1172, comme le témoignent les bulles du pape Alexandre III citées précédemment, et qu'il consistait en une année d'épreuves.

Mais au XIIIe siècle à partir d'une époque que nous ne saurions préciser, il n'y avait plus de noviciat. Le postulant, aussitôt après avoir reçu le manteau et prononcé les voeux était reçu profès. (Michelet. Procès des Templiers) Les réceptions se faisaient généralement le matin avant la messe, dans la chapelle de la Commanderie, ou dans une chambre ; le jour étant indifférent. C'est du moins ce qui ressort à la lecture du procès des Templiers.

Le Templier qui faisait la réception (récipiens), ordinairement le précepteur de la maison, faisait faire au postulant, les voeux de chasteté, d'obéissance et de pauvreté, bien que l'Ordre fut apte à posséder. Il lui faisait jurer d'aider de tout son pouvoir, à la délivrance de la Terre-Sainte. Pour ce qui était de la conduite dans la maison, il y avait les statuts de l'Ordre, qui enseignaient aux frères comment ils devaient vivre, se vêtir, se chausser, quand, il leur fallait aller à la chapelle, dire leurs heures, etc. Ces statuts étaient lus aux réceptions (Michelet. Procès des Templiers).

Ce qui caractérisait le Templier, c'était le manteau, avec la croix en étoffe rouge, appliquée dessus (Michelet. Procès des Templiers).

Par les nombreuses dépositions, consignées dans le Procès des Templiers, nous savons, que le frère du Temple avait les cheveux coupés fort courts, la barbe longue, et un long manteau, blanc pour les chevaliers, de couleur brune pour les sergents (Voir la page des Manteaux).

Mais si au début du XIVe siècle les Templiers portaient la barbe, il n'en avait pas toujours été ainsi, car nous lisons dans la Règle du Temple (2), que les Templiers devaient avoir les cheveux courts et la barbe rase. C'était donc une modification apportée à la règle primitive.

Il semblerait que le Templier, une fois reçu n'ait eu qu'à mener la vie religieuse, telle qu'on se la représente maintenant, vie toute de prières, de contemplation, d'abstinence ; il n'en était rien, dans une certaine mesure (3). Nous ne parlons ici, bien entendu, que du Templier vivant dans une maison quelconque de l'Ordre.

Le Temple veut que ses recrues lui soient utiles. Aux uns la gloire de défendre les lieux saints ; à d'autres le soin des commanderies. Aucun ne doit rester inactif dans la maison : l'un est précepteur, un autre sénéchal, un autre trésorier, tel autre, de condition inférieure, a la garde des bestiaux, tandis son frère, le laboureur, déposant à la lisière du champ, le long et lourd manteau qui pourrait l'embarrasser, et la robe levée, pousse tranquillement la charrue, creuse de profonds sillons, bouleverse une terre parfois rebelle, et regagne, à la nuit tombante, la maison commune, heureux sans doute, car le travail est une prière.

Le précepteur à la haute main sur ses frères, il a le pouvoir temporel ; le chapelain de la maison est le supérieur spirituel.

Le chapelain pouvait être en même temps curé de la paroisse voisine de la Commanderie ; souvent les Templiers avaient le patronage avec la cure. C'était une charge pour eux : ils devaient donc avoir certains profits. Ainsi la maison de Bellinval (4) dont le chapelain était curé de Brailly, ayant le patronage de cette paroisse, devait pourvoir et entretenir le choeur de l'église de Brailly, payer la moitié de toutes les choses nécessaires au culte. En revanche les Templiers de Bellinval avaient droit à la moitié de toutes les aumônes faites à cette église.

C'était au chapelain ou à un prêtre de l'Ordre, que devaient se confesser les Templiers, à moins que celui-ci ne leur permette de s'adresser à un prêtre séculier (Michelet. Procès).

Chaque maison du Temple faisait des aumônes, les Templiers donnaient la dîme du pain qu'ils cuisaient, du moins en Picardie. Cependant ils ne donnaient pas aux pauvres du pain d'aussi bonne qualité que le leur ; c'était ce qui avait lieu à Sommereux (5), à Oisemont (6) etc. On faisait l'aumône à tous ceux qui passaient, et en général trois fois la semaine. En outre les maisons exerçaient l'hospitalité, et tous ceux qui n'étaient pas vagabonds ou mendiants, « boni homines » étaient bien reçus (Michelet. Procès). C'était un usage dans l'Ordre du Temple, de tenir des Chapitres, des assemblées où se réglaient les questions importantes, la Règle en parle. En dehors de ceux qui furent tenus en la maison de Paris, il y eut aussi des Chapitres de moindre importance, intéressant les maisons groupées dans une baillie du Temple ; ainsi nous savons par le Procès des Templiers, qu'il y en eût au moins un à Oisemont. En effet Jean Peynet, prêtre du Temple, arrêté lors de la chute de l'Ordre, parle dans sa déposition (Michelet. Procès), d'un Chapitre tenu en la commanderie d'Oisemont, par Robert de Beauvais, prêtre du temple. Ce Robert de Beauvais ou de Saint-Pan-taléon (7), très souvent mentionné dans le procès des Templiers, était à la fin du XIIIe siècle et au début du XIVe siècle un personnage considérable dans l'Ordre. Il fut tour â tour précepteur de la baillie de Sommereux, précepteur de la maison du Temple de Beauvais et précepteur du Ponthieu (8).

Baudouin de Saint-Just (9), le dernier précepteur de la baillie de Ponthieu, assista à deux de ces Chapitres à Paris, et à deux autres en Chypre (Procès des Templiers). Or les délibérations de ces assemblées étaient tenues secrètes, n'étant pas même dévoilées aux frères qui n'y avaient pas assisté.

Les dépositions d'un grand nombre de Templiers nous apprennent qu'ils changeaient assez fréquemment de maisons, sans qu'il paraisse y avoir eu de règle pour le séjour : six mois, un an, un an et demi, deux, trois ans au plus. A la fin du XIIIe siècle et au XIVe siècle il ne peut plus guère être question de séjour en Terre-Sainte, car l'on sait que les Templiers avaient dû la quitter, après la reddition de leur dernier rempart en Palestine ; Saint-Jean d'Acre ayant été prise par les infidèles le 18 mai 1291. Dès lors les Templiers se retirèrent dans l'île de Chypre (10).

Le Templier ne résidait pas forcément dans l'une ou l'autre commanderie du diocèse qui l'avait vu naître ; tout au contraire il va de l'est à l'ouest, du nord au midi. Ainsi un Templier du diocèse de Metz, Gérard (de Pasagio) (Procès des Templiers), simple frère sergent, fut, dans l'espace d'une quinzaine d'années, trois ans à Chypre, de là dans des maisons du diocèse de Langres, puis en Lorraine et en Picardie, à Aimont, où il resta un an et demi « ex inde in Picardia, in domo vocata Aymo. » Mais ce n'est pas tout, Gérard quitte Aimont, et va passer deux ans dans une commanderie du diocèse de Trêves, puis il la quitte pour aller au diocèse de Vienne. Voilà certes quinze années bien remplies ; sans compter que sur son passage, il a visité nombre de maisons de son Ordre.

Il est venu, par exemple, à Paris, où il avait accompagné le précepteur de Trêves, qui s'était rendu en cette ville, pour un Chapitre (11).

Qu'on se représente en effet l'un de ces religieux militaires, voyageant par étapes. Traverse-t-il une ville ? Il y rencontre une maison de l'Ordre, car le Temple a des biens dans toutes les villes de quelque importance ; non seulement à Abbeville, à Amiens, mais à Doullens, à Péronne, à Noyon. S'aventure-t-il dans les campagnes ? Il ne tardera pas à rencontrer sur son chemin quelque commanderie, (12) où on l'accueillera, et où on ne lui demandera en échange de l'hospitalité qu'il recevra, que de vouloir bien raconter d'où il vient et ce qu'il a vu. Et quel attachant récit ne fera-t-il pas ! lorsque, comme Baudouin de Saint-Just ou Gérard, il aura été à Chypre, après une longue et périlleuse traversée ; quand il racontera son séjour, puis son départ de l'île, ses adieux à cette mer, que les anciens appelaient « coeruleum mare », aux flots bleus et clairs comme le cristal ; lorsqu'il dira ce dernier regard lancé aux pays du soleil d'or, afin d'en mieux garder le souvenir, et son arrivée en France, son séjour dans les commanderies éparses le long de sa route, enfin, son arrivée, sa dernière étape.
Sources : Textes de Trudon des Ormes — Etudes Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie — Amiens, Imprimerie Yvert et Tellier — 1893.
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Notes
1 — de Curzon. Règle du Temple. Introduction page IV.
2 — De Cuzon. Nº 31 de la règle latine.
3 — Cependant les Templiers jeûnaient le vendredi, sans compter les nombreux jours de jeûne fixés par la règle. Michelet. Procès, C. tome II. page 43.
4 — Bellinval. Somme, commune de Brailly-Cornehotte, arrondissement d'Abbeville, canton de Crécy-en-Ponthieu.
5 — Sommereux (maison du temple) Oise, arr. de Beauvais, canton de Grandvilliers.
6 — Oisemont (maison du temple) Somme, arr. d'Amiens, chef-lieu de canton. — La commanderie n'était pas à Oisemont même, mais dans la commune.
7 — Ainsi appelé du nom des commanderies du temple où il avait passé.
8 — Nous voulons dire : précepteur des maisons du Temple dans les baillies de Sommereux ou de Ponthieu. — Voir dans le Procès. tome I. page 241, 371, 374. 471.
9 — Saint-Just, Oise, arr. Clermont. Chef-lieu de C.
10 — Art de vérifier les dates — Ed. IN-8º. tome 5. 2e partie, page 356.
11 — Gérard, fut arrêté comme la plupart de ses confrères, lors de la chute du Temple ; le bailli de Mâcon, le fit mettre à la torture, et poussa l'atrocité jusqu'à faire suspendre ce malheureux, avec des poids attachés aux parties génitales. Procès des Templiers. tome I. page 218.
12 — Le nombre des commanderies du Temple, était beaucoup plus considérable, qu'on ne serait porté à le croire ; dans le seul département de la Somme, il n'y en avait pas moins de vingt-cinq.

Sources : Textes de Trudon des Ormes — Etudes Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie — Amiens, Imprimerie Yvert et Tellier — 1893.

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